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s’établissaient et que la chose vint à être découverte, les logis étaient d'abord confisqués avec l'argent que les propriétaires en avaient reçu, et les ins et les autres étaient condamnés à une amende volontaire. Si, comme des pauvres artisans, elles tenaient cabaret dans des rues bourgeoises, qu'elles y dressassent même des échopes, pour vendre de petites denrées, et y reçussent sous main des personnes de mauvaise vie, bref, si elles s’habillaient comme des honnêtes femmes, si elles se mariaient à d'honnêtes artisans, pour avoir quelque prétexte d’avoir les mêmes habits et les mêmes ornements que les femmes vertueuses, si elles portaient, ou faisaient porter devant elles, des gros livres, quoiqu'elles ne sussent pas lire, et que quelqu'un découvrit ces entreprises aussitôt on confisquait leurs livres, leurs habits, leurs échopes et leurs cabarets, on les mettait en prison et on les condamnait à l'amende.
Dans le siècle passé, quand on les surprenait dans des rues ou des maisons habitées par des
honnêtes gens, on les conduisait dans les rues des-
tinées à leurs débauches avec bien de l'ignominie.
On leur méttait sur la tête un chapeau de paille, ensuite on les faisait monter sur un âne, jambe de ça, jambe de là, le visage tourné du côté de la queue, qu on leur mettait dans les mains; puis, au son d'un tambour et d'une flûte, ou pour usor des termes du temps, avec la « flûte et le bédon », on les promenait par la plupart des rues, le peuple et les enfants les suivaient avec des huées
et après les avoir bien fatiguées et exposées à la ri-
sée presque de tout Paris, à la fin on les laissait ga-
gner le Huleu. Ce genre de punition qui ne dure plus à Paris, dure maintenant à Bruxelles. De mon temps on l'y pratiqua pour une semblable occasion et Je ne sais pas si elle est aussi ancienne que les ducs de Bourgogne de la maison de France et s'ils n'y ont point porté cette punition avec quelques-unes de nos autres coutumes.
Pour les discerner, on leur défendit de s'habiller comme les femmes de bien, mais on s’en avisa un peu tard. Saint Louis fut le premier qui l’entre-
prit, peut-être même qu'il n'y aurait pas songé
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sans l'injure que Marguerite de Provence, sa femme, reçut à la messe quand elle baisa l'impudique dont J'ai parlé ailleurs. Depuis, elles ne portèrent plus les manteaux ou les robes traînantes que portaient alors les femmes d'honneur et qui ressemblaient à ces robes et à ces manteaux que nous voyons aux figures des dames dans les tapisseries de ces temps-là et aux statues des portes de nos anciennes églises. De là vient que, par un cri public de l'an 1368 (1), les sergents eurent ordre de mener en prison les impudiques qu'ils surprendraient habillées de même que les honnêtes femmes, hors des lieux où se célébraient les sacrés mystères. On confisquait leurs habits, quand ils étaient conformes à ceux des femmes de bien. On promit cinq sols parisis aux sergents qui les pouvaient surprendre en cet état.
En 1420 (2) et en 1422, cette ordonnance fut
(1) Sauval semble oublier une ordonnance du prévôt de
Paris, antérieure de huit ans, qui faisait défense aux filles et femmes « faisant péché de leur corps » de porter sur leurs robes et chaperons, « aucune gaze ou broderies, boutonnières d'argent, blanches ou dorées, des perles ni des manteaux fourrés de gris » sous peine de confiscation.
(2) L'arrêt confirmatif du Parlement du 26 juin 1420, inter-
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confirmée et celles qui l'enfreindraient seraient condamnées à une amende arbitraire.
En 1426 et en 1446, les rois et le Parlement la renouvelèrent et enjoignirent au prévôt de Paris de la faire publier par tous les carrefours et de la faire ponctuellement exécuter.
Pour savoir quels étaient les habits que les lois leur défendaient, il est à propos de faire la des-
criplion de ceux des dames de ce temps-là.
En 1368 elles avaient des manteaux fourrés de petit gris, des chaperons et des robes chamarrées de perles, brodées et toutes couvertes de jais, de parfils d'or et de boutons d'argent. En 1422, elles portaient un chaperon, une houppelande de «cottes-hardies » et autres habillements fourrés de pannes et de menu vair, qui est une espèce de panne blanche et bleue dont nos rois usaient anciennement au lieu de fourrure, et dont les manteaux
des présidents au mortier étaient doublés, en 1498,
3 ; disait aux « femmes impudiques » de porter « les robes
à collets renversés et à queues traînantes, ni aucune fourrure de quelque valeur que ce soit, ni les ceintures dorées ».
au retour du sacre de Louis XI, et ceux des conseillers de la cour à l’entrée de François I”. Leur chaperon était écarlate et terminé d'une corne, leur ceinture était d'argent ou d'or et pendante par derrière, leur houppelande chargée de jais, ornée d’un grand collet et de manches renversées fourrées de fin-gris et d’autres fourrures délicates et riches et finissaient en queue longue ou traïînante qu'elles faisaient porter par leur laquais. |
En 1426 et 1446, elles ne se parèrent pas seulement de tous ces enrichissements, leur chaperon était encore étofié de boutonnières, leurs robes de tissus de soie, leur ceinture de ferrures d'argent et elles nortaient des couvre-cheîs et des robes traînantes d’écarlate.
En 1467, elles firent couper les queues de leurs robes et à la place elles mirent des bordures de petit-gris, de martre, de velours et autres choses, qui avaient autant de largeur que le velours, les unes charcëèrent leur tête d’un bourrelet, fait comme un bonnet rond, qui se terminait en pointe
haute de demie aune ou de trois quartiers, le
= bourrelet ou le bonnet rond des autres finissait
en pointe plus petite, qu'elles cachaïent sous des
couvre-chefs fort déliés qui pendaient jusqu'à terre. Elles firent faire leurs ceintures beaucoup plus larges qu à l'ordinaire, elles y mirent des
ferrures plus somptueuses que de coutume, elles
portèrent des colliers plus riches et plus propres
ue qu'auparavant.
Pour ajouter 1c1 les habits des hommes,en 1467,
ils fendirent les manches de leurs robes et de leur
pourpoint pour faire parade de leur chemise, lar-
ge, blanche, et déliée ; leurs cheveux étaient si longs qu'ils leur embarrassaient le visage, leurs bonnets avaient vlus d’un quartier de haut, ils por-
taient à leurs souliers des « poulaines », longues
d'un quartier et davantage, et ils commencèrent à
avoir des pourpoints larges à l'endroit de la poitrine et des épaules, afin de paraître plus vigoureux,
et prirent des habits si dissolus qu'ils exposaient
aux yeux de chacun la forme et la figure de ce qu'ils
devaient cacher. C'est une mode qui a duré fort
longtemps et qui dure encore dans les tapisseries
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; out
de ce temps-là, et dans la plupart de celles qui se firent sous Henri IV ; cela servait de peloton où se mettaient les épingles, témoin cette femme qui y en fichant ne put empêcher d'en soupirer. Et ce que dit Montaigne sur ce sujet : («À quoy faire la montre que nous faisons à cette heure de nos pièces de forme soubs nos grecgues et souvent qui pis est, outre leur grandeur naturelle, par faulseté ou imposture. Îl me prend envie de croire que cette sorte de vestement fut inventée aux meilleurs et plus consciencieux siècles pour ne piper le monde, pour ce que chacun rendit en public compte de son fait. Alors on justfiait la science de l’ouvrier comme il se fait de la mesure du bras et du pied. » De là est venu sans doute que les dames, à l'exemple des hommes, s’avisèrent en 1503 de montrer
leurs gorges, sur quoi ce fit ce quatrain :
V... quarés, gros et divers Armez-vous d’estoc et de taille Car les tétons sont découverts
Qui vous offriront la bataille.
Ence temps-là les femmes portaient sur leur front au bout de leur couvre-chef la même chose que les hommes avaient devant leurs chausses, les veuves le couchaient derrière et le cachaient sous leurs coiffures. Du vivant de Montaigne cette
mode avait déjà passé en Guyenne, où elle dure
encore en plusieurs endroits, surtout parmi les
paysannes. Après tout, de tant divers ornements il n'y en a point eu de plus fameux que les cein- {ures dorées. Toutes les dames en ont porté durant plusieurs siècles : et parce que les Ordonnances le défendaient aux femmes publiques avec les autres enrichissements, et que des femmes, mariées avec des hommes d'honneur en portaient, et ne laissaient pas de vivre comme celles qui n'en osaient avoir, on fit le proverbe suivant : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.
Ne me demandez après cela quels vêtements se permettaient aux impudiques, qu'il vous suflise que pour marquer la bassesse de leur métier par leurs habits semblables à ceux du menu peuple,
il fallait qu'elles s’habillassent simplement et que
si elles ne portaient point à Paris de vêtements et des signes particuliers, elles avaient à Toulouse une aiguillette sur l'épaule. Car c'est de là qu'est venu un autre proverbe : « Courir l'aiguillette y», auquel l'auteur des Cent Nouvelles a fait allusion quant, à la neuvième nouvelle, qu'il fait raconter par Louis XI, il dit : « Le chevalier Estrange demande à Monseigneur s’en son village avait rien de beau pour aller courir l'éguillette. » C'est aussi ce que veut dire Régnier, en sa seizième
satire, quand il dit :
Cest pourquoi je cherche une jeune fillette
Experte de longtemps à courir l'Eguillette.
Nonobstant tant d'ordonnances, les femmes publiques ne se purent tenir de contrefaire les honnêtes femmes, au moins par la richesse et la variété de leurs vêtements. Pour cela ni le Châtelet, ni même le Parlement, ne les traitèrent jamais à la rigueur. Et de fait, ils déclarèrent quelquefois
qu'ils étaient touchés de leur infortune, et qu'ils
aimaient mieux user envers elles de leur miséricorde que de leur yustice.
S1 les sergents les menaient en prison avec leurs | « habits dissolus » (ce sont les termes), et qu'ils les surprissent avec des ceintures, des habits fourrés et une houppelande finissant en queue, véritablement on confisquait leurs ceintures, on décousait leur fourrure et on coupait leur collet renversé et la queue de leur houppelande, mais elles ne demeuraient guère en prison et on leur rendait leur étoffe et leur fourrure.
Après tant de divers règlements n'attendez pas que je vous en rapporte qui règle le salaire des femmes débauchées et que je vous dise que les lois n'ont pas voulu mettre de prix, n1 toucher à de si vilaines choses, car Je vous allèguerais une conjecture, et les conjectures ne doivent pas avoir de lieu dans une histoire ; mais si vous voulez vous ressouvenir de ce que J'ai dit auparavant du Seigneur de Souloire, vous pouvez découvrir, quoique indirectement, que pour une visite les
femmes prostituées prenaient quatre deniers, qui
alors valaient beaucoup plus, sans comparaison, que maintenant. En eflet puisque le juge de Souloire pouvait choisir, ou de jouir des filles dissolues qui passaient sur la chaussée de son étang, ou d'exiger d'elles quatre deniers, on doit peut-être inférer que la coutume qui a voulu se rapporter ‘au choix du juge en cette occurence, a voulu aussi, par cette alternative, marquer la taxe et le prix d’une jouissance et signifier par là qu’en ce temps- R, pour chacune, on devait prendre quatre deniers parisis.
S'1l faut ajouter foi à ce qui a été dit de quelques dames de la cour d’'Henry IT et de ses enfants, ce prix augmenta tellement que sous leur règne il était monté jusqu'à cinq sols, car on m'a voulu faire accroire qu'alors trois Dames des plus quahifiées de la cour, à l'exemple de Messaline, voulurent aller dans un lieu infâme, pour savoir si elles trouveraient mieux leur compte avec les premiers venus qu'avec leurs maris et leurs galants. Afin de n'être pas reconnues elles y furent mas-
quées. Pour cinq sols elles s’y donnèrent à tous
venants. Îl y en eut une entre aulres qui passa le temps avec son cordonnier, lequel la reconnut à ses souliers. Et comme elles avaient fait cette partie par débauche seulement et avec peu de secret, ce ne leur fut pas assez de s'en vanter à la cour, elles trouèrent encore chacune leurs pièces de cinq sols, puis les passèrent dans un ruban et l'attachèrent à leurs manches où elles les portèrent longtemps.
C'est peut-être là un conte fait à plaisir, il n'en est pas de même de ce qui s’est passé dans les lieux affectés aux désordres des femmes publiques, ce sont des vérités infaillibles et rapportées dans les Ordonnances, dans les Reaistres du Parlement et dans l'histoire du temps. De la façon qu'il y est parlé de celui de Glatigny, il occupait les rues qui sont depuis Saint-Landry jusqu'au pont Notre- Dame, entre la Rivière et la rue des Marmousets. Un certain Renault d’Acy entreprit sous Charles V, de vider ce lieu de franchise, mais ce fut vaine. ment, car les femmes qui l'occupaient produisirent
des lettres de Saint Louis scellées en lacs de soie :
et de cire verte qui les maintinrent en ce lieu. Charles VI, en 1381, commanda aussi vainement au prévost de Paris de les chasser de ce quartierlà. Quoiqu'il les condamnät, elles et les propriétaires des maisons quelles y louaient, aux peines portées par les ordonnances de Saint Louis, si l'on obéit à ses ordres ce ne fut pas en cet endroit, mais dans les rues de la Ville dont Je parlerai tantôt et dont le roi voulait qu'elles sortissent (1).
En 1402, le prieur de St-Denis-de-la-Chartre (2) et ses voisins obtinrent des sentences contre celles qui s'étaient répandues dans les rues des environs
et les firent condamner à en sortir et à se retirer
(4) C'était en effet une mesure d’orûre général. Charles VI, par lettre patente du 3 août 158, mandail au prévôt de Paris de faire défense aux propriétaires des maisons de la
rue Beaubourg, Geoffroy-Langevin, des Jongleurs, Simon-
Lefranc, de la Fontaine Maubuée et des environs de Saint- Denis-de-la-Charire de louer aux filles publiques. Un arrêt du Parlement, du 24 janvier 1386, confirma d'ailleurs vainement ces lettres patentes.
(2) Le Prieuré de St-Denis-de-la-Chartre, qui dépendait de
Saint-Martin-des-Champs depuis le XII siècle, s'élevait à l'angle que forment maintenant le Pont Notre-Dame et Je Quai aux Fleurs.
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en la rue de Glatigny, ou dans les autres affectées à leurs dissolutions, sur peine d’une amende volontaire et d'être prisonnières au pain et à l’eau. Cependant je doute qu'elles acquiesçassent à ce jugement, je ne sais pas même si elles n’en appelèrent point et si par arrêt elles ne furent pas rélablies, car, en 1413, la plupart des maisons de la rue des Fauts-Moulins servaient encore de heux de débauches, et un nommé Lucas Dionis, qui avait droit de prendre trente trois sous parisis de rente foncière sur un logis et sur plusieurs lieux infâmes qui en bordaient une partie et qui régnaient le long du Prieuré de Saint-Denis-de-la- Chartre, fit condamner un certain Queste, auquel ils appartenaient, à les garnir ou à les quitter dans quarante jours. Quoiqu'il en soit, en 1518, à la prière de la reine Claude, François I° fit ruiner
Glatigny de fond en comble (1). Les voisins qui
(1) Le quartier Glatigny, ou plus simplement Glatigny, qui tirait son nom de la rue qui le traversait, couvrait l’espace compris entre le Pont-Notre-Dame, la Seine, la rue de Ia Colombe qui subsiste encore, les rues de la Lanterne et de la Juiverie (rue de la Cité) et sur lequel a été édifié l'Hôtel- Dieu.
avaiént sollicité cetie. princesse d’en obtenir fa démolition eurent si grand peur que leurs. mau- vaises voisines n ‘eussent assez de crédit pour. faire révoquer l'ordre du Roi qu ‘en un jour ils renver- : sérent toutes les Maisons el détruisirent en vingtquatre heures un asile qui consistait en quantité de logis et qui était iondé sur une longue prescrip tion. Ïl se trouva da ms, les caves les ossements de trois hommes. Le lendemain V évêque fit faire une . procession générale autour. de la Cité, avec, les mêmes cérémonies que celles qui se firent, . pour le besoin de l'Etat, sous lo règne de Fr ançois FF, et
sous ceux de son fils et de son petit: hs.
: : Quoique ce lieu de franchise oceupa ne - espace couvert: de maisons,’ depuis la Seine. jus- «qu'à la” rue des Marmousefs, il ne-tint pas néanmoins ‘aux impudiques qu'elles ‘ne s’étendissent - encore jusqu’à: la rüe Neéuvé-Nôtré-Dame, ‘et qu'ainsi elles ne profanassent un quartier tout plein d’éghses, et n'infectassent la meilleure partie
de la Cité. Mais après avoir longtemps plaidé au
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