DU RETOUR DE LA CAKITVITE A LA NAISSAUGE DE J.-C
Si nous n'avions à consulter ici que l'histoire^ d'ac-^ cord pour cette dernière période avec la chronologie vulgaire^ notre tâche serait presque terminée. Mais un oracle important nous empêche dé clore si promptement ce travail ; la première année de Daiiiy (Dan. ix, 1)^ Daniel reçut par une voie miraculeuse Toracle suivant ; Iljr a soixante et dix semaines de fixées tour' cha^t ton peuple et ta ville sainte y pour abolir les forfaits et mettre fin au péché; pour expier V iniquité et pour ajnener la justice éternelle; pour sceller la vision et la prophétie, et pour oindre le Saint des saints. Sache donc, et comprends bien que depuis la pubU» cation de l'éditpour retourner à Jérusalem et la rebâtir, jusquà l'Oint^ le conducteur, il y a sept semaines et soixante^^deux semaines; les places et les murailles seront rétablies dans des temps fdùheux : et après ces s0ixante'deux semaines, VOint sera retranché, mais non pas pour soi ; puis le peuple d'un chef qui viendra dévastera la ville et le sanctuaire, et sa fin arris^era
^ Beaaconp d*intarprètes ont tittdait par le mot de Messie ou Christ le terme employé en cet endroit dans Torigiiial, mais c'était préjuger ce qui est en question.
comme une inondation. Il est arrêté que les désolations dureront jusqu à la fin de la guerre : il confirmera V alliance avec plusieurs dans une semaine , et dans la moitié de cette semaine y il fera cesser le sacrifice et Voblation : les abominations du désolateur ^ viendront dans le temple ^ jusqu'à ce que la destruction arrêtée fonde sur le désolateur^ {Dan. ix, 24^27). Jamais aucune prophétie n'a autant embarrassé les commenta-^ teurs : des questions nombreuses ont été agpitées pour» en déchiffrer le sens ^ et nous ne craindrions pas de dire que le plus ou moins de succès avec lequel on les a résolues a quelquefois influé. sur la détermination qu'on a prise à l'égard de l'authenticité même du livre. A qui se rapporte cette prédiction ? en quel temps at-elle commedcé à s'accomplir ? la période au bout de laquelle cet oracle a été réalisé a-t-elle été. conforme
^ C'est ainsi que Gesenius traduit le mot hébreu DDH^D dans son Htbr, u, chald. Handwôrterbuck. Leipzig, 1828.
' D. Martin a tradnit ^ZT^V en ces termes :, par le moyen dei ailes abominablee, et la version de Genève de 1805, comme suit : avec ses idoles ailées; Haevernick adopte une signification presque semblable {Comm, à, d, B. Daniel, Hamburg, 1832. S. 58? } Mais il cité lui-même une autorité bien forte en faveur de notre interprétation : on lit dans le Scho< Kaste d'Aristophane sur la pièce des Oiseaux, v. 14;10 : rà; rôv UpêÂv ç^'^fAc tcTi^k MA airchç xakÔuQv^ (voir aussi Reland, Jntiqq, sacrœ, Utrecbt . 1708, 1, 8, S 11) : Cette assertion est confirmée par Matt. iv, 5, où Ton, lit ! To ^repu^ov toû Upou, et Gesenius attribue même à ^J3 cette signification complète. S'il était besoin d'une dernière preuve, nous insisterions enfin sur ce que, au lien de b|J3. SsT» on lisait dans quelques manuscrits yip^tt^ mn^ h^f7\y\ (v. De Rossi, var, leciU p. m ; Michaëlis, oriental. Bibl. ii, S. 192 fl"), sur ce que les LXX ont traduit par ini tô U^, et sur ce que les versions sahidique et memphitique ont adopté la variante des manuscrits dont nous venons de parler.
s Cette interprétation est soutenue par Slsndlin ( Neue Beitrâge, S*. 7k) et par Gesenius ( Ifebr» u. Chald, Handw&rterbiuih j»
lis CHRONOLOGIE SACREE.
à celle qu'il annonçait ? Tels sont les divers problèmes auxquels cette prophétie a donné lieu ^ et que nous tenterons aussi de résoudre. Après tant d'efforts infructueux f l'espoir que nous avoûs d'arriver à une solution satisfaisante semblera bien téméraire peut-être , mais enfin il doit tôt ou tard s^èn trouver une; quand les oracles ont certainement été réalisés^ on doit pourtant découvrir une fois ou une autre à quelle époque ils ont dû Tétre, et de la prudence dans nos recherches^ l'absence de toute opinion préconçue et systématique seront peut-être pour nous des gages de succès.
I** A qui se "rapporte cette prédiction ? quel est cet Oint conducteur 9 ce chef dont elle parle ? Tel est le premier objet à l'examen duquel il importe de se li-^ vrer* Sans nul doute ^ les versets 24, 25, et le commencement du 26°"® nous offrent un ensemble de traits qui n'ont jamais pu appartenir qu'au Sauveur des hommes : Abolir les forfaits y mettre fin au^ péché y etpier Vini~ quitéy amener la justice éternelle y sceller la vision et la, prophétie y recevoir comme Saint des saints une onction toute spéciale, et enfin être retranché y mais rvonpas pour soi y ce sont là des caractères qui n'ont jamais pu être réalisés que par le Fils de Marie, et les misérables tentatives qu^on a faites pour les attribuer à un autre personnage n'ont jamais eu l«i plus légère vraisem-» blance ^
* Mlirsham (Chronic, ean. p. 568 et ss.); CorToàV{Krit. Geseh» d. ChiUasmus, Zurich , 1794. I**'' Bd. S. 247 îf, freim&th. Versuche. S. 42 ff); Eichhorn (ali^. Biblioih. d. bibL Liitr, m, S. 761 IF); Ammoh [bibt. Theot. Erlangen, 1802 m«r Bd. S. 217 if ); Bertholdt [DanieLneu àbersetzt a. erklart, Erlangen, 1806 n. 1808); GriesÎDger {Neue Jnsicht der jÉufêotte im Bûche DanieL 1812) ; Bteek {theoi, Zeitseh, von Schleiermâcher. De Wette u. Lficke Th. m» S. 171 ff;; Redepenning (ûber QasTemick in den TkeoU itud. ». KriU J. 1855, S. 2f9) ;: von Lengerke
CHAl». X. 119
De même, dans la dernière partie de cette prédiction, le passage^ // confirmera V alliance a\f€C plusieurs dans une semaine, et dans la moitié de cette semaine , il fera cesser le sacrifice et l'oblation parait se rapporter incontestablement à Jésus-Christ ; puis dans ce peuple d'un chef qui viendra, qui dévastera la ville et le sanctuaire, dans ce désolateur qui viendra commettre des abominations dans le temple ^, il parait difficile de ne pas recon-* naître ce Titus et ces armées romaines, qui détruisirent le temple et la ville de Jérusalem , après avoir commis dans la maison de Dieu des choses abominables. Ce rapprochement est d'autant plus évident , que Jésus- Christ Ta signalé : Quand vous verrez, dit-il, Vabomination de lé désolation ^ qui a été prédite par le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit cette prophétie j prenne garde {Matth. xxiv, 15). Si cet avertissement n'attira pas l'attention des Juifs sur les passages dé cette prophétie qui concernaient le Sauveur, du moin3 fixa-t-il leurs regards sur ce que Daniel leur prédisait la ruine de leur nation; Joseph reconnut que ce prophète avait aussi écrit sur la,
(Das Bit(;A Dam'e/^ Kônigsberg , 1835); Hitzig (û. v. Lengerke in d. TheoL Stud. u. Krit. J. 1837, S. 928-9^8;.
* Si noas avions pu conserver les termes des anciennes versions, U détruira la ville et le sàneluaire, le désoieUeur viendra aïoec ses^ idoles ailées, la désolation fondra sur les désoUs, nous aurions trouvé là encore plus de preuves à Tappui de cette opinion : mais Tinterprélation littérale du texte ne le permettait pas.
* Les LXX avaient rendu les termes de Daniel par ceux-ci : B^eXo^ji.* Tttv iç-n\iM><n(ùs, qui signifient Cabomination des désolations, et il faut observer que Jésus , mettant seulement les derniers mois au singulier , a em ployé la même expression, parce qu'il citait, comme d'habitude, TAncIeQ ^ Testament de mémoire et d'après les LXX.
4 20 CHROirOLOQ» SACRÉE.
puissance des Romaiàs et sur la désolation où ils réduiraient le pays ^
Mais oserîons^nous dire de cette seconde partie de la prédîcdon de$ sQÎ^^ante et dix semaines ce que nous avons dit de la première^ qu'elle ne peut se rapporter avec quelque vraisemblance à nul autre personnage qu'à JésusrChrist, à nul autre événement qu'à la ruine de Jérusalem par Titus ? Non , sans doute» Le livre où est renfermée cette prophétie et les livres des Mae^ chabées nous offrent d'autres passages qui ont avec le fragn^ent dont nous nous occupons une ressemblance telle , il y a entre ces récits une telle parité de faits et même d'expressions qu'il faudrait avoir l'esprit bien préoccupé pour nier toute espèce de ç(yinexité entre l'oracle et ces événements* Citons ces coïncidences re* marquables.
On sait que l'un des ennemis les plus odieux dont les Juifs ai^nt eu à souffirir depuis la captivité fut An •> tiochus Epipbanes. Après d'importantes victoires qui lui livrèrent l'Egypte^ il s'ep retournait en Syrie quapd la nouvelle d'un soulèvement lappela en Judée et même à Jérusalem^ qu'il prit d'assaut^ où il fit périr quatre-vingt mille personnes et dont il profana^ puis pilla le temple ^. Ensuite^ comme ses deux neveux^ qui s'étaient d'abord disputé la possession de l'JÊgypte, s'étaient réconciliés et que les Romains lavaient con«' traint à les protéger, où tout au moins à les laisser en paix, et ainsi à confirmer V alliance a^ec plusieurs^ , il
* ôri (m' aÙT&v IpvifMAftiiotTai. Joseph, jinU Jud. 1. x, c. il, S "^^
^ 2 Maech. v, ii-25.
' Dan, u, 27; TiteLive, I. xlv; Ambassadei de Polybe, C. 89, 92.
déchargea de nouveau sa colère contre la Judée ^ y et il y enToya sous les ordres d'Apollonius une armée qui s'empara une seconde fois de Jérusalem : dix mille habitants furent, suivant le rapport de Joseph^, emmenés en captivité avec leurs femmes et leur^ enfants; ceux qui le purent s^ enfuirent de cette ville; elle fut occupée par les nations voisines et devint étrangère à ses ci^^ tojrens; bien plus, dans le sanctuaire y changé en une solitude effrayante^ y les holocaustes et les sacrificeH durent cesser par ordre du roi^ ; enfin ce chef, par conséquent nommé avec raison le désolateur, plaça dans le temple une idole abominable^ y celle de Jupiter Olympien , dont le culte était accompagné de débauches, de tous genres^, et il en fut ainsi durant la moitié d'une semaine, durant trois ans et demi, comme on peut s'en assurer par Joseph (Bell. Jud.y 1. i, c. 4), jusqu'à ce que Juda Macchabée eût de nouveau fait briller la- gloire de Sion et qu'Antiochus Epiphanes fût mort.
Certes , il y a bien eu là ou jamais une éclatante réa^ lisation de cet oracle : Le peuple d'un chef qui viendra déi^astera la ville et le sanctuaire , et sa fin arri\>era comme une inondation. Il est arrêté que les désolations^ dureront jusqu'à la fin de la guerre. Il confirmera Valliance Ui^ec plusieurs dans une semaine , et dans là
* Dan, M, 50.
* Joseph , j4nU Jud. l. m, c. 6, S 4.
* iMaceh. i, 38, 39.
^ 1 Maoch, 1, 45.
» îbid. ▼. 5A.
^ 2 Mëeeh, VI, i"?; voir <jrotius* De jure beUi et paeis, 1. i, 4t 7* Abaazit , Explications deê chapp. XI et XII de Daniel dans ses (Xavres, Genève, 1770, L i, p. 29t ; Wiaer, Bibl. Realw. ArU Antiochus Epiphanes.
122 CHRONOLOGIE SACRiËE.
moitié de cette semaine , il fera cesser le sacrifice et r ablation ^ : alors les abominations du desolateur viendront dans le temple^ , jusquà ce que la destruction arrêtée fonde sur le desolateur. ÊUei fondit sur lui trois ans et demi appés qu'il eut aboli les sacrifices. Depuis quon aura aboli , dit Daniel, /e sacrifice perpétuel et quon aura établi Vabomination du desolateur, il y aura douze cent quatre'A)ingt-dix jours (xir, 11); et ce nombre fait justement, comme le remarque Âbauzit^, les trois ans et demi^ qui s'écoulèrent depuis l'interdiction du sacrifice jusqu'à son rétablissement par Juda Macchabée, ou jusqu'à la mort d'Ântiochus arri* vée aussitôt après.
. Ainsi il est difficile de ne pas voir dans les maux que ce roi de Syrie causa à Jérusalem des événements annoncés à la fin de l'oracle des soixante et dix se* maines. Est-ce ;à dire maintenant que nous insistions sur cet accomplissement pour nier celui qui a été précédemment exposé et qui fut amené par le Messie ? Loin de nous une telle idée. Mais s'il ^st possible d'admettre que certaines prophéties ont été deux fois accomplies par des personnages et en des temps différents , théorie dont l'abus seul a pu offrir des dangers , nous croyons que c'est ici le cas, ou jamais, d'en faire l'application ^. Et nous n'aurions pas pu passer sous
* II» y feront cesser le sacrifice continueL Dan, xi, 81. •
* Et Us y placeront Cabomination du desolateur, ibid, voir aussi v. 58.
* Vbi supra, p. 286.
* Cela fait, pour être parfaitement exact, douze jours de plus que trois ans et demi; mais ce n'est point là une différence dont on puisse se prévaloir contre Pégalité des nombres donnés par Daniel , au ch. ix, v. 27, et au ch. xii, v. il.
^ Le P. Harduin {Opéra seUcta, Âmstel. 1709 , p. 592 ss. ; de LXX hebdom, DanieUs, advers. R. P. Î^PrnardLamyî operum, p. 880); Ëslius
silence le rapport de certains traits de Tépoque d'Antiochus avec une partie de Toracle, sans paraître injuste envers une opinion qui se fonde sur des analogies éclatantes^ et sans &ire douter par cela même de la vérité de Taccomplissement dont nous avons soutenu les droits. Après avoir reconnu que Tensemble de la prophétie des soixante et dix semaines a préfiguré le ministère du Messie^ nous pouvons maintenant mesurer les temps qu'il a donné d^avance à connaître.
IP Voyons donc en deuxième lieu à quelle époque ont dû commencer les soixante et dix. semaines. Le point dç départ de cette période nous est indiqué^ sans le moindre sujet d'hésitation^ par ces mots : Depuis la publication de redit pour retourner à Jérusalem et la rebâtir. A n'en pas douter^ vpilà une date claire et bien précise. Et pourtant il y a eu plusieurs édits rendus dans le même but : il y a eu celui deCyrus; il y a eu celui de Darius, fils d'Hystaspe ; il y en a eu enfin deux d'Artaxerce Longuemain , promulgués y l'un 6n la 7""* année dé son règne (Esdras vu , 7, 1 1 et ss.), l'autre en la 20°"* (Néhém. ii, 1,8). Auquel de ces édits se rapporte la prophétie? Les interprètes ont été fort divisés à cet égard , et il est vrai qu'ils ont eu quelque raison de l'être. L'oracle d'Esaieoù il est fait mention de Cyrus renferme bien , il faut l'avouer, ces mots remarquables : // dira à Jérusalem : Tu seras rebâtie , et au temple. Tu seras releué sur tes fondements (^Esaïe XLiv, 27). Cependant le temple ne fut pas reconstruit sous Cyrus, il ne le fut que sous Darius, fils d'Hys-
{jinnoial, in prœc. S. S. loca, Anlverpiae, 1699, fol.); Sîxie de Sienne ( Biblioth. 1. viii , HaereL 12, p. 644 ) et Galmet {Dissert, sur les septante semaines dans8on Comment, s. Daniel, Paris, 1715, 4", p. 555, 542) ont suivi le même système.
taspe : aussi Jos. Scaliger a-t-il fait dater les LXX semaines de l'édit de Darius seulement. — D un autre côté il s'ed fallait encore bien que Jérusalem fut rebâtie : les brèches de ses murailles ne furent point réparées alors ^ et ses portes consumées par le feu ne furent point rétablies {Néhém. i^ 3). Une foule de commentateurs n'ont donc fait commencer les soixante et dix semaines qu'avec l'édit qu'Ârtaxerce rendit en la 7'°'' année de son régne , et par suite duquel Esdras ra«mena à Jérusalem environ quinze cents Juifs (Esdras vm, 2-14). D'ailleurs comme la T"""" année du régne de ce prince concourut^ diton , avec Tan 457 avant J.-C. , et que la vie du Sauveur fut de 33 ans , la réunion de ces deux sommes d'années offirait à ces commentateurs une identité admirable avec les soixante et dix semaines dont parle Daniel^ c'est-à-dire, avec le chiffre de 490 ans^ — Malheureusement les raisons sur lesquelles on a appuyé cette hypothèse manquent d'exactitude et de solidité. Le décret en vertu duquel Esdras retourna à Jérusalem ne contribua en rien à la reconstruction des murailles de cette ville : c'est de la 20""* année d'Artaxerce que date la déclaration qui fut feite à Néhémie et que nous avons rapportée ci-dessus touchant l'état délabré de la ville sainte ; ce fut à ce décret seulement qu'elle dut sa reconstruction complète , comme on fe voit indiqué au livre de l'Elcblésiastique (xlix , 1 4) et comme l'observe judicieusement Hsevernick^. Mais alors comment retrouver les soixante
* Jales Africain » Bède, Melanchlboo, Usserias, PéUu, Galmet, Galov, Newton , Bengel , Buddée , Prideaux , Sostmann , Deyling , Sam. Kônig.
s Cbrysostôme ( Homil. III advers. Judaos, t. i, p. 4S7 ), Tbéodoret
et dix semaines ou 490 ans depuis Tan 445 (av. J.-C), auquel conre^xmd la 20°'^ année d'Artaxerce^ jusqu'à la 34^"^ et dernière année de la vie 4u Sauveur ^ ? Puis si ^ comme cela est généralement reconnu^ Artaxerce est monté sur le trône l'an 464 avant Jésus-Christ^ la septième année de ce prince^ du cinquième mois de laquelle il s'agît seulement {Esd. vu, 8), ne permc^t donc de lui assigner que six ans complets jusqu'à Tédit qui était déjà promulgué en 458 avant J.-C. , 7°"^ année d'Artaxerce. Ainèi le eakul fait pour dater les soixante et dix semaines de ee,tte 7"''' année d'Artaxerce se trou» verait par là renversé. Enfin ^ et nous ne tarderons pas à le démontrer^ la chronologie vulgaire ayant, contre toutes les données historiques, retardé à tort de 4 ans la naissance du Sauveur, il faut par conséquent retrancher 4 ans des 458 auxquels nous sommes arrivé , et il s'en faut certainement de trois ans que le nombre ainsi réduit de 454 ans, augmenté des 33 années de la vie de Jésu^, corresponde aux 490 delà prophétie. En résumé, les tentatives qu'on a faites pour démontrer l'accord littéral de l'oracle des 70 semaines avec l'in* tarvalle écoulé depuis la 7"* année d'Artaxerce ont donc été infructueuses , elles se sont appuyées sur une base fausse, et c'est dès lors à un aufre édit qu'il faut remonter pour y trouver le point de départ de cette période.
(în Dan. ix, p. 661 etss. ), et Qfferhaus {Spicil. hist. chron. Gronipg, 1789. 4**) ont admis la même base.
' Uaevemick échappe à tonte critique par trois fautes de calcnl on d'impression f p. 371 ) ; puis il entremêle à ses supputations snr ce point la bataille d'Actium, dont on aurait quelque droit de dire :
On ne s'attendait guère De voir Jctiam en cette affaire.
126 CHRONOLOCIB SACREE.
L'édit de Cyrus , qui , ^elon que la prédictioa d'E*' saïe l'avait anuoncd, renfermait explicitement l'ordre de rebâtir la maison de V Eternel (Esdrcts i, 4), eut beau ne pas s'accomplir à cet égard sous son règne; c'était de Tédit même pour qu'on retournât à Jérusalem et t^uon la rebâtit^ et non de l'exécution de cet édit, que devait dater^ suivant Daniel (ix, 25), le commencement des 70 semaines^ D'ailleurs , est-il probable que la révélation faite au prophète en la 1'^ année de Darius {Dan, IX, 1), portât^ non sur le mémorable édit qui allait êt^e rendu deux ans après, mais sur des décrets qui ne devaient être promulgués que 1 8 ou 80 ans plus tard ?.Gela est centre toute vraisemblance. On peut donc admettre avec un grand nombre de commentateurs ^ que c'est à l'édit de Cyrus^ c^est-à-dire à Tan 536 avant J.-C. qu'ont réellement' commencé les 70 semaines : c'est là un point hors de doute, c'est un sujet sur lequel il n'est plus besbin de nouvelles lumières.
IIP. Si l'on ajoute aux 536 , ou plus exactement aux 532 ans qui s'écoulèrent de l'édit de Gyrus jusqu'à la naissance de Jésus-Christ^ les 33 ou 34 années de la vie terrestre du Sauveur, ce qui donne un total de 566 ans , il est évident que ce chiffre-là dépasse de beaucoup les 70 semaines qu'on avait estimées à 7 années chacune. La prophétie donc aurait-elle tort auprès de l'histoire ? Nullement. Mais ce sont les commentateurs
« Clément d'Alexandrie {Sitomai, 1. i, p. 330); Parœus (Ora^ d^ LXX Hebdomadibus ) ; CEcolampade ( Comment, in Dan. Le); Calvin {PrœleeU in Danielem, tz^. «, v. 25. Grenevae, 1571, p. 128 adfinem); Const. L'Empereur (inannot.ad Danielem); J. Cocceius {Opéra iheoL Francof. 1689, fol.).W. Momma {Œconomia patriarch. Basil. 1728, ^') ; Ravins {Dissent, sacrœ antiquariœ. Ultraj, 1760, 8'); Wichmann {ChronoL Moer. p. 173 et Sqq.) A. Coquerel {Essai sur les dates de la Bible, k la suite de la Biographie sacrée, p. 703 ).
qui se sont trompés en voulant voir dans ces semaines des périodes exactes de sept années^ et ils n'ont pas vu que cette expression ^ et surtqut le nombre qui y est joint, ne doivent indiquer qu'une longueur indéter^ minée. Je ne reviendrai pas sur les développements que j'ai donnés plus haut pour prouver le peu de précision dont certains nombres étaient susceptibles dans l'usage vulgaire; j'en ai assez dit là-dessus, et je n'ajouterai pas d'autres preuves à l'appui de cette opinion^ en dehors de laquelle il n'y a plus qu'incertitude et erreur. Il est impossible d'appliquer à une prophétie la rigueur demandée dans la mesure des temps ; mais elle peut s'interpréter d'une manière conforme à l'histoire au moyen d'une certaine latitude^ et pour TÊtre aux yeux duquel mille ans paraissent un jour, un nombre considérable d'années, ce nombre s'élevât-il jusqu'à cent , ne constitue pas une différence grave.
U ne nous reste plus dans cet article qu'à fixer l'époque de trois personnages qui vécurent sous le protectorat de la Perse ^ et dont la place dans l'histoire a paru quelquefois douteuse , nous voulons parler d'Ësther, d'Ësdras et de Néhémie.
Le souverain sous lequel Esther a vécu, Assuérus, offre peu matière à contestation : le portrait qu'en fait l'Ecriture comme d'un prince cruel, fantasque et débauché, et les indications chronologiques avec lesquelles elle le détermine, se rapportent trait pour trait à Xerxès-le-Grand * ; Calvisius^, Scaliger^, Pétau*,
* Hérodote, I. vu, 7, 3S, 57; Justin, ii, 12 rStrabon, xiv, 634 ; Val. Max. IX, 1 , ext 3 ; Cic. Tusc. v, 7 ; Plutarch. Apopht, reg, éd. Lîps< p. 4.
* Calvisius, Opus chronoL Francof. ad V. 1620, fot.
* Scaliger, Emend, iemp. 1. vi. Genevae, 1629, fol.
* Pétau , Doeir. Temp, xv, 27. Parisiis, 1637, fol.
12S CHRONOLOOJB SACREB.
Vltriqga^ o&t adopté cette opinioii^. Rappelons que c'est dans la 3"^® atnnée du régne de ce prince qu'àrri*vérent le festin royal et l^ disgrâce de Yasti (Esth. i, 3); dans la 7""* qu'eut lieu rélévation d'Esther (lèîd. ii^ 1 6 ), et dans la 1 2"^ la proscription et la vengeance des Juifs (Ibi'd. m, 12; IX, 16-21).
L'époque à laquelle appartint Esdras a présenté plus de difficultés. Sur le témoignage de Joseph ( ^nt. Jud. 1. XI, e. 5), un certain nombrç d'auteurs, D. Michaêlis ^, Jahn *, De Wette ^, ont vu -dans ÏArtach-' schaste que la Bible fait contemporain d'Esdras^ le même roi que Xerxès. Mais est-il probable que ce dernier monarque eût reçu des Juifs deux noms différents, celui d'Assuarus dans le livre d'Esther, et celui d' Artachschaste dans le livre d'Esdras ? Est-il probable de plus que les Juife fussent encore dispersée dans le vaste empire de Xerxés'', que ce prince l'ignorât encore «n sa douzième année ^, et que les Juifs fussent en position de vaincre leurs ennemis, de leur tuer même 75,000 hommes^, lorsque déjà, en la 7'''' année du régne du même monarque ^^, Esdras aurait reconduit en Judée, par suite d'un édit royal, un assez grand nombre de ses compatriotes ? C'est une hypothèse inadmissible. Il faut donc voir dans VJrtachschaste de la
Vitringa . Hypotyp. ekronoL p. 106. LeoYardic , 1722. Voir Winer, Ribl, Reâlto. Art Abasveras.
D. Michaêlis. Dos A. T. ûbera, mit Jnm. Gôttingen, 1775-178$. Jahn, Bibl. Archàol, nt«r Th., I^r Bd« S. 259. Wien, 1824. . De Wetle , Einl. in da» A. T. S 195. Berlin, 1888* Egaras, vu, 1, 7, 11, 12, 21 ; tnt, 1.
E$tkêr, m, 6.
Ibid, V. 7 et 8.
Esiher, vin, 15-ix, 16.
^ Eidrat, vu, 8 et 8S.
Bible , comme d'ailleurs la ressemblance des nqpis conduit naturellement à le croire, le même prince qu'Ârtaxerce-Longuemain ^ et c*est à cette opinion que se . sont rangés le Syncelle^, H. Michaêlis% Bertholdt^, Eicbhorn*, Gesenius^et Winer ^.
Enfin Néhémie vécut , ainsi qu'on l'a unanimement reconnu y sous le régne du même prince : la parfaite identité du nom qui est donné au roi sous lequel TÂ^ut Esdras , et de celui qui est donné^u prince sous lequel vécut Néhémie , contribue à le démontrer {Esd. vu, 4 ^ 7, 1 1 , 1 2 j vui, 1 ; Néhém. ii, 1 ) j et ce qui , par parenthèse , montre que ce monarque n'était pas Xerxés , c'est le passage Néhém. xiii, 6 , où nous voyons que Néhémie vint visiter Artachschaste en la 32"*® année de son règne , tandis que l'on sait positivement que Xerxés ne régna pas plus de 2t ans''. D'ailleurs, il faut observer que Néhémie fut contemporain d'Esdras^. On a cru maintenant quelquefois que cet Ârtaxerce , sous lequel vécurent Esdras et Néhémie, était Artaxerce-Mnémon ; son nom, la durée de son régne, permettraient bien de le croire. Cependant, comme Néhémie .était lui-même contemporain du souverain sacrificateur Eljaschib^, dont la généalogie nous est
^ Syncelle, Chronogr, p. 251.
^ J. H. Michaëtis, Uherior, adnot. in Hdgiog, F. T, Ub. Hâls, 1749.
> Bertholdt, Einl. i. d. A. T. MV^ Bd. S. 989, ff. Erlangen, 1813«
* Eicbhorn, EinL L d. A, T. llIt«F Bd, S. 607. Leipzig, 1828-24.
^ Gesenius, Hebr, a, ehald. Handw. Art. Artaehsekaste,
' Wiaer , Bibi, RealwÔrt. Art Arthaehsehasehta.
'' Diod. Sic. 1. XI, c. 69, edit. Lîps.
' Néhém. viii, 1; «ii, 56. Il est incertain si dans TEsdras qui est mentionné Néhém» \n , 1 , on doit reconnaître le même docteur de la loi.
' Néhém, m, 1; mii, 4^
130 CHRONOLOGlfi SACREE.
donnée yi chapitre xn, w. 4 et 1 1 ; il ne parait guèr« probable que trois grands-prétres, Jéhosuah^ Jojakim et EIjaschib , aient à eux seuls rempli la place de ppn-* tife pendant les 151 ans qui ont séparé Tannée du premier retour ' de la vingtième d* Artaxerce-Mnémon , tandis que trois autres^ Jojadah, Jmiathan ^et Jaddus, se seraient succédé plus tard dans le court espace des 51 ans qui séparèrent la vingtième année d'Ârtaxerce- Mnémon de IVri^èe d'Alexandre à Jérusalem , c'està-dire^ de l'époque à laquelle Jaddus était en charge^. Aussi cette supposition n'a-t-^lle compté qu'un fort petit nombre de partisans , et il faut s'en tenir à l'opinion des auteurs qui voient dans Artaxerce-Longuemain le contemporain d'Esdras et de Néhémie.
^ Etdroê 11 , 2 ; m , 2 ; IV, S ; V, 2 ; Nékém, vu , 7 1 Aggée i , 2 , 14 ; Zaeh, III, i ; vi, il.
* Voir Âlph. Briquet, Reekërches $ur le livre de Néhémie^ p. 10 et 11. Genèfe, I8S2.