‹ La chronologie sacrée, basée sur les découvertes de ChampollionChapitre 23 sur 26 · I ■ ... - III · texte numérisé non relu

I ■ ... - III

Ce qui fait un total de 48 ans^ 3 mois.

* Le passage de Joseph relatifs Balator est ainsi conça:. Sy {«.tTob^ii lêaaiXeuae BxXaro^oc âviouTov Iva, Ce passage a été mal traduit par Arnankl d'Andîlly, qui a négligé les deui preoiiers mots, et par Hudson, qui les a

Âpres l'ënumération de ces divers règnes parmi les* quels Joseph ne fixe point la durée complète de celui dlthobal y cet auteur nous dit que tous ces temps réunis reviennent à 54 ans et 3 mois, Évidemment y en ne comptant pour Ithobal que les 13 années de son règnQ durant lesquelles a duré le siège , nous avons fait ce règne trop court. Ajoutez donc 6 ans au cliiffre indiqué plus haut pour le gouvernement de ce prince ^, et vous trouverez bien, la somme de 54 ans et 3 mois indiquée par l'historien juif d'après les annales phéniciennes*

Maintenant Joseph nous apprend, toujours en puisant aux mêmes sources, que ce fut en la septième année ^ du règne de Nébucadnetzar . que com-

ren(|us par />ojf quo9» MaisRUfBn dans sa version, Génébrard, Histoire de Joséphe, Paris, 1616, p. 748 ), Scaliger (Emend, Temp. Amstelod. 1658. Prol. p. 89), Usserîus (Annales F, etN. Test. Genevs, 1722. P. J. 4153, p. 137, al. 77) et Des VîgDoies {C/ironoL de l'Hist. Ste. t. U, p. 82 ) ont avec raison traduit ce passage par : Inter quos regnavit Balatorus annum unum, et rais le détail des règnes indiqués par Joseph d*accord avec la soinme d'années qu'il donne lui-même.

* C'est aussi ce qu'ont fait Scaliger ( Emend, Temp. ProL p. 89 ) et Des Vignoles ( t II, p. 64 et 85 ).

^ Il serait impossible de dire toutes les peines* que se sont données les chronologistes pour ébranler cette date. Bunting ( ChronoL Magdeb. 1608 fol" A, 3360, p. 78, b) , Jacq. Cappel (Epocharam illust. ikemaiismL Sedan, 1601, 4" A. 3447, p. 149 a^, Ëilw. Simson [Chronie. hist, catftolicam campleetens. Oxon. 1652 fol. A. 3413. P. III ^ p. 102 bj, se sont figuré que le mot de dixième avait été oublié par quelque copiste, et qu'au lieu de l'an septième, il faut lire l'an dix-septième, Offerbaus {Dissert, chronol. de reb. sub Nebucad. gestis. Groning. 1734), Des Vignoles (L II, p. 88 ) , Hengslenberg ( De rébus Tyriorum, p. 37 sqq. ); Winer ( Bibl. Reaiw. A. Nebucadn. Uy»' Bd. S. 170. Anm. 8) ont imaginé qu'il (AUiUre vingtième.- Perizonius ( Orig. Babyl. Lugd. Bat. 1711, p. 164, 351 et 855) a lu vingt-troisième. Scaliger (Frag. p. 36 Prol. p. 89), Galvisius {Opus chronoL p. 216 a, 217 a), Behra (ChronoL Francof. 1618, p. 119) etPétau (Doctr. Temp. a. 63, p. 150, c. al. cap. 69,

mença le siège de Tyr ^ Or si nous consultons la chronologie babylonienne 9 en ayant' soin dé retrancher 6 ans complets du règne de Nébucaduetzar, nous trouverons^ suivant le calcul ordinaire ^

Que ce prince régna encore 37 ans.

Evilmérodac 2

Nériglissor. . , . . 4

Laborosoarchod. ... 9 mois.

Belsatzar. . . . . . 17

Darius le Mède. ... 2

En tout, 62 ans^ 9 mois jusqu^à la 1" année de Cyrus,

C'est-à-dire environ 14 ans de plus que la somme

indiquée plus haut pour le même intervalle, ou la

p. 82 9, 83 b) ont respecté les mots de la pHrase , mais ils ont prétendu qu'elle doit se tradaire comme suit : En (à 1* année du régne dithobal, Nabuehodonosor assiégea la ville de Tyr» Aucune de ces suppositions. ne s'appuie sur quelque preuve réelle , et le passage de Joseph nous parait impossible à expliquer autrement que par Tînterprétàtion que nous en avons donnée. C'est aussi ce qu'ont pensé Funccius ( ChronoL Basil. 1554. 4* A. 3345 b), CoàomsLiï {Supputatio ffrœterit. ann. mundi, lApsÏBS, 1572. 8^ A. 3522, p. 40 a. A. 3535, p. 43 b), Tornliel (Annales sacri, Antveipis, 1620, A. 3435, n. 1, p. 289 f ), Salian (jinnaL eccl. V. T. A. 3435, n. 1, p. 627. A. 3447, n.. 18, p. 640 f), Riccîoli (ChronoL Beform, Bonon^ 1669, t. ii, p. 13, 14), Marsham (Chronieus Canon, Londini, 1673, p. 537, a). 576 ), et de nos jours Gesenîns (Conun, «. d. t/Mata. Leipzig, 1821, t, 711) etRo8enmâll6r(i^//er M. Leipzig, 1823-31, II, 1, 34).

' A un premier aperçu , le chap. xxvi d'Ézéchiel semblerait montrer que Tyr ne f ut assi^ée qu"en la 11* année de la captivité, c'est-à-dire, en la 19* de Nébucadnetzar ; mais on doit comprendre par là que cette ville, tout assiégée qu'elle fut, s'était jusqu'alors confiée dans ses remparts et dans sa fpr te position ( v. 4« 10-12 ) et qu'elle n'eut décidément à redouter les suites du siège auquel elle était depuis long-temps exposée, que lorsque Nébucadnetzar, ayant pris Jérusalem, amena , pour en finir avec elle , ses chariot^, sa cavalevie et toute son armée ( v. 8 ).

même diflFërence que nous avions observée entre la chronologie égyptienne et la chronologie vulgaire pour une période où entrait aussi le règne de Belsatzar^ Évidemment cette diiSérènoe identique entre deux données historiques et une troisième doit venir de cette dernière, et dénonce, à n'eu pas douter , une erreur commise dans la chronologie chaldéenne»

Examinons , en effet , de près , la durée que celle-ci attribue au régne de chaque prince babylonien, et voyons s'il n'y a pas lieu quelque part'de récuser Tautorité des annalistes.

a) Bérose , Alexandre Polyhistor, Joseph et le Canon de Ptolémée sont tous les quatre d'accord pour assurer au règne de I^jîébucadnetzar une durée de 43 ans. b). Deux d'entre eux , Bérose et le Canon de Ptolémée concordent également pour donner 2 ans au règne d'Évilmérodac ; si l'on ajoute à la 1 9^"" année dé Nébucadnetzar, qui correspondait à la dernière de Sédécias our à la 11"*" de Jéchonias captif (2 Rois xxv, 8), la somme de 26 ans , qui complète le règne de Nébucadnetzar et celui d'Evilmérodac, on verra que la seconde année d'Evilmérodac correspond à la ST"^"" de la captivité de Jéchonias. — 2 Rois xxv, 27, et Jérém. lu , 31 ^ confirmeraient ce résultat, s'ils ne présentaient pas une différence d'un an en moins sur le règne d'Evilmérodac; mais il se peut que la 1"" année d'Evilmérodac ne fût que de peu dépassée ^ et au contraire la 36"" de

'^ Précédemment il n'y avait exactement que 13 ans et 6 mois de différence entre la chronologie égyptienne et la chronologie vulgafaro; main-* tenant la chronologie tyrienne et la chronologie vnlgaire diffèrent de 14 ans et 6 mois ; mais, comme!] est évident qne les historiens n'ont pas tenu compte de certaines fractions de r^es , nous sommes bien fondé \ évaluer chacune de ces différences à on chMfre moyen de 14 ans.

la captivité à peine finie. Ainsi il nv aurait point op~ position entre nos calculs et ceux que fournit une double déposition de Thistoire sacrée, c). Poor les régnes de Mériglissor et de Laborosoarchod , rien n'induit à croire qu'il y ait exagération dans les données qui assi* gœnt 4 ans au premier et 9 mois au second ^ d) Mais s'ilyamt quelque probabilité que la durée du règne de Belsatsar a été faite de i 4 ans trop longue , la chronologie vulgaire se trouverait d'accord avec celle de l'Egypte et avec celle de la Phénicie , et il n*y aurait plus la moindre contradiction. Or^ examinons. La longueur de la vie politique de Belsatzar ne nous est point indiquée dans l'Écriture sainte ; Daniel en parle seulement en termes vagues comme d un descendant de Nabuchodonosor^^ et il ne donne point de date du régne de ce monarque postérieure à sa troisième année (Pan. vni, 1)'. La durée de ce règne a bien été enregistrée

^ On ne sait à quel motif attribuer l'incroyable supputation de Joseph, qui donne à Ëvilmérodach 18 ans de règne et à'Nîglizar (Nériglissor) 40» ce qui, réuni aut 25 dernières années qu'il doit compter pour Nabucbodonosor depuis )a captivité de Sédécias, et aux 17 ans et 9 mois de Laborphodach (Laborosoarchod), et de Balthasar . ( ^^n^ Jud^ï. x, c. il, S 2 et 4 )> donnerait à la captivité une durée de plus de 100 ans; résultat absurde, et que Josepii dément lui-même en n'assignant dans le même ouvrage à celte calamité qu'un laps de 70 ans (l. xi , c. 1, § 1 ), et en donnant d'après Bérose dans sa BéponseàApion les calculs vulgairement admis pour les règnes de ces monarques babyloniens ( ConU jfpion, \. ifCdiip, i9'2i),

* Daniel, c. v, 2 , 11 , 18 , 22.

^ GonringÎHS i,Adi>, Chron, c. 35, concl. 5), Matsbam ( Ckrojùcus canon, Londini, 1672, fol. p. 555, al. 159] et les auteurs anglais de l'Histoire universelle, imprimée en français à Amsterdam, en 1767 (v. iit, p. 310 et 5it ), se fondant sur certains rapports qu'ils ont aperçus eu-* tre Évitmérodac et Belsatzar, ont confondu ces deux rois : mais les res»semblances qu'offrent leurs biographies ne suffisent pas pour ident^per deux princes, de chacun desquels le Canon de Ptolémée et te livre des

108 CHRONOLOGIE SÀCRKE.

par les quatre historiens profanes que nous avons nom*mes plus haut; mais leur accord ne préjuge rien^ puisque Polyhistor et Ptoléméeont copié Bérose^ c'est du moins ce que le Syncelle conjecture du premier ^ et Dodwell du second ^^ et^ selon toute apparence, Joseph en a fait autant. Reste donc le témoignage de Bérose ^ mais il n'est personne qui ignore combien son autorité est faible^ : on voit clairement qu'il n'a rien voulu

Eoîs traitent successivement. L'identité que Jules-Africain ( Marsham, p. 476, àl. 506), le Syncelle (p. 2S0 d ), le père Labbe (Chronol, Paris, 1670. Introd. Part, ii, c. 31), et Des Vignoles (t. ii, p. 490>A94) ont voulu établir entre Belsatzar et Nériglissor, celle que Scaliger, Calvisius, J. Cappel, Pétau , Grotius, Riccioli , Vossius ont prétendu voir entre Belsatzar et Laborosoarchod , n*ont pas plus de fondement. Mégaslhènes ( ap. Ëuseb. Prœp. evang. 1. ix, c. 41 ) et Bérose (Joseph. Cont. Apion, 1. I, c. 20 J mentionnent tous ces rois comme différents.

* Syncelli Chronog, p. 14. ^

2 Dodwell. Dissert. Cyprianic. App.'S 22 , Oxen. 1684, 8» ; Des Vi* gnôles, II, 551 ; Volney, Œuvres. Paris , 1821, t. v, p. 218, 221.

' On doit se rappeler qu'il fait remonter l'origine de la nation chaldéenne à une antiquité yraîment fabuleuse , puisqu'il la porte à plus de 400,000 ans ( Euseb., CAron. Arm* p. 12^. — En plaçant à l'an 591 avant J.-C. la première année du r^ne de Nébucadnetzar, je paraîtrai peut-être rapprocher beaucoup trop de notre ère le règne de son père Nabopolassar ; en effet , Hérodote ayant fait connaître que les armées de Crésus et de Cynis étaient sur le point de se battre quand il arriva une éclipse après laquelle un rapprochement fut opéré par Labynet*, roi de Babylone ( Herodot. 1. 1, c. 77 ;, Ptolémée, et bien d'autres après lui, ont placé celte éclipse à l'an 625 avant J.-C. comme 8'ii;n*y en avait point eu d'autre aptes celle-là, et ils en ont conclu que de là avait daté la pre-

• Piasieura auteurs, et entre autres Winer {Bibl. Heahn. A Bcl«a»Mr), ont cru retrouver le Labynet d'He'rodote dans BelsaUaf (Herod. 1. 1, c. 77) ; mais d'abord Hérodote donne à entendre qu'il y eut plus d*ttn Labynet ( 1. 1, c. x88 ), et l'on ne saurait reconnaître le médiateur des Mèdes et des LydVens dans le dernier de ceux qui portèrent ce nom. Il ne suffit pas en effet d'insister sur ce que Labynet fut contemporain d'un Cyaxare ; à ce compte on pourrait se résoudre à voir dans l'un Darius le Mède et dans l'autre BelsaUar qui régna à la même époque. Il faut de plus trouver dans le même temps que Labynet un Cyaiare, fils de Phraorte , petit-fils de Déjocès et père d'Aftyage , un roi dé Lydie du nom d'Alyatte , fils de Sadyatte , et une éclipse de soleil (Hérod. Xy'ii). Or tout cela n'a point eu lieu sous Beltatsar^ces conditions ne furent réalisées qu'au temps de Nabopolassar : par conséquent c'est dans Nabopolassar qu'il faut reconnaître le Labynet d'Hérodote.

écrire qui pût obscurcir la gloire de sa nation et de ses anciens princes. Ainsi il se garde bien de parler de la folie dans laquelle Nébucadnetzar tomba sur la fin de son règne ; il fait simplement mourir ce prince de maladie (Joseph. Cont. Apion. 1. I^ c. 20). Et quant à Belsatzar^ qu'il nomme Nabonnide, il ne confesse point que ce prince *ait été tué à la prise de Babylone; il lui fait assigner par Gyrus dans la Carmanie ^ une retraite honorable ^ ce qui est formellement contraire aux déclarations de Daniel et de Xénophon ^ qui nous apprennent Fun et l'autre que Belsatzar fut tué à la prise de Babylone^. Il est donc bien probable aussi que 9 pour démentir en ce point le prophète juif et l'historien grec , il a fait le régne de ce prince plus

miëre année da règne de Nabopolassar. Mais , on n'en saurait doqter, Ptolémée s'est servi dans son travail des calculs de Bérose, astronome en m^me temps qu'historien , et ces'calculs mêmes sont empreints d'incertitude* Suivant Joseph {fitmU Jpion,\, i, c. 19; voir Winer, BibL Realw, Â. Ghaldâer), Bérose porte à 29 ans le r^e de Nabopolassar; selon un autre passage du même Joseph {Ant. Jud. 1. x, c. il), Eusèbe (Prœpar. EvangeL 1. », c. UO) et le Syncelle {Chronogr, p. 220) , Bérose assignerait seulement 31 ans de durée à ce même r^ne. Dans son Canon, qui a été la base de.l'èfe deNabonassar, dont Ptolémée n'est pas l'inventeur et dont , comme le pensent Dodwell et Des Vignoles^ il faut chercher les raisons dans l'histoire plutôt que dans l'astronomie , Ptolémée a adopté le dernier chiffre indiqué, et Polyhistor, au contraire, ne compte que 20 ans. Auquel s'en rapporter? que devient avec ces doutes l'autorité de Bérose ? comment remplira-t-on exactement et sûrement, au moyen des règnes successifs, l'intervalle écoulé entre l'éclipsé et la prise de Babylone par Cyrus? qui pourrait garantir que Nabopolassar n'était pas déjà roi avant l'éclipsé? qui pourra dire qu'il l'était déjà, et qu'Hérodote ne lui a pas donné ce titre par anticipation, comme l'admet déjà Yolney pour un court espace de temps ( Œuvres, v, p. 331 ) ? Tontes ces questions sont, à mes yeax , bien difficiles à résoudre.

* Province à l'est de la Perse. Voir, pour l'assertion de.Bérose, Joseph, Coni. Jpion, 1. i, c. 20.

' Dan. c. V, 80 *, Xenoph. Cyrop. 1. vu, c. 5, 15 ss.

long qu'il ne le fut réellement ^ et cela en y ajoutant les années de son prétendu gouvernement en Car-

manie ^

Par conséquent, la question se réduit^ en dernière analysera ces simples termes : les données fournies par l'histoire d'Egypte, qui jusqu'ici ne nous a pas trompé y el celles que nous présentent les annales phéniciennes, doivent l'emporter sur les chiffres que la chronologie vulgaire doit à l'unique et incertaine autorité de Bérose.

Si donc , depuis la 7"* année de Nébucadnetzar, qui correspondait à la 7"^ d'Ithobal , et à l'an 585 avant J.-C, nous comptons 48 ans et 3 mois pour arriver à la 1 4"* année dlrom ou à la 1 '• de Cyrus ( voir cidessus, page 1 03), nous reconnaîtrons que cette 1 ''* année du règne de Cyrus sur Babylone , année où les Juifs furent rendus à la liberté , dut bien être Tannée 536 avant J.-C., c'est-à-dire Tannée même on la chronologie vulgaire place Tavènement de ce prince.

Ainsi, résumant enfin les résultats incontestables auxquels nous sommes arrivé jusqu'ici par une voie purement historique, on trouvera que la captivité dont nous avons placé le commencement à Jéchonias, en 4610 (583 av. J.C.), etia fin à Cyrus, en 4657 (536), a duré 47 ans.

Était-ce là maintenant la durée qu'elle devait avoir ?

* Tous les auteurs que nous avons mentionnés dans la page 107 à la note S , e» identifiant Belsatzar avec Évilmérodac , Nériglissor ou Laborosoarcfaod , ont par cela même établi que son r^;ne n'a pas doré plus de quatre ans , et nous Visons dans Pétau : Ballazaris tertius annus 7* capile Danielis expriroilur. Sed an pluries idem imperârit baud satis constat. Ralionarium tewporum, Paris, ii, lib. l, cb. v; t. ii, Goloniae,

Jusqu'ici nous n'avons consulté que l'histoire ^ et pour* tant il y a une donnée excessivement importante que nous ne saurions négliger ^ ce sont les oracles. £st--ce donc que jusqu'à présent nous les aurions passés sous silence , pour en avoir bon marché une fois nos radier* ches finies ? Tant s'en faut. Mais on a si souvent taillé rhistoire sur le sens littéral des prophéties ^^ qu'il importait de suivre une tout autre marche, et de revenir enfin à la vérité. Il est un principe qui peut sembler bien hardi.au premier aspect, et qui sert pourtant de point de départ à toutes les démonstrations qu'on tire des prophéties : c'est qu'une prédic^ tion n^a de signification et de valeur que celles qu'elle reçoit de ta manière dont elle a'esl accomplie* Lorsque^ précédemment , nous avon^ trouvé une prophétie par laquelle Dieu annonçait à Abraham que sa postérité fuibiterait pendant 400 ans dans un pays qui ne lui appartiendrait pas ( p. 22 ), en avons-nous aussitôt déduit que le séjour des Israélites en Egypte a nécessairement duré 400 ans ? Non, sans. doute, nous avons examiné les faits , nous avons reconmi que oe séjour n'a duré qu'un temps extrêmement inférieur au nombre antérieurement indiqué , et noua en avons coftchi que la prédiction était loin de pouvoir être prise dlBtns toute la rigueur de la lettre. Eh bien ^ nous devions procéder ici suivant la même méthode, «t c'est pour

' Si Ton vc^u,t apprécier les singulières tentatives qui ont été faites pour retrouver les 70 ans.de la prophétie, il suffira de savoir que deux auteurs, Samérius et Tîrin , la font commencer à la 13« année de iosm ( voir Salian, JnnaL t iv, p. S76j, ou Jérémte commença à prophétiser, calcul qui termine la captivité sous le règne de Nébucadnelzar; et que d'autres déjà nommés plus haut (page 96, note 2 ), en la faisant commencera la déportation de Sédécias, en ont mis la fin à Tachèvement du second temple.

412 CHROÏlfOLOGlB SACREE.

cette raison que nous n'avons dû nous occuper des prédictions relatives à la captivité qu'après avoir demandé à rhistoire combien a duré cet exil des Juifs. Comme actuellement l'histoire nous a donné sur ce point une réponse complète , nous pouvons remonter en toute sûreté aux déclarations prophétiques.

Lxi première , et , à vrai dire, la plus importante des prédictions relatives à la captivité > est celle qui fut adressée à Jérémie en la k^^ année de Jéhojakim : Ces nations seront assujéties au roi (ie Babylone pendant soixante *et dix ans , et, lorsque ces soixante et dix ans seront écoulés , je punirai le roi de Bahylone et son peuple de leur iniquité, dit V Étemel {Jerém. xxv, 11, 12). Et quand Jécfaonias fut emmené à Bahylone avec son peuple , Jérémie annonça que la prophétie dont il avait été Vorgane se réalisait dès ce moment : Quand ix>us aurez été soixante et dix ans à Babylone, je vous visiterai et j* accomplirai les promesses que je vous ai faites de vous rcunener en ce lieu^ci (xxix, 10). Cette prophétie de Jérémie était importante , car il en est fait mention dans- deux passages des saints Livres. On lit dans Daniel : La première année de Darius, fils d^Âssuérus, de la race des Mèdes , qui avait été établi roi sur V empire des ChaldéenSf la première année de son règne, moi Daniel, ayant appris par les livres sa-crés que le nombre des années dont rÉtemel avait parlé à Jérémie le prophète, et au bout desquels la désola-tion de Jérusalem devait finir ^ était de soixante et dix ans, etc. {Dan. ix, 1 , 2). On lit dans les Chroniques : Ils furent a^sujétis à Nébucadnetzar et à ses fils juS'qu'à rétablissement de la monarchie des Perses, afin que s'accomplit ce que V Éternel avait déclaré par la boucha de Jérérnie, et que sa terre joutt de ses repos

CHAP. IX. 4 là

sabbatiques ; car elle 0n jouit pendant tout le temps que durèrent les malheurs de la nation , cest-^dire jusquà la fin des soixante et dix ans (2 Chron. xxxri^ 20, 21). Enfin deux passages de Zacharie assignent également à ces malheurs une durée de 70 ans (Zach. i, 1 2 ; vu, 5). N'y a-t-îl pas là contradiction patente avec le chiffre auquel nous sommes arrivés par une déduction histoiîque ? Oui, sans doute, et pourtant Dieu n'est pas un homme pour mentir^ ni le fils d'un homme pour se repentir; ce qu'il a dit ne le ferà-t-il pas ? ce qu'il a déclaré ne rexécutera-t-il pas {Nomb. xxni, 1 9) ? Il faut donc que les oracles se soient accomplis. Et toutefois, en adoptant rhypothése historique la plus favo-« rable aux chiffres qu'ils donnent, il est impossible d'en trouver la preuve. Qu'on donne à Belsatzar 17 ans^de règne , qu'on prenne les trois années durant lesquelles Jéhojakim fut tributaire de Nébucadnetzar et au-delà desquelles il est impossible de remonter, et l'on obtiendra tout au plus un nombre de 64 ans ; l'on ne pourra absolument pas retrouver les 70 années de la prophétie. Mais si l'on admet que les oracles ne doivent pas , plus que les autres parties de l'Ecriture, être pris au pied de la lettre, si l'on comprend que ceux mêmes du Dieu saint et véritable devaient avoir encore quelque chose de vague et d'indéterminé , si l'on se persuade que le nombre en question avait précisément ce caractère chez les Juifs , et représentait seulement une quantité con-^ sidérable , on ne trouvera plus qu'il y ait contradiction entre les prophéties , les déclarations de l'Écriture et l'histoire même.

Il n'entre pas dans mon cadre de développer les deux premières preuves que je viens d'indiquer là ; mais je dois démontrer la vérité de Tasseition que j'ai avancée

sur la valeur du nombre 70 chez les Juifs. Le nombre 7 indiquait, déjà fort souvent une quantité indéterminée % et cela tenait sûreçient à oe qu'il avait été employé dans une foule de circonstances ^, et à' ce qu'il le fut aussi comme nombre mystique^. Or, si telle était la valeur du nombre 7, telle était également celle de ses multiples, et en particulier de 70. Ce chiffre désignait d'abord une quantité limitée : quand la famijile de Jacob se rendit en Egypte, elle comptait 70 membres (Gen. xLVi, 27; Exod.i, 5); le conseil des anciens, institué par Moïse, se composait de 70 membres {Exod. XXIV, 1 , 9). Mais ensuit^e le nombre 70 désigna vaguement lin nombre considérable : Lémec , descendant de Gain, dit que, si on le blessait, il serait vengé 70 fois 7 fois {Gen. iVt 24); les Juifs de la dernière période avaient partagé en 70 nations et 70 langues les peuples dont il est fait mention au x!^^ chapitre de la Genèse ^; Jésus est dit avoir envoyé 70 disciples pour prêcher l'Évangile dans les lieux qu'il devait parcourir {Luc. x, 1)j il veut qu'on pardonne jusqu'à 70 fois 7 fois {Matt. xviii , 22 )^. Ainsi Ion comprend que le nombre y70 ait indiqué dans le cas qui nous occupe une quan-

* Gen, IV, 15 ; vu, 2 ; Job v, 19 ; 1 Rais xix , 18 ; Prov, xiiv, 16 ; xxvl, 16; È$aie iv, 1; Matt. xn, 45 ; xxii, 25 ; Lue vin, 2; xx, 55.

' Gen. viil, 10, 12; xxix, 27, 50; xli, 2-7; Nomb. xxxiii, 1; Jos, VI, A, 6, 8, 15, 15; Jug, xvi, 8; xiii, 19; 1 Sam. x, 8; 2 Rois v, 10, 14.

* Eiéeh. XXXIX, 12 , 14 ; xl, 22*26; xuu , 25 % xuv, 26 ; Zach. m , 9; hr, 2, 10; Dan, nr, 16, 52; 4 Esdras passim; Apoe. i, 4» i2; viii, 2, 6 ; X, 8 ; XI, 15 ; xii , 8 ; xiii, 1 ; XV, 1, 6 ; xvi , 1 ; xvii , 1, 5, 7, 9, 11 ; XXI , 9.

* Jonath. Gen. xi, 7; xxvili^ 5; Epiphan. Hmr, xix, 7 ; Winér, Realw. 1,599,11,578,826.

* V. Bohlen , Genesit. S 77. Einl.

CHAI», ix. il 5

tité inférieure à ce chiffre, comme nous allons le voir en signifier une supérieure en examinant la prophétie des 70 semaines. Il ne s'agit pas maintenant de savoir laquelle des différentes périodes calculées pour la captivité se rapproche le plus de ce chiffre : une fois dans le domaine de l'indétermination, une différence de plusieurs années n'a pas d'importance, et puisque , de la sphère de l'indéterminé , nous sommes nécessairement rappelé à celle des fkits , nous croyons que le chiffre de 47 ans, auquel ont abouti nos recherches, est le plus conforme aux renseignements de Thistoire, En admettant, en effet y que la captivité n'a pas dépassé ce chiffre , comme ne sont pas fort loin de l'admettre ceux qui ne la font commencer qu'à la chute de Sédécias^, on compr|9ri'd mieux que Daniel ait pu, après avoir dépassé les années de l'enfance^, voir passer devant lui les régnes «de Sédécias, Nébucadnetzar, Ëvilmérodac , Nériglissor, Belsatzar, Darius et trois années de celui de Cyrus (Dan. xi, 1)j avec ce calcul, on comprend mieux que plusieurs vieillards d'entre les sacrificateurs, les lévites et les chefs de famille, qui voyaient le temple qu'on avait réédifîé depuis le retour, eussent pu voir le premier, comme nous l'apprend Esdras III , 12; avec ce calcul, enfin, l'on peut admettre les données fournies par les annales de l'Egypte et par celles de la Phénicie, données qu'il faudrait sans cela rejeter; et l'on ne pourrait le faire qu'en en montrant avec évidence l'inexactitude.

^ Voir cî-dessns p. 96 , note 3.

^ La phrase que nous employons dans le texte n'îndiqne nullement qu*il faUle prendre à la lettre Dan, i , i, et laisse au conlraire toute latitude pour reconnaître là une faute*

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