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En un mot, pour les eh chasser, 1l n’y avait que deux moyens, ou d'acheter ou de ruiner les logis où elles se tenaient le long du jour. Quand, en 1319, Villeroy, secrétaire d'Etat, voulut chasser de la rue du Louvre celles qui s'y abandonnaient et y remphssaient le quarter de désordre et de scandale, tout secrétaire d'Etat qu'il était, 11 lui fallut acheter les maisons affectées à leurs débauches. Quand en 1318, François 1” et la reine Eléonore voulurent arracher de la rue Glatigny les femmes publiques qui s’y retiraient depuis plus de deux cents ans, 1l fallut ruiner leurs logis de fond en comble (et vous verrez en son lieu que les bourgeois d'alentour eurent tous la peur qu'il ne s’en repentit) et qu'ils les firent démolir entièrement en une journée. Dans ces asiles, ainsi que dans les autres, le long du jour elles tenaient leurs portes ouvertes et boutiques de luxure et exerçaient en haut, en bas, leur honteux commerce. Le soir il fallait qu'elles en sortissent et qu’elles se retirassent en d’autres lieux, tantôt un peu avant la nuit, tantôt in-
continent après six heures du soir, à peine de
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vingt sols parisis d'amende. Quelquelois le jour de haulle heure, ce sont les termes, quelquefois au couvre-feu, c'était le nom, et le bruit d’une cloche, que l'on sonnait vers le soir à une certame heure que Je ne sais point, mais qui se sonne encore lous les jours à Notre-Dame à sept heures du soir. Et c’élait alors une coutume et une sonnerie tellement en usage, qu’il y en avait presque en toutes les églises.En 1425 ,il y en avait une à Saint-Séverin, dont Sézède, sonneur, prenait le soin ainsi que de l'horloge. En 1557, on en fonda une à Saint-Germainle-Vieux, à la charge qu’on la sonnerait à huit heures du soir ; mais sans en aller chercher dans les lieur où il y en a plus, la cloche de la Sorbonne, que nous entendons tous les soirs depuis neuf heures jusqu'à neuf heures et demie, n'est-elle pas proprement un couvre-feu et ne s’appelle-t-elle pas quelquefois le couvre-feu de l’Université ? C'était donc lorsque le couvre-feu commençait à sonner que les femmes publiques devaient fermer leurs boutiques, sortir des maisons et des rues destinées
à leurs débauches et se retirer dans des maisons où
elles devaient coucher et où elles n’osaient exercer leur mélier (1), car, au commencement, les maisons et les rues affectées à leurs voluptés, n'étaient proprement que des auberges. Elles n'osaient y passer la nuit, elles n'y pouvaient demeurer que le jour, et il ne fallait pas seulement qu'elles entrassent sans bruit dans les logis où elles venaient coucher, il fallait encore qu'elles n'ouvrissent leur porte à personne, et qu'elles se gardassent bien de se moquer de leurs voisins, ou de les quereller. Autrement on les mettait en prison et on leur faisait payer telles amendes qu’on voulait. Mais cela ne dura guère.
Je ne vous dirai pas, si, contre la coutume des artisans, elles ouvraient leurs boutiques et exerçaient leur métier, les fêtes et les dimanches, je puis seulement assurer que cela leur était défendu les fêtes solennelles. Car le jour de l’Assomption de l’année 1417, Margot la Bourgeoise, Catherine du Soleil et Marguerite de Lestre, dite l’Anglesche, ayant été surprises « tenant leurs huis ouverts
(1) Cf. Introduction, page 27, note.
et faisant bordeau public contre les ordonnances », le prévôt de Paris les condamna à quarante sols parisis d'amende, applicables, moitié au Roi, moitié aux pauvres, et leur défendit à l'avenir leur métier dans la rue où elles avaient été rencontrées le jour de l’Assomption et aux environs.
Au reste quand il leur arrivait de se produire en
quelque rue honnête, on se contentait de les ban-
nir, comme firent les religieux de Sainte-Geneviève, où on les condamnait à « être brûülées ou pis », ce sont les termes qui veulent peut-être dire
à avoir les cheveux brûlés. Depuis on les menait
en prison sur les plaintes et sur le simple rapport
de deux voisins seulement ou des gens d'honneur avec qui elles demeuraient.
Les sergents qui les faisaient prisonnières avaient pour leur peine huit sols parisis, somme
alors très considérable. Les propriétaires des mai-
sons qu elles occupaient perdaient leurs loyers et
étaient condamnés à l'amende. Si, pour tromper fes lois et les bourgeois du voisinage, elles ache-
taient dans des rues honnêtes des logis où elles