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Châtelet et au Parlement en 1366, en 1423 et en 1480, contre leurs voisins, il leur fallut à la fin vider le quartier. Ni elles n1 leurs sembables n'ont
pas osé depuis s'y établir.
On eut bien plus de peine à empêcher quelques autres femmes débauchées de passer les nuits avec des écoliers dans les écoles des Quatre-Nations de la rue du Fouarre, car les écoliers avaient rompu les portes de leurs classes, pour y venir à toute heure et avec qui il leur plaisait. Toutes les nuits, ils remolissaient d'ordure les bancs, les planchers et les chaises des professeurs. Pour la puanteur, les régents ne pouvaient faire de leçon, les écoliers mêmes n'y pouvaient durer et les maîtres-èsarts furent réduits, en 1358, à demander permission à Charles, régent de France, de faire mettre au bout de la rue du Fouarre des portes qui se fermeraient la nuit et ne s’ouvriraient que le jour. Cela ne leur fut pas seulement accordé, mais pour subvenir à cette dépense, le prince leur accorda
encore deux arnents de bois de la forêt de Fontai-
nebleau, appelée alors tantôt la « forêt de Bière ), tantôt la « forêt de Bièvre ».
De ces exemples et autres semblables, VOUS pouvez jugez que ce n’était pas sans peine qu’on chassait les femmes publiques des rues où les lois ne les souffraient pas. On n'en avait point en tout à obtenir des lettres du roi pour les faire sorür des rues affectées à leurs dissolutions, mais il était presque impossible de faire exécuter ces ordres du roi. En 1368, l'évêque de Châlons obtint des lettres de Charles V, qui commandaient au prévost de Paris de faire vider les femmes débauchées de la rue Chappon (1) où lui et ses devanciers avaient
leur hôtel, et où les lois et les ordonnances tolé-
(1) La rue Chapon, qui était hors des murs au moment de l'ordonnance de saint Louis, avait été enfermée dans la ville par la clôture de Charles V. L'évêque de Châlons, qui y avait son hôtel, obtint de Charles V, par lettres patentes datées du 3 février 1368, qu'il fit défendre de louer ou de vendre des maisons de cette rue à des prostituées. Ce fut peine inutile. Au reste elles n’y logeaient point,mais y venaient faire commerce, beaucoup même, pour n'être point connues, n’y venaient que la nuit seulement. Une ordonnance du prévot des marchands (17 mars 1374) les obligea à se retirer à 6 heures du soir. À dater de 1395 elles eurent le droit d'y demeurer jusqu’à sept heures du soir, en été.
raient ces infâmes depuis une longue suite d'années. Mais ce fut mutilement.
Je doute si les lettres que les marguilliers et les paroissiens de Saint-Merry obtinrent en 1424 d'Henry V, roi d'Angleterre et usurpateur de la couronne de France, contre les impudiques de la
rue Brisemiche qui aboutit au cloître de cette
église et où elles exerçaient du temps de Saint
Louis, eurent plus d'effet que celles de Charles V, car je n'ai point découvert qu'il les ait fait exécuter. Nous savons bien mieux le plaisant succès qu'eurent celles que Louis de France, duc d'Anjou, fils du roi Jean et frère de Charles V, obtint en 1379 contre les femmes prostituées de la rue du Renard où les lois les enduraient depuis un aussi long temps qu'en la rue Chappon et en la rue Brisemiche. D'un bout, cette rue n'était séparée que par la rue de la Verrerie de l’hôtel d'Anjou, où demeurait ce prince : de plusieurs endroits de sa maison il voyait toutes les ordures où se plongeaient les impudiques,
hommes et femmes de la rue du Renard, telle-
LRO er :
LR Le:
ment, qu'ayant obtenu en secret des lettres du roi qui lui permettaient de boucher les portes, 1l les fit aussitôt exécuter, mais, tout frère du roi qu'il était, il ne sut empêcher que le propriétaire de ces lieux infâmes, nommé Richard Cochon, n'en obtint d'autres par lesquelles 1l fut reçu opposant à l'exécution des siennes. Cela excita un grand procès dont J'ai lu les plaidoyers dans les registres du Conseil du Parlement qui valent bien la peine que vous les lisiez. Dans celui de Cochon, l'avocat remontre « que la rue du Renard est bien loin de « l'hôtel du duc d'Anjou, et proche à la vérité de « la maison d’un secrétaire du roi et de ce prince, « appelé Macé de Meun, lequel, sous le nom de « son maître et pour chasser ses voisines, a solli- « cité, sous main, les lettres du roi, qui lui ont « accordé tout ce qu'il a demandé. Qu'en eftet elles « sont séditieuses et obtenues par surprises, sans « le communiquer à sa partie, et après avoir fait « entendre, contre la vérité,que tout nouvellement « des femmes publiques s'étaient mises en posses-
« sion de la rue du Renard ; qu'aimsi, dès que
« Richard a fait voir que ce lieu avec ces maisons « était affecté aux voluptés où sous le règne de « saint Louis, ou au moins depuis un si long « temps que la jouissance en a vieil dans la « mémoire des hommes, il n’a pas eu de peine « d'obtenir d'autres lettres qui le reçoivennt oppo- « sant à l'entreprise du duc d'Anjou. Qu’après « tout, on le trouble injustement, que la cour le « doit rétablir par provision, lever la nouveauté « alléguée par le Prince et faire déboucher ses « portes par autorité de justice. » Bref, cet avocat n'oublia rien de ce qui pouvait rendre la vacation ou l'infamie de sa partie spécieuse et nécessaire.
À cela celui du duc d'Anjou répond : « Que de « tout temps des gens de bien et d'honneur ont « demeuré dans la rue du Renard, que mi la rue, « ni les filles, ni le lieu, ni le propriétaire, n'en « sont point privilégiés, comme Glatigny, dont « 1l y a charte de saint Louis, que les femmes « qui se proslituent en ce lieu, n'interviennent « point à la cause, mais ce seul Richard, trans-
« porté d'avarice et de convoitise ; qu'au reste, les
« maisons dissolues de Cochon tiennent de si près « à l'hôtel d'Anjou, que, de la galerie, des princi- (€ paux appartements, et de la chapelle du prince, « on en découvre toutes les ordures. Que vérita- ( blement quelques logis qui aboutissent à la rue « du Renard, ont autrelois servi aux débauches « publiques, mais que Richard, de son autorité, y « a joint et en a rempli les maisons qui lui appar- « tiennent en ce quartier ». Enfin, comme les avocats articulaient des faits et une possession contraire, la Cour appointa la cause, et quoique je n'en aie pu trouver l'arrêt définitif dans les registres du Parlement, il ne faut pas douter néanmoins que le duc d'Anjou ne perdit son procès : | car, en 1417, le prévôt de Paris ordonna qu'une maison du coin de la rue du Renard, qui consistait en plusieurs lieux infâmes, serait louée par le premier Sergent à verge. Davantage la rue du Re-
nard fut x “celles où, par un cri public de
l'année 1420, on renvoya les femmes publiques
ou de mauvaise vie, et Henry, roi d'Angleterre dé-
RP RC RUES a ON el
fendit aux impudiques, en 1424, de s'approcher plus près de Saint-Merry que la rue du Renard.
Si on les avait laissé faire, elles auraient occupé toutes les rues qui sont entre le cimetière Saint- Nicolas et le cloître Saint-Merry. Et de vrai, elles s'élaient insinuées dans la rue Geoffroy-l'Ange-
vin, dans la rue Simon-le-Franc, dans la rue des
Ménétriers, dans la rue Maubué, et, par ce moyen,
elles avaient joint le lieu infâme de la rue Chappon à ceux de la mue Brisemiche et de la rue du Renard. Mais Charles VI arrêta le cours de leurs entreprises en 1381, en condamnant aux peines portées par les ordonnances les impudiques qui s'y étaient introduites et les bourgeois qui leur loueraient leurs logis.
De tant de lieux de débauche, il n’y en a point eu de plus célèbre n1 qui est plus longtemps sub-
sisté que le Huleu (1). Il n’était pas moins ancien
(1) Le Huleu comprenait tout le quartier compris entre les rues St-Martin, Greneta, St-Denis et aux Ours, il tirait son nom de deux voies qui le traversaient : la rue du Grand-Hurleur, qui allait de la rue St-Martin à la rue Bourg-l’Abbé et
que Glatigny, cependant il a duré plus de cinquante ans davantage. Aussi était-il alors confiné aux dernières extrémités de Paris, dans un quartier sale et habité seulement par des artisans, en une petite rue, appelée autrefois la rue Paulée, et maintenant la rue du Heuleu, qui descend de la rue du Bourg-l'Abbé en la rue Saint-Denis.
Parmi plusieurs maisons en cette rue destinée à la retraite des femmes de mauvaise vie, il y en avait surtout une qui était en la censive du couvent de Saint-Magloire et « où se tenaient de jour
des pauvres femmes débauchées de la fondation
la rue du petit Hurleur qui allait de la rue FRERES à la rue St-Denis.
La rue du Grand-Hurleur, fut rommée d’abord rue de Heuleu et Huleu d'après un bail (1258) et des titres (archives de l’archevêché, Cart. de St-Magloire) et les anciens plans de Paris. Cette rue est dénommée rue du Pet dans le plan de Gomboust et rue des Innocents dans divers tite du commencement du xvn° siècle.
La rue du petit Hurleur porte le nom du Petit Huleu dans Corrozet et Boisseau et du Petit Leu dans les plans de Gomboust et Bullet. Elle tirait Son nom d’après Piganiol, des mots Huë-le par lesquels on excitait les enfants à huer qui y entrait. L’étymologie fournie par Jaillot est plus assurée, le nom lui venait d'un membre d’une famille qui fit aux xx <i x siècle de nombreux dons à Saint Magloire, Hugo- Lupus, dont le nom est écrit Hüe Leu dans divers titres.
et de l'ordonnance de saint Louis », ce sont à peu près les mots qui se lisent dans un papier terrier de ce monastère apporté à l'Hôtel de Ville en
On ne sait si ce prince établit ces femmes dans le reste des maisons de la rue, on apprend seulement, d’une sentence du Châtelet de l’année 1529, qu'à la poursuite du Prieur et des Religieux de Saint-Magloire, Jeanne-Belle-Fille, Madelaine Barthélémy, Cancienne Noblet et sept autres de leurs compagnes en furent chassées, et leurs meu-
bles saisis et vortés dans le couvent (1).Comme Je
(1) I existe, sur le procès intenté par les religieux de St- Magloire aux prostituées du Huleu, une sorte de complainte en vers, contemporaine : La destruction avec la désolation
des pauvres filles du Huleu et de Darnetail (S. 1.n.d., pet. in-
8° goth. de 4 ff. fig.). Cette pièce qui n’est point datée et qu'on suppose d'ordinaire être de 1520 doit être contemporaine de l'arrêt dont parle Sauval (1529) ; on y trouve en effet le récit du procès fait par « le bedeau de Faint-Magloire » aux filles du Huleu et leur condamnation.
Le jeudi de la semaine Qui suit là Saint-Sauveur, On a fait grosse crainte Aux filles de Huleu.
Lesquelles par désolation
LRO ENT, EU
n'ai point vu la sentence prononcée contre elles, ni les pièces de leur procès, je ne vous puis déduire les raisons qu'eut le prévôt de Paris de les traiter si mal. Il m'a fallu contenter de savoir que, peu après elles obtinrent des lettres de François K°, par lesquelles il ordonna qu'on les rétablirait en leurs maisons et qu'on leur rendrait leurs meubles. De ces deux choses néanmoins, elles ne purent jouir que de la première. Véritablement leurs parties consenürent à leur rétablissement, mais elles ne voulurent pas rendre leurs meubles, quoiqu'on eût promus de le faire quand on en aurait donné une déclaration. De plus, celles-là
seulement «ue le roi avait nommées dans ces let-
Avaient perdu le bruit Et aussi le renom Pour leur procès finy.
A Saint-Magloire
Aussi au Châtelet
Fut perdu le procès Que menait gros navet.
La pièce se termine par une invitation faite à Jeanne-la- Grande de se transporter avec ses compagnes « en la rue Chapon ».
tres, retournèrent en la rue du Huleu, les autres, qui en avaient été chassées au même temps, y ayant voulu revenir, en furent empêchées par les Religieux de Saint-Magloire qui les menacèrent de les faire mener en prison si elles y osaient revenir ; tellement qu'elles furent contraintes de
s'en plaindre au Parlement et de lui remontrer
ns qu'y ayant plus de dix ans qu'elles demeuraient
au Huleu, elles devaient jouir des mêmes avantages que Jeanne-Belle-Fille et les autres.
Si, de ces insultes, on peut croire que toute la rue du Huleu n'était pas destinée aux débauches publiques, des choses qui suivent on jugera Île contraire. Je ne sais, à la vérité, vous citer l'arrêt par lequel Jeanne-Belle-Fille et ses compagnes furent rétablies en ce lieu, cependant on ne doit point révoquer en doute qu'elles ne gagnassent leur procès, car en 1530, cette femme ayant été cause que Catherine Ursine, dite aux Lardons, avait appelé « grosse maquerelle » Madelaine Barthélemy, et Madelaine Barthélemy ayant dit à
l'autre qu'elle était « ladresse, pouacresse,
vérolée, chancreuse et grosse maquerelle », Geoffroy Le Maître, maire de Saint-Magloire, leur commanda de vivre paisiblement et sans s'injurier dans le Huleu, sur peine de l’amende et de puniton corporelle.
Davantage en 1532, la même Jeanne, ayant représenté à François [°”, que, ni au Huleu, ni ailleurs, elle n’était pas en sûreté des insultes de ses envieux, 1l la prit sous sa protection, et défendit à qui que ce soit d’attenter à sa personne et à ses biens, sur peine de cent marcs d'argent et de la potence. Je dirai en passant qu'elle était si riche qu'elle avait des maisons, des granges, des prés, des bois, des vignes et des terres avec force
domestiques et qu'elle fit mettre les armes et la
sauvegarde du roi sur tous les lieux que je viens …
de nommer. Enfin, en 1534, un artisan nommé Berruyer, logé au Huleu, la battit et la blessa en plusieurs endroits ; 1l y eut sur cela un grand procès. À la fin. ils s’accommodèrent ensemble, à la charge que Berruyer lui louerait vingt-six francs,
trois chambres de sa maison, qu’en revanche elle
l'acquitierait tant des frais qu'elle avait fait que de ceux qu'il avait fait lui-même et qu'il devait à son procureur et même de l’amende, si on l'y avait condamné.
Ainsi le Huleu était alors entièrement destiné aux débauches publiques, et néanmoins il ne laissait pas d’être habité par des honnêtes gens ; mais vous n'en douterez point quant vous saurez qu une femme de bien, dont je n’ai pu lire le nom, el qui y demeurait en 1533, ayant été appelée par les femmes de mauvaise vie qui y logeaient avec elle, « Luthérienne, Sorcière » et ayant même été accusée de nourrir un dragon dans sa chambre et de s’entretenir tous les jours avec le diable, l'Official de Paris excommunia celles qui tenaient de semblables discours.
Avec de tels scandales, et d’autres plus insignes, ces femmes se défirent peu à peu des bourgeois et des bourgeoises de leur rue. Avec le temps, elles se Jetèrent encore dans la plupart des rues du voisinage, comme la rue Greneta, dans une partie de
la rue Bourg-l’Abbé et jusqu’en la rue du Grand-
Huleu : de ces rues, la première aboutit à la rue Saint-Denis et à la rue Saint-Martin, la seconde à la rue Grenéla et à la rue aux Ours, entre le Grand et le Petit-Huleu, la dernière à la rue Saint-Martin et à la rue Bourg-l'Abbé. Après tout, les Etats tenus à Orléans en 1561, violèrent la franchise tant du Huleu que des autres lieux de débauches et enjoignirent aux juges du royaume de punir extraordinairement, sans dissimulation ni intelligence, et sous peine de privation de leurs charges, les personnes qui tiendraient et fréquenteraient les lieux infâmes.
Néanmoins, les impudiques ne sortaient point pour cela, ni du Huleu, ni du Champ-Gaillard ou des rues qui les composent. Les voisins du Huleu eurent beau faire condamner par le prévôt de Paris les propriétaires des maisons qu'elles occupaient à en chasser leurs hôtesses ; ils ne purent jamais rer du greffe du Châtelet la sentence qu'ils avaient obtenue. Les greffiers, corrompus par les femmes dissolues et par les propriétaires,
ne la voulurent point délivrer, tellement qu’en
1564. al leur fallut avoir recours à Charles IX. Pendant dix mois, ils le sollicitèrent de faire accomplir l'ordonnance des Etats d'Orléans ; après quoi ils en obtinrent à la fin tout ce qu ils pouvaient désirer, car il commanda au prévôt de Paris de mettre fin, et à exécution, la sentence qu à
leur requête il avait donnée contre les femmes du
Huleu. Il déclara qu'en cas d'appel ou d'opposi-
on il s’en réservait la connaissance, et à son privé Conseil, il enjoignit même à son procureur au Châtelet de l'avertir dans deux mois de la diligence qu'il aurait faite, et le menaça, lui et le prévôt de Paris, de procéder contre eux selon la rigueur des lois, si, dans ce temps-là, 1ls n'avaient accompli ses ordres. En suite d'un commandement si précis, les lettres du Roi furent enregistrées au grefle civil du Châtelet, défenses furent faites à tous les bourgeois de louer des maisons à ces femmes, à peine de 60 sols parisis d'amende pour la première fois, de 120 pour la seconde, et de confiscation des logis pour la troisième. Les let-
tres de Charles IX, avec la sentence du prévôt de
Paris, furent publiés par tous les carrefours au
Huleu et au Champ-Gaillard (1).
(1) La destruction du Huleu, célèbre depuis plusieurs siècles et sur les maisons de qui nombre de bourgeois de Paris avaient des rentes, causa une véritable émotion dans la ville. On chansonna les filles publiques à la recherche d'un gîte, et de cette littérature pittoresque diverses pièces nous sont
restées.
L'une d'elles, publiée en 1570 chez la Vve Jean du Carroy, a pour titre : Les regreis des filles de joie de Paris sur le, sujet de leur bannissement (in-8°, 7 ff.).
Ces filles s'adressent à Dame Majesté leur « abbesse » et pleurent sur le malheur des temps.
« Il ne faut plus, lui disent-elles, espérer de rhabiller et vendre cinquante fois un pucelage, les changements de bourgeoise en damoiselle et de damoiselle en villageoise ne sont plus de saison. Les garces du Puist-Certain ne seront plus femmes de secrétaire au Puits de Rome et celles du faubourg St-Germain ne feront plus de pèlerinage à St- Germain pour tenter les braguettes réformées. »
La pièce se termine par un couplet de chanson égrillarde
qu’un gamin de Paris est supposé chanter à sa mère :
J'entends depuis quelque matin Qu'on chasse toutes les putains Même on tient que les maquerelles Soient de ce nombre : en bonne foi, Ma mère, je suis en émoi :
Qui lavera nos écuelles.
L'autre pièce, parue la même année 1570, est d'une rareté extrême puisqu'on n'en connaît qu'un exemplaire conservé dans la réserve de la Bibliothèque Nationale. Elle compte 362 vers, dont aucun à vrai dire ne vaut d’être cité. Nous en
On tient qu'après cela ces misérables sortirent de toutes les rues et de toutes les maisons destinées à leurs débauches et que sous main elles se répandirent dans les autres rues et dans les autres maisons, mais que les jeunes gens, accoutumés à leur commerce, se mirent à corrompre les honnètes femmes et remplirent presque tout Paris de prostitutions. Quoi qu'il en soit, sous Hpnry IV, une colonie d'impudiques exerçaient impunément leur trafic dans la rue de la Perle, ou bout de la Vieille rue du Temple, qui tenait alors aux dernières extrémités de la Ville, près d’un crucifix qu'on y avait dressé et qu'on appelait auparavant le Crucifix-Marque-Eau, à cause qu'il marquait
la hauteur d'un débordement de la Seine, mais
reproduisons le titre, encore que fort long, parce qu'il est fort expressif :
Déploralion et compiainte de mère Cardine de Paris, cy devant gouvernante du Huleu sur l'abolition d’iceluy, trouvé après le déceds d’icelle Cardine en un escrain, auquel estoient ses plus privez et précieux secrelz, titres de ses qualités authentiques, recepies souveraines, compostes, antidote, baulmes, fards, boëestes, ferrements et ustenciles servans audict estat dudict mestier (S. 1., 1470, in-4°, 8 ff.).
qu'on nomma le Crucifix-Maquereau depuis que des femmes se furent retirées aux environs.
Ne m'obligez point à continuer l'histoire des prostitutions de Paris, imaginez-vous qu'il ÿ en est peut-être plus arrivé depuis qu'elles sont défendues qu'auparavant, croyez que pour faire cette histoire, 1l me faudrait remuer les ordures de toutes les rues et fouiller dans toutes les maisons ; Souvenez-vous que les femmes dissolues disent d'ordinaire « que leur métier ne vaut plus « rien depuis que les honnêtes femmes s'en « mêlent », et que, de nos jours, une très belle fille entretenue publiquement par un Grand-Ecuyer, par un Surintendant des finances et par d’autres gens de cour et de fortune, a été vue dans la Place- Royale, sur un superbe lit de parade, après 1 mort, comme si elle avait fait profession d’une grande vertu et qu’elle se fut rendue considérable
par autre chose que par des débauches.