‹ La chronique scandaleuse de ParisChapitre 9 sur 22 · TIRÉE DE IL · texte numérisé non relu

TIRÉE DE IL

administrer femmes pour faire péché de leurs corps, et gens qui sont accoutumés à marchander et vendre filles et femmes et icelles prostituer (1)». En 1301, devant sainte Geneviève, il y avait une échelle semblable à l’échelle du Temple. On y mit une femme, parce qu'elle était maquerelle et qu’elle jurait et l’on choisit pour cela le lendemain de Pâques. En 1367, on défendit à ses semblables d'exercer leur commerce ailleurs que dans les lieux affectés aux débauches publiques, sous peine de bannissement, d’être tournées au pilori et d'y avoir les cheveux brûlés. En 1403 et en 1430, le Parlement, devenu plus doux, se contenta de les exiler. En 1480 et en 1485, Charles VIII ordonna que lorsqu'on les aurait convaincues d’avoir trois fois produit des femmes on les brüûlerait toutes vives comme les voleurs et les recéleurs.

Quant aux autres, tantôt les lois les appelaient femmes folieuses, folles femmes et ribaudes com-

munes, folles femmes publiques, femmes ribaudes

(1) Cf. Introduction, page 27, note.

el communs, jemmes qu font péché de leur corps, tantôt femmes de vie dissolue et bordelières, fillettes de vie bordelière, fillettes diffamées bordelières, femmes amoureuses, dissolues, vivant en vililé et désordonnées en amour, tantôt lemmes dissolues et mal renommées, femmes vivant de vie dissolue et déshonnête, filles amoureuses el dissolues, filles de joie et paillardes, filles amoureuses qui s’abundonnent à faire péché de leur corps et à ce gagnent leur vie, et si on ne les nommait point garces ou putains, c'est qu'alors ces mots ne passaient pas pour honteux et n'étaient pas français. |

Je trouve encore qu'elles prenaient même quelques-unes de ces qualités, qu'elles portaient des noms ou bizarres, ou accommodés à leur métier, les unes s’appelaient Thomasse la Courtoise, Jeannette la Commune, Perrette la Vilaine, Jeanne Belle-fille, Hanison de Dinan, Isabelle l’Amie, Jeannette la Regnaulde, Michelette de Gisors, Tiennette de Troyes, Jaquette de la Mare, Jean-

nette la Petite, Catherine Lursine dite aux Lar- :

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dons, les autres Gillelte des Haies, Jeannequine du Jardin, Pernelle et Gillelte du Vivier, Cathe-

rine du Soieit, Raouline la Chabotte, Catherine la

Flamenge, Jeannequine la Couloigne, Alison l'Anglesche, Marguerite de l’Estre, dite l’Anglesche, d'autres Margot la Bourgeoise, Jeanne Cillé, J'eanne la Pèletière, Jeannette la Cardine, Margot la

Vivière, Marquerite d'Arques, Jeanne de Sézenac. g ;

Je vois même que les deux sœurs qui logeaient

‘ensemble, près de Saint-Denis de la Chartre, celle-

ci se nommait Jeannelle la Vieite, celle-R,

Etiennette la Chèvre, de à j'infère que la plupart

de ces femmes prenaient des noms, afin de ne pas déshonorer leurs parents par ceux de leur famille. Enfin, pour ajouter ici les noms infâmes qui se donnaient à ceux qui les fréquentaient quelquefois, c'était des gens de vie dissolue, et malversations, et gouvernements, d'ordinaire c'était holters et hourliers qu'on lit souvent dans les registres du Châtelet et de Ste-Geneviève et surtout dans les Cent Nouvelles.

Cependant ces mêmes lois qui chargeaient les

femmes publiques des noms si ignominieux ne les toléraient pas seulement dans une infiniié de maisons, mais même baillaient de plus vilans noms à leurs asiles, et les avaient établis en tant de rues qu'elles se peuvent diviser par colonies. (1)

Dans la première, seront les plus anciennes et les plus fameuses, comme la rue Glatigny en la Cité, la rue Froimentel et la rue de l’Abreuvoir de Mâcon, en l'Université, avec la rue du Renard, la rue du Æuleu, la rue Brisemiche, la rue Tiron, la rue Chappon et la rue Champileury, dans la Ville, toutes destinées par Saint Louis aux débauches publiques. Dans la seconde, seront : en la Ville, la rue Transnonuin, la rue des Deux-Portes, la rue Pellican, la rue Beaurepaire, la rue Percée, la rue

Tire-Boudin, la rue Bourg-l'Abbé, (et je vous sup-

(1) Dans le principe le nombre en fut assez restreint. Une ordonnance du prévôt de Paris du 8 septembre 1367 enjoignait en effet à toutes les femmes de vie dissolue « d'aller demeurer dans les bordeaux et lieux publics qui leur sont destinés: savoir à l'Abreuvoir-Mâcon, en la Boucherie, en la rue Froidmantel près le clos Bruneau, en Glatigny, en la cour Robert de Paris, en Baïllehoc, en Tyron, en la rue Chapon, en Champfleury », sous peine d'être conduites au Châtelet où leur cas serait instruit.

plierai seulement d'observer par ces exemples que ce n'est pas d'aujourd'hui que les gens de pratiques ont des femmes sujettes à caution, et je vous ferai ressouvenir un dialogue d'un procureur et d'un paysan, qui est en la bouche de tout le monde. Car vous savez que la femme d'un procureur ayant donné un vieux chapeau de son mari à son vigneron, et que le mari l'ayant rencontré, comme 1l l'avait sur la tête, 11 lui dit en se moquant de lui : « Qui t’a donné ce chapeau de cocu », et l’autre lui répliqua, « c'est un de vos vieux que madame m'a baillé»). Dans l'Université,

le Champ-Gaillard ou la rue Clopin (1) la rue

(1) La rue du Champ-Gaillard ou le Chemin-Gaillard comprenait avant le xvi' siècle la rue des Murs {contiguë à l'enceinte de Philippe-Auguste et qui prit le nom du Collège d'Arras quand il s’y installa) et la rue Clopin ainsi appeiée d'un vieux logis du xm° siècle « la maison Clopin » qui en occupait le milieu. Le Champ-Gaïllard était un des lieux de prostitution les plus connus du Paris du xvr siècle. Nous possédons une sorte de chœur qui se chantait sur l'air des Ténèbres et qui déplorait les mésaventures qui advenaient aux hôtes assidus de ce quartier. Cette pièce. publiée chez Nic. Buffet, vers 1450 (petit in-8o, goth. de 4 ff.), a été réimprimée par Lahure en 1856. Elle a pour titre :

S'ensuivent les ténèbres du Champ-Gaillard, composées sur l'estat dudict lieu et se peuvent chanter ou lire à plaisir.

d'Arras, la rue du Paon, la rue du Meurier, la rue Pavée et la rue Traversière, où les femmes dissolues sont demeurées longtemps sans qu'on sache ni quand elles s’y sont établies, n1 quand elles en ont été chassées. À ces deux colonies, il s'en pour-

rait ajouter une troisième, qui serait la rue des

Hauts-Moulins, la rue Cocatrix, la rue des Can-

nettes, la rue Perpignan et la rue de la Licorne dans la Cité, avec la rue Geoffroy-Langevin, la rue des Ménélriers, la rue Beaubourg, la rue Maubué et la rue Simon-le-Franc, dans la Ville. Quoique les femmes impudiques qui s’y étaient habituées n y aient pas longtemps demeuré, peut-être pourrait-on aussi Jomdre à tant de rues la rue des Car-

cuissons, qui aboutit au Marché-Neuf, et à la rue

Le chant est selon le chant des ténèbres de mariage, les. quelles se chantent sur le chant des ténèbres de carême.

Nous citerons, à titre d'exemple, le premier couplet. Quand vient au Champ-Gaillard entrer Premier on vient à rencontrer Ruffians et gros Mmaquereaux Lesquels vous viendront à montrer Putains qui se viennent monstrer Chacun jour dessus les carreaux.

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LA CHRONIQUE SCANDALEUSE DE PARIS Pa

du Louvre, où il y avait plusieurs petits logis attachés à la basse-cour de ce Palais et affectés aux débauches publiques, que quelqu'un a nommé le bordel de la maison du Roi, et que Villeroi, secrétaire d'Etat, acheta en 1519 pour éloigner de son voisinage les femmes qui l'occupaient et garantir sa rue des dangers et des meurtres qu'elles y susci-

taient.

ais comme si tant de rues n’eussent pas suffi M tant d

aux prositutions, les femmes dissolues s’aban-

donnaient encore dans les étuves : il fallut donc défendre aux étuvistes de soulirir qu'elles y exercassent leurs infamies.

Si nous voulons ouïr les médisants et de mauvais proverbes, elles remplissent aujourd'hui la rue des Gravilliers, la rue Pastourelle. la rue des Vertus, la rue Phelineaux, la rue Froimenteau et la rue Quincampoix, que le peuple appelle la rue des Cocus.

Je rappellerai en son lieu les quolibets de ces

dernières rues, car le petit peuple des environs

dit :

Dans la rue des Gravilliers Elles y sont par milliers.

Dans la rue Pastourelle | ‘Autant de putains que de maquerelles.

Dans la rue des Vertus Autant de coupeaux que de cocus.

Dans ia rue des Phelippeaux Ce n’est rien que ribaux.

C'est la rue Froimantaux Petite rue, grands bordeaux.

Maintenant je dirai que celles où les lois toléraient anciennement les femmes débauchées, avaient des noms généraux et parliculiers, les généraux étaient quelquelois bordels et bordeaux publics et privilégiés, souvent rue foraine,rue bordelière, et bordelier, repaire, rarement maquerelage et clapier public : et par là on les discernait des rues habitées par des gens d'honneur, qui se nommaient rues bonnes et honnètes. Les particulières étaient la rue Val d’Amours que portait la

rue Glatigny, la rue du Poil de C... qui se donnait

à la rue Pélican, et la rue Tire V... que prenait la rue Tire boudin, la rue Gralte C... qui était celle de la rue des Deux-Portes, la rue Beau N... que portait la rue Beaurepaire, la rue Percée où il y a un bordeau, qui se donnait à la rue Percée dans la rue Saint-Denis. Le reste, comme la rue Transnonin, s'appelait Troussenonain (1) et Trousse-putain, la rue Pavée se nommait la rue Pavée-d'Andouilles. Et ce n'est pas seulement dans les ordonnances, dans les sentences du Châtelet, et dans les arrêts de la Cour que se lisent tant de vilains noms, c’est pareillement dans les papiers terriers du quatorze et quinzième siècle, de l'archevêque de Paris et des autres ecclésiastiques qui ont, ou justice, ou des cens et rentes en cette ville. Alors les Beaux-Harnois d'Orléans se nommaient Beau V.., les Falconis de Grenoble s’appelaient Salecon, les Hauteclairs, Couillards, Îles Marcells, les Maquerelles. Les

familles n'ont commencé de rougir du nom de

(1) Elle porte encore ce nom-là dans le plan de Gomboust.

leurs ancêtres que vers le règne de François [”, d'Henry IT et de ses enfants, que l’on commença à rougir des mots dissolus et à se plonger effrontément dans toutes sortes de prositutions. Les Compeints, les Vicourts, les Contenants, les Faucons, les Francons, les Poussemotles, les Vissecs, les Combaveurs, n’ont pas été si délicats, ni si

touchés de cette fausse honte. On n’a point changé

le nom de Guigne-la-Putain, ni celui de Pertuis

de Combarde, placé sur la rivière de Seine. Celui qui a l'office de maître de ce pertuis se nomme encore le maître du Pertuis de Combarde. Il n’y a pas longtemps qu'on a retranché les deux dernières lettres des Génitoires, ancien château de quelque maîtresse de nos rois, bâti près de Jos-

signy, vers Lagny, et qu’au lieu de Génitoires on

dit Génitoy. Ce n'a été que depuis peu qu’on a

changé celui de Chauconin, près de Meaux, en celui de Martrey, et ce n’est que depuis trente ou trente-cinq ans qu’on a ôté de la chapelle de Sainte- Marie-l'Egyptienne, de Saint-Germain-l'Auxer-

rois, la vitre où elle était représentée, belle, jeune,

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troussée jusqu'au-dessus des genoux, devant un nautontier, sur le bord de la mer, avec ces paroles : « Comment la sainte offrit son corps au nautonier pour son passage. »

Il y a encore un village en Bourgogne tout près de Dijon, qui se nomme Longvie et que les peuples de l’un et de l’autre sexe ne se font aucun scrupule de nommer. Il n’y a que les jeunes filles à qui l’on demande d’où elles sont, et qui connaissent que ce n’est que par curiosité pour leur faire nommer le nom du village d'où elles sont qui sont à présent raffinées là-dessus, qui répondent : nous sommes de Suint-Pierre-sur-Ouche, parce que le patron du dit village est Saint-Pierre et il est situé sur la rivière d'Ouche qui passe aussi à Dijon. Et quoique ce soit aussi depuis peu qu'on a changé le nom de Vineul, près Montereau, en celui de Vineux, ce lieu n'a point changé d'armes pour cela : il a toujours pour armes trois priapes entrelacés, et on ne les a point ôtés des pieds du crucifix de la paroisse, où ils étaient avant ce changement.

(1) Cf. Introduction, page 27, note.

Après tout, la plupart des rues que Je viens de

vmmer, et que j ai nommées auparavant, se trouvaient ou dans des quartiers habités par d'honnêtes gens, ou près des plus grandes et principales rues de la Ville et de l'Université, ou bien contre les cimetières ou les lieux les plus saints de Paris. Car la rue Champfleury tient d'un bout à la rue St- Honoré, la rue Renard aboutit à la rue de la Verrerie, la rue Percée, la rue du Huleu à la rue St- Denis, la rue Chappon, la rue Geoffroy-l'Angevin et la rue Simon-le-Franc, à la rue du Temple, la rue Beaurepaire et la rue Tire-Boudin à la rue Montorgueil, la rue Maubué, la rue des Ménétriers à la rue St-Martin, le Champ Gaillard à la rue St-Victor, la rue Chappon et la rue Transnde nain au cimetière de St-Nicolas-des-Champs, la rue Brise-Miche au cloître de l'Eglise de St-Merry sanctifiée par les reliques et par le sépulcre de St- Médéric et toute pleine des événements miraculeux que Dieu y a opérés par les prières de Saint-Pierre et du patron titulaire de la paroisse. Enfin, et ce

qui est fort à considérer, la rue Glatigny, qui du-

rant plusieurs siècles a été le lieu le plus dissolu de tout Paris, tient à Saint-Denis-de-la-Chartire où, selon la tradition, saint Denis a été prisonnier et consolé par Jésus-Christ, où, selon un arrêt du Parlement, que j'alléguerai en son lieu, les femmes de mauvaise vie furent établies par Saint Louis : et, pour vous en rafraîchir la mémoire, lorsque ce prince devenu pour elles un peu indulgent, commença à les tolérer dans les villes, ce fut comme j'ai dit, à condition de ne les laisser loger que dans des lieux écartés et éloignés des cimetières, des églises et des autres maisons consacrées à Dieu. Sous l'autorité des lois, elles occupaient toutes les maisons de ces rues, et dans d’autres, la plupart. Personne ne les y osait troubler. Quand on le faisait c'était toujours sans eflets, si auparavant leurs voisins ne se plaignaient d'elles au Roi et au Parlement : encore bien souvent après cela ils n'obtenaient ni du Roi, ni du Parlement la satisfaction qu'ils en espéraient, ou, après l'avoir obtenue, ces femmes ne laissaient pas de demeurer

malgré eux en leur quartier.

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