‹ La chronologie sacrée, basée sur les découvertes de ChampollionChapitre 25 sur 26 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

DATE DE LA HAISSAUCE DE JKSUS-GHRIST.

Nous voici arrivé au dernier point de l'espace que nous nous proposions de parcourir dans la route des temps f et Ton pourrait < croire que nous , sommes au bout de nos recherches; mais il ne faut pas s'être beaucoup occupé de chronologie pour savoir que ce point est l'un des plus difficiles à déterminer parmi les dates de Thistoire sacrée. De quatre données différentes qui servent à faire connaître l'année de la naissance du Sauveur 9 les trois dernières contredisent la première, qui, pourtant, a eu jusqu'ici force de loi : il est nécessaire de les exposer et d'en discuter la valeur.

L C'est à un abbé romain, Scythe d'origine , et qui vivait au commencement du vi"''' siècle, qu'on attribue universellement la fixation de Tère vulgaire; il se nommait Denys le Petit. En 525, s*appuyant d'une part sur les calculs de Varron * , de l'autre sur l'ère de Dioclétien, dont Cyrille d'Alexandrie avait, au v'^^ siècle, introduit l'usage parmi les chrétiens, et que Denys ne voulait plus employer lui-même par haine pour le nom de ce tyran impie et persécuteur ^ ; combinant de plus

^ Gieseler , UKrb. der Kirchengeiek. l^ Bd, $ 20. Z^^ Aufl.. Bonn, 1831. S. 63.

' Quia S. CyrillasprimDmcyclam abannoDiooietiamoentesimoqamqaagesimo tertio cœpit , et ultimum in ducentesimo qaadragesimo sep-

avec ces éléments le calcul des indictions ^ périodes de quinze antiées dont on assignait le point de départ au régne de Constantin , sans être bien d'accord sur la date précise S et que Ton faisait même remonter plus haut que ta naissance de Jésus ^, Denys fixa ce dernier événement à Tan 754, suivant le vénérable Béde^ et beaucoup d'autres, et à l'an 753, suivant Hamberger*. On le voit , ces points de départ sont donc bien multipliés , bien douteux y et à mesure que j'avancerai dans l'examen auquel je me livre actuellement , on reconnaitra , je l'espère, combien ils étaient peu solides.

11. Une deuxième donnée tendant à préciser l'époque de la naissance du Sauveur nous est fournie par les premiers versets du deuxième chapitre de St. Luc. On y voit en effet rapprochés un édit de César-Auguste , qui

timo terminavit ; nos a âucentesimo qnadragesimo octavo anno ejusdem iyranni potins quam principis incboantes , noluimas circulis nostris memoriam impii et persecutoris mnectere; sed magis elegimus ab incamatione Domini nastri Jesu Gbrîsti annorom tempera prsnotare ; quatenus exordium spei nostr» noûus nobis exîsteret , et cansa reparationis bumanx, Le. pàssio Redemptofis nostri , evidentias elaceret. Epittota àd Petronitttn i Petavii , de Doetrina Temporîtm, Append. Parisiis , i6S7 ; Hamberger, de Epoohœ thrietianœ ortu «f auiore. lenœ, 1688, in Martini. Thesaar, Disêcrtt, Tom. m, pars i\ Norimbeigœ» 1767.

* Cette période commença, dit- on, le 25 septembre 812; chez les Grecs du Bas-Empire, ce fat an 1*' septembre,, et les papes qni s'en servent encore la font commencer «n i" janvier 818« Voir VArt de vérifier /et Datée <^. J.-C.^ t» I.

> Qaarta indictione, secundum Dionysium, Dominus natus. F en, Bedœ opp. ii tom. p. 122. Colon. Agripp. 1688. ' Gieseler , tt6( eiiprtu

* Hamberger , De Epocha chrUtianœ oriu et auiore, ad finem. Cet auteur montre qu'on a retardé à tort de neuf mois l'époque indiquée par Denys le Petit pour la naissance du Sauveur : Manet inconcussum epocham qua hodiemom utîmur falsè adsctibi Dionysîo, cum Ëpocba ipsius noslram IX antecedat mensibus.

GHAP. Xi. 133

ordonne un dénombrement, l'exécution de o^i ordre en Judée, le gouvernement de la Syrie administré par Quirinius, et le voyage de Joseph et de Marie, qui se vont faire inscrire à Bethléem ^ Il semhle d'abord que l'on devrait trouver une solution immédiate du pro-^ blême qui nous occupe; néanmoins il n'en est pas ainsi : chacun des éléments que nous venons d'indiquer a donné lieu à de graves difficultés; il convient. donc de les discuter un à un»

A) Qu'Auguste ait fait faire plusieurs fois un dénombrement de tous les ôitoyens et de tous les sujets de l'empire, pour connaître soit les forces militaires, soit les impôts sur lesquels il pouvait compter, c'est là un fait hors de doute. Sans uous en référer, comme Savigny ^, Manso * et Tholuck *, aux passages y relatifs de Suidas^, dlsidore^ et de Câssiodore^, qui n'ont

V1QV. kH-m Vi £ro^pft^ irpÔTi} è'^fsvrro •h'^M^mtùo'^Toç tHç Suptaç Kupmvîou. Evang, 8. Luc II, t, 2.

^ Savigny , Ueber die Râmisehe Sleuerverfasèan^ in der Zeitschrift fûç geschîchlliche Rechlswîssenschaft, Vl'ei* Bd. S. 350.

* Manso, Geschiehie des Ostgotkischen Beiehs, S. 58 A.

* Tholnck, Die GtaubwUrdigkeit der evangelisehen Gesehichte, Ham-t btttg,'iS87.

^ ô ^à Kaî<To(p At'^oMVTùi i [hwa^jumoLç tixoaiv àv^paç tioii; àpt(rrcu; tov êiov xflii riv Tposrov 2iri>.s$a(*evoç, liri irÂffav ttiv 'yrv tôv &in]X06>v iiént^^i, ^t' «v à'mr^^(fkç iitoirifscLTO tôv tc av6pcdirci>v xat oûoièâv, aôrapxT) Tivà ^po<rrà|aç râ ^{Aooio fAOïpav èx TouTttv sSacpéptodai. Aut» ^ àiro^pa^v) Trpfdm l^tvsTO, rm irp^ aÙTOÛ Tol; xtx-nifiisvciç Tt [ax à(:patpou{i.8Vfl»v, û; elvai rolç ^UTTopoïc ^njAoaicv fy^Xiifta ràv iïXoutcv. Suidas, Lexicon. gr, Sé v. Airo^pa^v]*

' Era ângulornin annorum constitula est à Caesare Augusto, quando primum censnm exegitac R.omanum orbem desçripsit. isàdorus , (h^gincê, 1. V, 36.

^ Augusti si^uidem temporibas orbis Uomanus agris divisus censuque descriptus est , ut possessio sua nuUi baberetar incerta , quam pro tributorum susceperat quantitate solvenda , ^^éiait cependant afin que chacun sêi ce quil devait payer d'inif^âts, Oassiodorc , variaram, m , 5^,

sûrement parlé que d'après des autorités plus an-^ cienneSy mais qui pourtant ne les indiquent points et sont eux«mémes trop modernes , nous invoquerons seulement le témoignage de Dion Gassius ^, de Tacite ^ et de Suétone^ : lesl renseignements positifs qu'ils fournissent prouvent^qu' Auguste avait fait faire à plusieurs reprises un recensement de toute la population tle l'empire. Maintenant, que le <leuxiéme dénombrement dont il est question dans le monument d'Ancyre ^, et qui

{ii.upift^<»v càvtav Ksx'n)^&vuv, eirovnoaTo * ro\iç ^ôip do6tvioTt^ous, tcuç te lEid riic iraXioiç otxcûvTaç, eux ^voé']pcaaev àirc^pâ(|^ao6ai, SeÎQCLç {xri veuT&pîvMOt rt rot^X' 66vreç.,Dio Cassius, Hist. rom, 1. lv, c. 13. Ce recensement eut lieu l'an de Rome 757, et, malgré ce qui est dit dans ee passage, on sait qu'il ^e fit à cette époque un recensement dans dTautres provinces de llsmpire et nommément en Judée. — Tb t^itov, rà rs tôv oTpaTKAr&v, xal rà tûv Trpo- GO^ttv, TÛv Te ÂvaXcdpkOCTCdv Tûv ^iQ(jLcaîttv, TO Tt ttX^Ooç tûv tv Tcî$ ôiKTaupctç XpD[MiTfi>v , xat 6aa JXXa TOicvroT^oirA ic rit* ir((|AOVtîftv ^t^vra "^^ dx^. lvi, 3 S. — napaxp^* (ut^v lirem, {j.iî6* 2<fgv («nft* 5lti*c a&to ^«MvAotv, l9r((Ai)»tv âXXouç âXX'Çy rà re tmv t^«iàt«^v xat rà râv iroXettv xrnjAara dl9ro7pa(|>o|uvouc, I. LVI, C 33.

^ Perferri libellum recilarique j usait (Tibedus). Opes publics continebantur : quantum civium, iociarumque in armis; qnot clas&es, régna, provinciae; tributa, aut vectigalia , et nécessitâtes ac largitiones; quae cuncta suà manu prsescripserat Augustus. Taciti ^niaa/. 1. 1, Csii.

' Magistratibus ac senatu domum accitis , fiationariom imperii tradidit. Sueton. Oetav. Augu$t, c. xnvin. Breviarîum totius imperii, quantum militùm sub signis ubiqne essent, quantum pecunis in srario et iiscis et vectigaliorum residuis^ cap. ci.

* On sait qu'une copie des mémoires que l'empereur Augaste a laissés des événements de sa vie ( Sueton. Aug. ad fînem ) avait été déposée à Ancyre dans un temple consacré à ce prince. Ce monument a été découvert dans l'année 155 A, décrit par Busbecq dans ses BpUtoiœ derebuê Turcieis, Epist. i, p. m. 93, publié par Groter dans ses Inscripiioneê nntiquœ ioitua orbis romani, Genevae, 1608, p. 230, etChishuH l'a donné en entier dans ses Aniitfaitates Asiaticœ, Londini, 1728. On y lit ce quisuit :

In consulatu sexto ( A. U. 7â6 ) ccnsum populi conlega M. Agrippa

CHAF. XI. 135

se fit Tan de Rome 746^ concernât surtout les citoyens romains y il n'en est pas moins vrai:que ce recensement put s'étendre aux alliés de l'empire , comme le témoignent les mots sociorumque qu'on lit dans Tacite ^, et que y comme d'autres , il a vraisemblablement été fait à diverses époques dans les différentes provinces^. Rien d'étonnant dcmc à ce qu'il n'ait eu lieu en Judée que deux ou trois ans après qu'Auguste a eu commencé celui de tout l'empire.

B) Dans quelle circonscription s'exécuta le dénombrement dont il est fait mention dans St. L41C ? C'est la deuxième question qu'il importe ici de résoudre. — Si nous nous en rapporUms au texte de l'évangéliste, * nous voyons qu^Auguste avait ordonné àico^pa^iaftat itaoav r;iv obm^rn*, de ftùre le recensement de toute la terre hor-

egi, lustrum post anDum alterum etquadragesimum feci , quo lustro civinm Romanorum oensa sunt capita quadragiens centam millia et se^L^ginta tria millia. Alteram eonsolari eum imperio lustrum oensumque êùluifeci, Ceasorino et Âsiikio Gos, ( Â. U. làQ), quo lustro censa sunt, civium RomaDorum capita quadragiens centum millia et ducenta trigiata tria millia. Tertium consulari cnm imperio lustrum conlega Tib. Cœsare * feci, Sex^ Pompeio et Sex. Appuleio Cos. (A. U. 767), quo lustro. censa 9«nt Roraaooram càpilam quadragiens centum millia.... trigintg et septem millia.

^ Tacitus, ubi supra.

' Exemplo non uno constat, censns ab imperatoribus indiclos per aliquot annos protrahi consoevisse, anteqnam ad finem perdacerentur. Sic ccnsui Angosti jiltimo, eo ipso quo bic imperator idvis interesse do-siit, per Qalliam praefuit Germanicns (Tacit. Annal, i, 53 ), quod contigit anno Jul. LIX, duobus Sextis Goss., et tamen poslea ad absolven* dum hoc negotium P. Vitellius et Gantins dimissi sunt ( Tacit. AnnaL u, 6). Qnod, cum factum sit L. Scribcmîo Libone et T. Statilio SiaennaGos^., i. e. anno Jul. LXI» censum htinc per Galliam solam très omnino annos continuatum fuisse oporlet. J. F. Kesler.ci^ genuina naiivitixtis ChrUtiœra,^, 34. Halœ Magdeb. 1708.

* Ut provincias cum Augusio communltér a€Unini$traret, simulque centum ager«r, con-^ dito lustro, in niyricum profeclus est. Sueton., Jiber. c. xxi.

136 CHRONOLOGIB SACREE.

bitée. Cette expression emphatique ne comprenait fort fiK>uvent dans les aaciens temps que le pays auquel appartenait récrivain qui en faisait usage. Les Grecs ^ les Romains , remployaient dans ce sens. Serait-ce donc à la Judée seule que , suivant St. Luc , Auguste aurait imposé ce dénombrement ? Un exemple du livre des Actes semblerait indiquer que ifwia. vî wM^^kim peut s'expliquer dans ce sens : en parlant d'une famine qui devait arriver^ et qui , en effet y eut lieu sous Tempereur Claude y le même St;^ Luc dit qu'elle devait s'étendre^ d'après la prédiction d'Agabus^ ««p* 5xyiv nov omouatvv)« {Âct. x\y 28), jà toute la contrée seulement , car on voit dans Joseph qu'Hélène , reine d'Adiabène, fit * alors acheter à Alexandrie et en Chypre une grande quantité de blé et de figues sèches , qu'elle fit distribuer aux Juifs pauvres ^ — Serait-ce à tout l'empire que le dénombrement se serait étendu, et Texpressioû 'KWM'h oucoufAsvD aurait-cUc été appliquée par St. Luc à tout le monde romain ? Le breviarium totius imperii dont parle Suétone semblerait bien l'indiquer. Mais alors comment, dans ce cas, un tel recensement se serait-il fait dans la Judée , et cela pour se confoi^mer au décret d'Auguste ? la Judée, était-elle donc déjà réduite en province romaine ? Non, sans doute^ puisqu'elle ne le fut qu'après le bannissement d'Archelaûs^. Néanmoins, la Judée pouvait déjà se considérer comme vassale de Rome ; Hérode était en quelque sorte feudataire d'Auguste. N'avait-il pas reçu de lui en même temps que des deux autres triumvirs, le titre de roi ? ne s'était-il pas mis dans la dépendance de ce prince au

* Ant, Jud. 1. XX, c. 2, §6.

? BelL Jud. I. Il , c. 5. S 1 ; c. 8, S 1; Euscb. Hisl, Eccl. 1. i, c. 16.

point de ne pas juger lui-même ses deux fils , et de déférer la cause à l'empereur ^ ? et quand il eut fait la guerre au roi d'Arabie^ Auguste, irrité, ne lui écrivit-il pas que jusque-là UVaifcUt traité comme son àmiy mais qu'il le traiterait à Vai^enir comme son sujet ^ ? Que Ton songe en outre que les Juifs prêtèrent, sous Hérode, serment de fidélité au chef de Tempire^, que l'on songe enfin qu'après la mort de ce roi , Auguste dicta luimême le partage de la Palestine entre les fils d'Hérode^, et Ton admettra que pour cela il fallait nécessairement que la Judée eût reconnu la suprétnatie de Rome : les procurateurs que cette capitale y avait déjà alors nous en donnent la preuve; Ton avouera qu'Hérode , redevable de tout à Auguste, et dans une dépendance complète à l'égard de ce prince, ne pouvait rien négliger pour lui témoigner sa reconnaissance ; en uq mot , l'on comprendra que , sentant la nécessité de condescendre aux vœux d'un si puissant allié , il s'empressa pour lui plaire de faire faire en Judée le dénombrement .demandé : au dehors des limites positives de l'empire, ce recensement avait pour but de faire connaître à Auguste les alliés sur lesquels il pouvait compter.

G ) Il s'agit à présent de savoir à quelle époque eut lieu ce dénombrement. Si l'on n'avait d'autre indication pour préciser cette date que celle qui est consignée par Luc dans les mots en ces jours-^là ^ on serait exposé à une latitude bien vague : au premier verset du m"* chapitre de St. IVfattbieu, la même expression se rapporte à un intervalle d'environ vingt-huit années ,

* Ani. Jud, 1. XVI , c. 4, S 1 ; comp. xvii, c. 5, S 8.

* Ibid, I. XVI , c. 9, S. 3.

» ïbid, ihid., c, 2, S 4 ; K xvii , c. 2 ,-§ 6.

* Ibid.t i. xvn, c. 13, $à.

138 CHRONOIX>GlB SACREE.

et dans le passage qui nous occupe on pourrait en borner le sens à six mois {Luc i, 26), comme l'étendre à plusieurs années. Mais d'autres renseignements viennent s'offrir à nous pour restreindre" la signification de ce terme , et c'est en particulier celui du gouvernement de la Syrie par Quirinius. Au premier tfioment, on serait tenté de traduire la phrase de St. Luc par celle-ci : Ce premier dénombrement eut lieu pendant que Quirinius gouvernait là Syrie. On sait néanmoins d'une manière certaine que Quirinius ne fut nommé proconsul de Syrie et ne présida comme tel à un dénombrement en Judée qu'après le bannissement d'Archélaûs ' , c'est-à-dire en l'année 759 ou seulement même 760 de l'ère romaine^. Dans le temps où les deux données que nous avons à examiner plus loin placent la naissance de J.-C, c'était QuintiliusVarus, qui, delà part d'Auguste , administrait la Syrie ; d'anciennes médailles démontrent qu'il devint proconsul de. cette province l'an de Rome 748^; et quoiqu'on sache qu'il le fut encore deux ans plus tard.^, et qu'on

* Ani. Jnd* 1. xviii, c. 2, S 1.

^ Dion Gassios (1. lv, c. 18 ) date de l'an 757 l'an des recensemenls ordonnés par Auguste. Si ce renseignement était bien exact , il y aurait eu entre l'édit rendu pour faire le dénombrement et l'exécution de cet édit en Judée le même intervalle de temps que nous avons observé entre un édit pareil rendu en 746 et son accomplissement en Jadée à la date de 749.

* Ex tôt nummis ejusdem Vari apud Antiochîam sculptis, constat illum jamab A. U. 748 Syriam administrassa... ac dnobus insuper aunis insequentibus. Noris , Annus et Epoehœ Syro-Maced, Diss. m, cap. 7. Lipsiœ, 1696, p. 254.

* C'est ce que prouvent et les médailles ( voir la note ci-dessus ] .et ce passage de Tacite : Post mortem Herodis,.. . Simé quidam regium noment invaserat. Is à Quintilio Varo obtinente Syriam punitus , et genlem coercilam liberi Herodis Irîpartito rexere ( Hist. 1. v, c. 9 ). Noris a mal

cHiP. XI. 139

ne connaisse pourtant point positivement le moment où il cessa de remplir ces fonctions ^ Ton sait seulement que ce ne fut qu'après la mort d*Hérode. Quirinius ne gouvernait donc pas encwc la Syrie , et Ton est réduit dés lors à Talternative qae voici : ou il faut admettre que St. Luc s*est trompé, ce que Strauss établit sans hésitation ^9 comme il le fait systématiquement pour tous les faits racontés par les historiens sacrés , ou bien il faut reconnaître que la phrase de St. Luc est susceptible d'un sens différent, ce à quoi nous inclinons plus volontiers.

En étudiant effectivement le passage qui nous occupe , on voit que le mot wpwTYi (premier) peut être employé dans le sens de wporipa (antérieur) : le positif se met souvent à la place du comparatif; on le voit dans Jean i, 15 et 30, où Jean-Baptiste dit de Jésus : wp«To« uou ^iv, // étxiit premier de mot , c'est-à-dire , il était plus grand que moi; et, dans la traduction des LXX, un passage de Jérémie, complètement semblable à celui que nous étudions ici , ne peut également se traduire que par la substitution du comparatif au positif ; il est

ainsi conçu : ouroi 6i Xô^oi ryi; ^îÉXcu, c6; àrciariùx* lepejAtac.... ôorcpciv

traduit ce passage en lui donnant le sens qi^e Varus ne fut nommé pro^ consul de Syrie que Tannée dé la mort d'Hérode, c'est-à-dîre, en 750; les médailles montrent assez qu'il avait déjà reçu ce titre en 7A8. Mais le passage de Tacite prouve en même temps que lorsqu'Hérode mourut , Varus administrait encore la Syrie.

* N. H. Gundling cherche à étahlir que Varus vint en Germanie vers Tan de Rome 760. Dîm. de Varo in Gundtingianis, xxiv, i, p. 328. Fabricii inannot. ad Dion. Cass, 1. LVi, c. 18, S 60.

^ Strauss , Fie de Jéius, trad. fr. I*« sect. ch. 4, S 31, Paris, 1839.— Aramon f BibL TheoL II, 271 et Corn, de Censu Quir. Erlangen , 1810, Thiess (KW/. Comm. II, 385 ) et K. C. L. Schmidt ( Bibtiofh, fur Kriiik u. Exégèse, 111, 1, S. 124) Tavai^il fait avant Un.

140 CHRONOLOGIE SAGBEB.

iltXOovToc Icxovtou Tou p^mXecdc xal -nie ^oioiXtaovic. JérénU XXIX , 2

( XXXVI t 2 ) ; cela signifie a/^rè^ que le roi JéchoniçLS eut quitté, etc. On peut donc conclure de là que dans Luc u ^ 2, il n'y a point d'erreur et qu'il y est question d'un dénombrement qui aurait eu lieu OA^ant que Qui-rinius gouvernât la Syrie. Cette explication^ qu'on s'est trop hâté de rejeter^, est plus vraisemblable que toutes celles qu'on a données jusqu'à présent^; aussi a-t-^Ue eu pour elle un très-grand nombre de commentateurs , Scaliger^ Reland^ Strauch, Herwart^ Bynœus, Ë. Schmid; Ferizonius, Leclerc, Usher, Pétau^ Heumann^ Tïoris^ Bolten, Storr^ Sûskind^ Michaêler, et en der-

^ Wioer, dans sa Grammaire de la langue du N. T. {Gramm^ 4es N, T^ lichen Sprachidiomê k^ Aufl. Leipzig, 1836, S. 222), reconnaît bien que ^p(ÔTT) peut avoir le sens de ^rporépa, et que ce mot régît aussi le génitif dans ce cas-là ; mais il prétend qu'il fallait ensuite l'article du génitif ( To5 iQ7e(i.ove6ovTo; ), et il soutient qu'on ne pent pas arguer du passage de Jérémiç traduit par les LXX, parce que le mat Ôçrepov qu'on y trouve est un comparatif, tandis que Trpu'nn n'est qu'un positif ( voir son Bibl, Realw. Il**' B. Arlt. Quirinius u. Schatzung ). Évidemment c'est être bien rigoureux envers St. Luc. Pour le passage des LXX d'abord , (îerrepov a, il est vrai , la forme du comparatif, maïs on pourrait tout aussi biea le regarder comme un positif , car son radical ne revêt point cette dernière forme ; ensuite si tt^cStd peut revêtir le sens du comparatif, pourquoi réclamer après lui un signe que celui-ci n'exige pas? Et l'on pourrait môme démontrer que tt^ûtoç n'est pas non plus un positif, mais que de sa nature il emporte l'idée de comparaison; il pouvait donc être suivi d'un génitif simple.

* a) On a quelquefois essayé de traduire le ps^ssage en question en établissant qu'avant le dénombrement auquel Quirinius présida pendant son administration en Syrie et depuis l'an de Home 758, il en aurait fait un premier par ordre d'Auguste; il aurait été, dit-on, chargé pour cela d'une mission particulière, qui concernait surtout la Judée (Casau« bon, Exerciit. jiniibaron^p. 126 ss; Grotius, AnnoU in Evang. 1. c.;B. C. Richard, in Iken Nov. thesaur. ii , 428 ss. ; Magnani , ProbL de Nativ. Ckr. p. 260 ss. ; G. Wemsdorf , De Cenau quem Cœs, Oct, Aug. fecit, Vitcb. (169»; 1720; Deyling , Qbserv, i, 283 ss. , Weihnachtsprogr. v.

ÙHkP. XI. 14i

nier lieu Tholuek \ et c'est à celle-là que nous croyons devoir nous ranger.

D) Si le dénombrement qui eut lieu lors de la nais*sanee de Jésus-Christ fut exécuté par ordre d'Auguste

Uelmstadt, 4737 ; Nahmmacher. De Augaato ter cenaum agenie. Helmsladt, 1758 ; Volborlh , De Censu QuirinL Gôlling, 1785 ; Birch, Dé CensuQuiritti. Havn, 1790; Mûnter, Stern der Weisen, S. 88, fif; voir Winer, Bihl, Bealw. A. Qairînius). C'est ainsi, à la vérité, que précédemment Volomnius aurait été adjoint à Saturninus {Ant, Jud. 1. xvi, c. 9, S i2 ; c. 10, SS 7 , 9 ; Bell. Jud. 1. i, c. 17, SS 1, 2, 3 ), Sabinus à Varus ( Ant. Jad. 1. xvii , c. 5, S 2 ; c. 9 , § Â , C 12, § 1), et plus tard Goponins à Quirinins (^n/. Jud. 1. xvin, c. 1,$ 1; c. 2, $ 2; BelL Jad» 1. Il, c. 8, S 1), et que tous trois auraient déjà comme exercé les fondions de procurateur en Judée , malgré les dénégations de Winer âi cet égard (Bibl. Bealw. A. Quirinins, S. 349, Ânm. i). Mais si Sabinus remplissait un tel emploi sous Varus , Quirinins n'en était donc pas revêtu ; Joseph dit positivement, que Quirinins fut envoyé pour snccé-' der à Saturninus dans le gouvernement de la Syrie (Ant. Jud, 1. xvii, c. 5, S 2 ), et d'ailleurs St« Luc parle positivement de lui comme gouvernant la Syrie ; il ne peut donc s'agir dans les mois T78(i.oveÛGVToç ttîç luptaç Kupwioo , que d'un temps postérieur an gouvernement de Varus.

6) S'appuyant sur un changement d'accentuation qui aurait fait de «â-ni signifiant cette le mot ocûtv) signifiant inéme et qu'on peut bien admettre, puisque, suivant l'observation de Tholuck, les manuscrits en lettres onciales ne présentaient point d'accent, Gersdorf {Sprachcharakt, i, 214) et Paulns ( Comment, i, 143] ont , après Calvin ( Harmon. 1. c), proposé de traduire Luc ii , 2 , par les mots suivants : Ce dénombrement même ne fat exécuté queêous Quirinius gouverneur de Syrie; ils ont donc supposé qu'à la nsHSsance de J.-C. le décret d'Auguste n'aurait reçu qu'un com> mencement d'exécution; mais rien ne justifie une supposition semblable : les versets 3 à 7 de Luc ii démontrent au contraire que le dénombrement fut bien exécuté à la naissance de 'J.-C. d'une manière complète.

c) Enfin Bèze, dans ses trois premières éditions, Pfaff, Venema, Kuinoél , Stein , Olshausen et d'autres , ont cru pouvoir sans gène lever la difficulté en taxant d'interpolation le deuxième verset de St. Luc; mais nous croyons que pour adopter cet avis on peut attendre encore de nouvelles informations.

* Voir H. A. W. Meyer, C&mm. û. d. N. T. Luc , ii, 2 ; Winer, Bibl. Bealw. A. Quirinins; Tholuck, Glaubw^dder evang. Gesch. S. 180-184.

142 CHRONOLOGIB SACREE.

en Judée , mais avant Quirinius et pendant qu Hérode régnait en^re ^ il nous reste à examiner, pour en finir avec ce sujet , suivant quelles circonstances légales il fut exécuté. Evidemment il n'est pas besoin , pour le savoir, d'une discussion bien longue ; comme la Judée n'avait encore perdu que son indépendance morale et n'était point réduite encore en province romaine ^, personne ne mettra en doute que ce dénombrement n'ait dû se faire suivant le mode établi par la législation judaïque. Voyons donc quelle était la marche indiquée par la législation judaïque en matière de dénombre-* ment. A cet égard la loi écrite est muette , c'était une affaire de police ^ elle était laissée à la décision du pouvoir exécutif. Néanmoins l'usage avait fixé d'avance un mode de recensement , et ce mode était entièrement conforme à l'esprit patriarcal qui avait présidé à l'organisation civile du peuple : c'était par tribus et par familles que le peuple était divisé ^ c'était aussi par tribus et par familles que s'étaient faits les dénombrements. L'histoire du peuple juif en mentionne quatre^ et tous les quatre paraissent avoir été faits suivant ce mode. Il en résulte que les Juifs étaient dénombrés ,

*■ Quand il serait vrai qUe le dénombrement dut se faire selon la législation romaine , il n'en serait pas moins démontré que chacun dut aller se faire inscrire dans la tribu où il avait une propriété , ou dont il était originaire. On Ht dans Ulpien : « Is vero qui agmm in alia civitate • babet, in ea civitate profiteri débet in qua ager est; agri enim tribué ium in eam civitatem débet levare in cigus territorio possidétur. • Digesl. 1. XV, 3, 4; Vlpianus, 1. ii^de Cen$ibut,% 2. £t lorsque Fan 579 de Rome les censeurs voulurent clore le lustre , le consul G. Posthumios ordonna que • Qui sociûm, latini nominis, ex edicto G. Glaudii consulis redire in civitales suas dcbuissent ne quis eonim Romœ , sed omnes in suis civitalibus censerentur. * Tit. Liv. 1. xui, c. 10.

î Nomb. I. 18-49; xxvi, 4-62; 1 Chron, xxi, 5, 0; Eêdr, ii.

CHAP, xu 143

non 4^ns la circonseriplion qu'ils habitaient^ mais dans la famille et dans la tribu à laquelle ils appartenaient^ et par conséquent ceux d'entre eux qui^ pour une raison quelconque , s'étaient transportés dans le territoire d'une tribu autre que la leur, devaient s'aller faire inscrire dans la tribu et dans la bourgade même où était né le chef dont ils descendaient. On lit eïïectivement dans St. Luc que, pour le dénombrement prescrit par Auguste, ils alkuent tous se faire inscrire chacun dans sa ville ^ et que Joseph, gui était de la maison et de la famille de Da^, partit aussi de Naza^ reth y ville de Galilée y et se rendit en Judée à la ville de Daçidy nommée Bethléem, pour se faire enregistrer avec son épouse.

Mais ici se présentent quelques-unes des plus grandes difficultés que les interprètes des Livres sacrés aient eu à résoudre. Pourquoi, a-t-on souvent de<mandé, Marie , épouse de Joseph , s'est-elle allée faire inscrire avec lui à Bethléem ? ne suffisait-il pas que seul il fit le voyage ? Gomment , en outre , si c'était à lui qu'appartenait l'honneur de descendre de David , les prophéties qui présentent Jésus comme issu suivant la chair de la race de David ont-elles été accomplies ? Comment Joseph trouve-t-il naturell^nent place dans les généalogies de Jésus ? Et comment enfin ces généa* logies mêmes diffèrent-elles d'une manière si capitale dans St. Matthieu et dans St. Luc ? — On le sent , ces questions sont fort différentes les unes des autres, elles offrent peu de rapports, surtout, avec les recherches chronologiques dont nous nous occupons. Gomme néanmoins elles sont devenues quelquefois, et particulièrement entre les mains du fameux Strauss ^ un instrument d'attaque contre la vérité des récits sacrés ,

144 CHRONOLOGIR SACRJ^E.

il est de notre devoir de les résoudre pour accomplir notre tâche; nous allons donc les reprendre une à une.

On l'a vu plus haut y la loi n'avait rien fixé à Tégard du dénombrement; dès lors l'autorité civile pouvait, suivant qu'elle le jugeait convenable , restreindre où étendre le nombre des catégories qui devaient y être soumises y et y comprendre aussi les femmes. Il était vraisemblable même qu'elle le fit , s'il s'agissait d'un recensement destiné à servir plus tard de base à un tribut ; la loi romaine était formelle à cet égard ^ y et Hérode, qui s'était fait^lans cette circonstance l-instrument aveugle des pensées d'Auguste^ donna sans doute des ordres conformes aux vues de ce puissant allié. De plus y si les deux généalogies consignées dans Matthieu et dans Luc se rapportent à Joseph, il n'y a rien d^impossible à ce que Marie sortit aussi de la race royale ; on peut l'admettre tant que le contraire n'est pas démontré. Et enfin l'explication que, pour terminer ce sujet, nous allons donner des généalogies, en ayant d'abord pour résultat de les concilier ensemble, fera comprendre eq outre comment , d'un côté, Marie, appartenant à la famille de David, dut, de l'autre, accompagner Joseph à Bethléem pour le dénombrement.

1® Les généalogies de Jésus fournies par les deux évangélistes que nous venons de citer furent dans les premiers siècles de TÉglise considérées par l'un de ses plus savants docteurs comme entièrement dénuées de vérité. Eusèbe prétendit que le roi Hérode avait fait brûler les livres de famille des Juifs ^. Il n'y a rien de

^ Dion, tialic. 1. iv, c. 15 ; Winer, Bibl. Realw. A. SchaUang. ^ Euseb. Hiai, EccL !. c. i, 7 ; comp. Scbœttgen, Horœ hebr, in N, T. p. 855.

CHÀP. XI. 14((

moins vraisemblaUe ^ : durant Texil déjà , il pouvait sûrement s'être introduit beaucoup de désordre dans ces registres ; mais plusieurs familles ^ et ce devait être surtout le cas de celles qui comptaient un ou plusieurs rois parmi leurs ancêtres , avaient sauvé leurs tables généalogiques et les conservèrent même après la ruine de Jérusalem et la destruction de leur nation^. Eusébe a donc eu tort de soutenir que les deux généalogies de Jésus n'avaient pu être conservées que par une tradition orale.

2* Une deuxième objection contre l'accord des deux généalogies a été tirée de la différence qui existe entre elles relativement au nombre des générations depuis David à Joseph. Mais ne sâit-on pas que les Juifs avaient l'habitude d'omettre souvent plusieurs chaînons dans leurs généalogies, lorsqu'ils voulaient surtout les diviser en intervalles égaux? et ne voit-on pas ici bien évidemtnent que Matthieu le fait dans le but d'y retrouver le nombre quatorze ^, nombre sacré

* V^etsleîn, iV. T. i, 252.

^ Othon. htxie. rabbin.'philoL pp. ^6, 262; voir Winer, BibURealw. A. Stamm-Gescblechtregister.

^ Cette observation détruit le reproche que Strauss fait à Matth< i , 8, de présenter Hozias ou Hazaria comipe le fils de Joram , tandis qu'il n'en était pas onéme Tarrière-petit-fils. Qu'il nous soit permis à présent, puisque l'occasion s'en présente , de reconstruire les trois séries de quatorze générations que Strauss s'efiorce de ne pas retrouver :

Abraham

Salomon

Jéchonias

Isaac

Roboam

Salathiel

Jacob

Abia's

Zorobabel

Juda

Asa

Abiud

Phares

Josaphat

Eliakim

Esrom

Joram

Azor

Aram

Hozias *

Sadoc

* Noms iat«ntioBn«llrinfni omis par Matthieu tAchasia^ Joar, Amatiia.

lO

f46 CHRONOLOGIE SACREE.

aux yeux de ses compatriotes comme tous les multiples de 7? Par conséquent nous pouvons reconnaître, m passant, que les noms de Salathiel et de Zorobabel, com* muns aux deux généalogies, ne représentent pas des personnages différents par cela seul qu'ils se trouvent, relativement aux noms de David et de Joseph , à une distance inégale dans Tune et dans l'autre. Il est, au contraire, de toute probabilité qu'ils se rapportent aux mêmes individus , et Ton peut fort bien admettre en somme que les deux généalogies sont vraies , lors même que

de David à Salathiel inclusivement) il v

a. . . . dans Matthieu 1 6 noms, et dans Luc 22, et de Zorobabel à

Joseph. . • . Ibid. 11 Ibid. 20.

3^ On a vu une dernière objection contre l'accord des généalogies dans la diversité mêmfe des noms que l'une et l'autre jMrésentent. — Deux moyens principaux ont été mis en usage pour expliquer cette diversité : le premier consistant à admettre un rapport établi par la loi du lévirat ^ ; le second consistant à voir dans Tune des généalogies celle de Joseph, et dans

Amintidab

Joatham

Acbim

Naasson

Acbaz

Eliud

Salrnon

Eiéchias

Éleazar

Booz

Maoassé

Mattban

Obed

Amon

Jacob

Jessé

Josia.s

Joseph

David

Jehojakîm *

Jésas-Cbrîst

* Jules Africain , dans Eusèbe, Hist, Eccl, i , 7.

* Noiu avons suppléé ici le Dom de Jéboiakim, parce que c'est évidemment une omission involontaire qui a été faite dans un certain nombre de manuscrits de Matthieu : heureujexnent ce -chaînon ne manque pas dans tous.

l'autre celle de Marie * . Mais chacun de ces moyens s'est montré insuffisant : en effet chacun n'explique que les différences de Joseph à Zorobabel ; or, de Zorobabel à David, il y a une seconde série de différences qui ne peuvent très-probablement pas s'expliquer par le même moyen. Il n'y a sûrement pas impossibilité complète à ce que l'une quelconque des explications , prise séparément , rende raison des différences dans les deux séries; mais il y a invraisemblance : là se borne notre observation. Néanmoins, il n'est nullement impossible de tirer parti de ces explications ^ et ^ au contraire, si l'on cherche à les réunir pour expliquer les deux séries de différences , on en verra ressortir une interprétati(Ni qui nous a paru fort naturelle. ^ Les deux généalogies rayonnent^depuis David, par IN athan et par Salomon, en deux filiations différentes, qui convergent pourtant dans un individu commun à l'une et à l'autre et qui fut nommé Salathiél : comment peuton concevoir ce rapprochement? Voici comment on peut et comment on doit, par conséquent, se l'expli* quer. Lorsqu'un homme mourait sans enfants, nonseulement son frère, mais encore ^ à défaut de frère, son plus proche parent était tenu d'épouser sa veuve , et les enfants qui naissaient de ce mariage étaient considérés comme appartenant au défunt. L'une des généalogies , celle de Matthieu ou celle de Luc, offre sans doute l'application d'un pareil usage; laquelle des deux maintenant présente la descendance de Salathiél par les pères naturels^ laquelle par les pères légaux ? Il est assez vraisemblable que la table de Mat-

* SpaDheim , DubiaEvangeL P. i, p. 18 et sqq.; Lîghtfoot, Mfchaëlis, Paulus, Knînoel, OIshausen.

148 CHRONOLOGIE SACREB.

ihieu offre la descendance naturelle : le mot fc-YBwwe, qu'il met toujours entre chaque nom de sa table et le suivsiXïU indique incontestablement une filiation charnelle^ tandis que dans Luc m , 23 et ss. où il est dit de Jésus ,

b>v, iùç EVOfxtCsTO, ùtôç icooT)^, Tou HXl, Toû CtC. {ctunt^ CL C6 ou Ott

croyait, fils de Joseph , fils (ÏHéli, fils de, etc.), les mots Mç âvo(Aîi;eTo, à ce quart croyait^ se trouvant à la tête de la généalogie , se rapportent probablement à tous les chaînons qui la composent. Ainsi un descendant de la race royale , Néri , étant mort sans enfant , Jéchonias y déjà peut - être dépossédé du trône de David , en aurait épousé la veuve et aurait ainsi donné le jour à un fils Qommé Salathiel, dont Matthieu', par respect pour sa royale origine, tient, selon toute apparence, à indiquer le père naturel, tandis que saint Luc en fait connaître le père légal»

Ce Salathiel donne naissance à un fils, du nom de Zorobabel, qu'on retrouve dans St. Luc comme dans St^ Matthieu, et à partir duquel les deux généalogies rayonnent de nouveau danâ des sens différents pour se réunir une seconde fois dans le nom de Joseph. Y art-il eu encore ici application de la loi que nous avons mentionnée quelques lignes plus haut et qui portait le nom de lévirat? Cela parait, je l'ai dit, peu vraisemblable , car dans ce cas Jësus ne descendrait pas de David suivant la chair. — La généalogie donnée par St. Luc serait-elle simplement celle de Marie ? Suivant l'usage judaïque, on ne pouvait pas se considérer comme appartenant à la famille de sa mère, ca)r genus patris vocatur genus , genus matris non vocatàr genus^. — Mais une circonstance toute particulière

* Baba hathra/L liO ; comp. Wetstein, i, 231; Winer, BibL Realw. A. Jcsns.

pouvait faire attribuer légalement à un fils les ancêtres de sa mère :. quand un homme épousait la fille d'un père sans enfant mâle, la coutume judaïque voulait, non - seulement qu'il fût de la même tribu qu'elle {Nomb. XXXVI, 6), mais encore qu'il se fît recevoir dans sa famille , et des ancêtres de sa femme fit ses propres ancêtres {Esdv. ii, 61 ; Néhém. vu, 63). Ainsi, quoique fils naturel de Jacob, ce que porte toujours à croire le mot E'yéwr.as dc Matthieu, Joseph , descendant de David par Salomon et Zorobabel, comme Marie par Nathan et le même Zorobabel , Joseph , disons-nous , en épousant cette jeune femme qui était, ainsi que lui, de la tribu de Ju4a , devint et fut regardé comme le fils légal d'Héli , du père de cette époyse ^ . Les mots ûcevofAt^sTo, qui sont à la tête de la généalogie rapportée par Luc, peuven^t, et, conséquem ment, doivent se traduire dans cet esprit, sans donner nécessairement pour cela toujours à entendre les mêmes rapports de filiation entre les générations à la tête desquelles ils se trou-^* vent. Pour prouver ainsi les droits, de Joseph à succéder à Héli , Marie dut sans doute l'accompagner à Bethléem , et ce fut probablement là la raison qui fit qu'elle y vint avec lui à l'époque du dénombrement.

Des développements dans lesquelles nous sommes entré, nous sommes donc autorisé à déduire cette conséc^uence finale : Jésus naquit à Bethléem ou Joseph et Marie avaient dû se rendre l'un et l'autre pour un

^ La conjecture que Marie fut uae fille héritière a déjà été émise par Epîphane et Grotius (voyez Paulus , p. 296 ) et Ton n*est pas fondé à la regarder comme improbable par cela seul qu'elle n'est que possible ; c'çst pourtant ce que Strauss a fait. Au contraire , si l'on en vient à reconnaître que c'est la seule possible, elle deviendra par cela même éminemment probable.

déocmbrement qui fut fait à la sollicitation d'Auguste, avant Quirinius et sous l'inspection de Varus ^ c'està-dire , entre Tan de Rome 748 et l'an 750.

III r Le deuxième chapitre de Luc nous avait fourni la donnée que la discussion précédente a dû copfirmer ; c'est encore du même Évangile que se tire la troisième donnée dont nous avons à nous occuper pour déterminer la date de la naissance du Sauveur. On lit dans le nr°* chapitre de cet Evangile aux versets 1 et 2 , que la quinzième année du règne de Tibère César, etc., etc J,

* Pour mieux préciser cette époque, Luc entre dans de nombreux détails et ajoute qu'alors Hérode était tétrarque de la Galilée , Philippe son frère , de tliwrée et de la Trachonite, et Lytanias, de Cjbilène. L'exactitude de ce dernier ^étail a été contestée par Strauss , et voici sur quoi il s'est fondé : On lit dans Joseph, que TAbilène ainsi que quelques autres contrées se trouvait gouvernée par un Lysanias antérieurement à Tan 35 avant J.-C. {Bell, Jud, 1. i , c. 13, § 1), et que ce Lysanias fut mis h mort en cette année-là par Antoine, sur les instigations de Gléopâtre (JnU Jud, 1. xv, c. 4» S 1 )• Plus tard, ce fut un Zénodore qui dut à Ciéopâtre d'abord, à Auguste ensuite l'exarcbat et l'administration de ce pays; l'an 23 avant J.-C. il fut contraint par Auguste de céder à Hérode la plus grande partie de ses provinces , et après sa mort le roi de Judée vit ses états encore accrus d'une partie des provinces qui avaient appartenu à Zénodore {Ant, Jud, 1. xv, c. 10 , §$ 1 et 3 ; comp. BelL Jud, I. II , c. 6, S 3 ). Strauss conclut de là que TAbilène alors n'était pas gouvernée par un tétrarque particulier, qu'elle avait passé aux mains d'Hérode, et que c'est à tort que Luc l'a attribuée à Lysanias. — Mais il faut observer qu'Hérode ne fut pas investi de toutes les provinces qui avaient appartenu à Zénodore. Joseph, qui mentionne avec détail les pays qui de la domination de Zénodore ont passé à celle d'Hérode, et qui énnraère avec soin la contrée comprise entre la Trachonite et la G^Wlée (BelL Jud. 1. i, c. 20, § 4), ne parle point de l'Abilène. On doit en outre remarquer avec Tholuck que ; puisque Claude disposa plustaid ( l'an 53 après J.-C.) de l'Abilène de Lysanias (AêiXav rou Au<ravtou, nommée aussi la tétrarchie de Lysanias, Auaavtcu re?papx,îa, le royaume de Lysanias, Auoavîou PaaiXeta) en faveur d*iin petit fils d'Hérode, Agrippa 1 ( Ant. Jud. 1. XIX, c. 5 , S 1; 1. xx, c. 6, S i)» et puisqu'il confirma Agrippa 11 dans celte propriété ( BelL Jud. I. ii, c. 12, $S i et 8), sans

la parole fut adressée à Jean^fils de Za^ôharie. Si l'on peut connaître l'âge qu'avait le Précurseur, on tronque Joseph mentionne cette donation comme provenant de ia succession d*Hérode , cette province n'en avait certainement point fait partie et relevait directement du pouvoir romain. Tant que le contraire n*est pas démontré» l'on peut doac admettre que ce pays a eu jusqu'à Agrippa I une existence séparée et a été gouverné par un second Lysanias. Luc, qui était syrien de naissance et qui vivait à bien peu de dislance de ces personnages, ne peut pas manquer d'avoir eu à cet égard des renseignements certains , et l'on ne reconnaîtra probablement pas comme . fondée l'objection que Strauss oppose à cette idée lorsqu'il prétend que Joseph et Luc n'ont point désigné un Lysanias I et un Lysanias II. Tho* luck l'a fort bien fait remarquer, ce n'était point fusage dans les temps anciens et particulièErement en Orient : Tacite parle de deux Archélaûs de Cappadooe qu'il ne distingue par aucune indication nmmérique ( Ann. 11, k%\ VI, 42 ). Dion Gassius parle de deux rois arabes, père et (ils, qui portèrent tous deux le nom de Jamblique ; d'un cilicicn Tarkondimate qui eut un fils du même nom que lui ( 1. liv, c. 9 ) ; il y eut à Édesse plusieurs Abgare , en Arabie plusieurs Arétas , chez les Parthes plusieurs Pbraate. Il est donc fort naturel qu'il y ait eu aussi en Abilène deux et même plusieurs Lysanias, sans que les historiens juifs les aient distingués numériquement. Joseph, qui écrivait l'histoire de la nation juive, aurait-il donc été obligé de mentionner tous les Lysanias qui avaient gouverné l'Abilène, parce quMl lui était arrivé d'en nommer incidemment un? ne lui était-il pas loisible, pour désigner ce pays, d'employer un nom commun à plusieurs princes et de faire allusion seulement au plus célèbre ? De nos jours, quoique la Prusse ait déjà été gouvernée par quatre Frédéric , l'écrivain qui en parlerait sous le nom de la monarchie de Frédéric, devrait-il donc nécessairement expliquer que, malgré que ce nom soit celui de l'illustre contemporain de Marie-Thérèse et de Louis XV, il y a eu après celui-là deux antres monarques auxquels il a appartenu? Tout le monde le sachant, cela passerait pour une naïveté. Serons-nous donc plus sévères envers Joseph qu'envers tout autre historien ? Non, sûrement. Lorsqu'il nous parle de la tétrarchie de Lysanias, nous devons par conséquent reconnaître là celui qui a le plus illustré ce nom : et lorsque St. Luc nous dît qu'en la 15* année de Tibère, l'Abilène avait pour tétrarque un Lysanias, tant que le contraire n'est pas établi, nous avons tout lieu de le croire. Pour ce qui concerne les rapports de parenté , il se peut que le second ait été fils du premier : Sûskind (Studien u, Kritiken, 1836, 2^^» llcft. S. 465; et Tholuck.ont dé-

vera là une date fort importante pour déterminer la naissance de Jésus y naissance arrivée six mois après celle de Jean (Luc i, 26 ss.). Mais on peut apprendre du livre des Nombres l'âge auquel les sacrificateurs et lès lévites entraient en fonctions : l'Eternel ordonne à Moïse de faire le dénombrement de tous les descendants de Lévi qui sont en âge d*étre employés au service du tabernacle^ et il fixe pour point de départ l'âge de trente ans ^ : certes il serait difficile de ne pas comprendre que, suivant la volonté du législateur divin, les Lévites ne devaient pas entrer en charge avant d'avoir atteint cet âge^. Que d'ailleurs tel fût aussi l'âge depuis lequel seulement Dieu revêtait ses envoyés

montré que la chose était bien possible ; mais cela importe peu à la thèse qu'il s'agissait d'établir et que nous croyons avoir mise dans tout son jour.

* Nomb. IV, 3, 23, 30, 35, 39, 43, 47.

> Vainement Strauss a-t-il cherché h montrer que 30 ans n'avaient pas toujours été l'âge requis pour l'exercice du ministère sacré dans le mosaïsme;le passage 2 Chron. xxxii , 17, d'après lequel il a prétendu, le prouver , n'y a absolument aucun rapport. S'il y est dit qu'on fit le dénombrement des sacrificateurs selon leurs familles, et des Ijévites depuis l'âge de 20 ans et au-dessus selon leur rang *, cela n'indique nullement qu'ils fussent déjà en charge à cet âge. Si l'on en devait tirer cette conséquence, il faudrait admettre alors que les enfants mâles des Lévites depuis l'âge de trois ans et au-dessus exerçaient aussi les fonctions sacerdotales , puisqu'ils sont immédiatement nommés avant ceux qui entraient tous les jours dans la maisoft de Dieu pour y officier. Mais ces diverses classes de jeunes Lévites $ont désignées par leur âge, pour qu'il soit bien entendu que le dénombrement embrassait absolument toute leur tribu , et l'on en comprend le but : il s'agissait de répartir entre eux les vivres nécessaires à leur subsistance et le superflu des offrandes que le peuple avait apportées â cette intention.

* Ces mots ont été mal traduits dans quelques versions modernes qui les ont interprétés par selon leurs emplois et leurs classes : le premier de ces mots en hébreu doit plutôt se traduire, d'après le contexte, par suivant leur rang ; aussi les LXX ont-ils rendu l«s deu^

expressions par oclle-ci seulement : Êv ^laraÇll.

chàp. xt. 153

du ministère prophétique , c'est ce qui est , sinon prouvé , du moins éminemment probable. Sans doute y si de simples employés du temple devaient présenter à leurs compatriotes cette garantie de maturité^ des mortels favorisés de l'inspiration d'en haut pouvaient à tout âge obtenir cette faveur divine et en recevoir un degré suffisant d'autorité. Cependant cette inspiration des prophètes^ n'étant pas universelle et constante^ ne devait pas risquer d'être exposée à un désaccord trop grand avec les autres parties de leur conduite; il y avait entre leurs fonctions et celles des Lévites plus de relations qu'on ne se l'imagine au premier abord ^ puisque les uns et les autres servaient de médiateurs , de lien entre Dieu et son peuple élu ; ce n'était pas sans but que Dieu avait choisi dans la classe des Lévites plu^ sieurs de ses principaux prophètes, Samuel, Jérémie,. Ezéchiel , et peut-être Zacharie ^ ; ce ne fut pas noa plus sans l)Ut que Jean-Baptiste naquit de la race d'Âaron. Il importait que celui qui annonçait le bap-> téme d'esprit destiné à mettre fin aux cérémonies de l'ancienne loi, eût réalisé dans sa personne toutes les conditions imposées à la tribu des Lévites. Il avait donc atteint, selon toute apparence, lorsqu'il commença à prophétiser, l'âge requis des Lévites pour leur entrée en fonctions. Mais cette probabilité revêt un caractère de certitude quand on voit dans St. Luc que peu après le commencement de sa carrière prophétique, Jean baptisa le fils de Marie^ et que Jésus était âgé d'enmvn

* Winer, BibL Realw. A. Zacbarias.

* Cette opinion a été adoptée par Bengel ( Ordo temporum, p. 204 ss. cd. 2. Stuttgart, 1753) et par la plupart des interprètes. Il n'était pas besoin qu'un long espace de temps se fût écoulé avant la naissance de Jcsus-Christ pour que Jean-Baptiste eût formé un grand nombre de

trente ans lorsqu'il commença son ministère {Luc m , 23). Né six mois après son Précurseur, le Christ en* trait ainsi en charge six mois environ après lui , et si le ministère de Jean-Baptiste commençait avec sa trentième année, en la quinzième de Tibère, c'està-dire en Tan de Rome 780 ^, sa naissance avait conséquemment coïncidé avec l'année 750 oii même avec Tan 749, et il en avait été de même de celle de Jésus. IV. Les deux données précédentes nous ont conduit à restreindre toujours davantage la période, dan^ la-

diaciples ( Ltie xi , J ; Jean iv, 1 ; Acu xviii, 25; xix, 9). Le peuple, qui respectait ses anciens prophètes et qui attendait vaguement le Messie , put bien s'empresser de venir entendre l'envoyé divin prêchant au désert ; d'autre part , le Précurseur, satisfaisant aux besoins religieux d'une classe de Juifs assez étendue, put bien s'attacher un certaip^nombre d'adhérents dans le court espace de temps que dura sa mission.

' On a plus d'une fois regardé la 15* année de Tibère comme coïnci» dant avec les années de Rome 781 et 83 , et cela a tenu à ce qu'on a compté la i* année de son règne seulement depuis la mort d'Auguste, arrivée le 49 août 767 fWurm, dans BengeL's Arckiv. ii, Biî; Wîner, Bibl, Realvo, A. Angustus ]. Mais il faut observer que Tibère avait déjà été associé à l'empire en l'an 765 ( Sueton. Tiber, c. xv , et xxi ) ; des médailles le démontrent (Kesler, de genuinâ nativitatis ChrUti œrâ, pp. A 6 et 47 ) et deux passages, l'un de Velleius Patercule et l'autre de Tacite, en fournissent une preuve éclatante. Ou lit dans le premier : Senatus popnlusque Romanus, postulante paire ejus ( Auguatoj la œqman ei ( Tiberio ) Jus in omnibus provinciis exercitibusqut esset qudm erat e/)si..., Vell. Palerc. Rist. rom., 1. ii, c. 121, et Tacite parle ainsi : ( Tiberius] Nero solus è privignis erat : illuc cuncta vergere : filins, eoUega imperii, consors tribunitix potestatis adsumitor, omnesqne per exercitus ostentatur : non obscuris, ut antea, matris artibus, sedpalam hortatu. Nam senem Augustum devinxeral. Tac, Ann, 1. 1, c. 8. Il ressort de là qu'Auguste était un vieillard dont les facultés s'étaient affaiblies , et que loin de s'adjoindre Tibère de nom seulement, comme le firent plus tard les chefs du Bas Empire en s'associant des Césars , il déposa entre ses mains tout le poids du gouvernement. Ainsi la 15* année du règne de Tibcre a bien réellement concordé avec l'an- 780.

CHAP. XI. i&5

quelle a du avoir lieu la naissance de Jésus Christ. A ces premiers éléments de certitude, il nous reste à ajouter une donnée irrécusable qui ne laissera plus, nous l'espérons, aucun doute sur l'année précise de cette naissance. Deux passages de Matthieu , les versets 4 et 1 9 du chapitre n nous attestent positivement que Jésus naquit pendant qu'Hérode était roi de Judée; tout en n'étant pas aussi explicite à cet égard , Luc , qui fait naître Jean-^Baptiste aux jours où Hérode était roi de Judée (i , 3) , donne aussi à entendre que Jésus naquit sous le même prince ; car s'il en eût été différemment, avec ses habitudes d'exactitude , Luc aurait sûrement fait mention avant cet événement du partage des états d'Hérode, partage auquel il ne fait allusion qu'au commencement de son m"* chapitre ; il aurait eu soin de dire que Jésus naquit pendant qu'Ârchélaûs était ethnarque de la Judée, mais il n'en est point ainsi, et nous sommes bien fondé à admettre que le roi Hérode vivait encore à la ns^î^sance de Jésus-Christ. Mais à quelle époque mourut ce prince même ? Il mourut l'an de Rome 750, peu de temps après une éclipse de lune (Joseph Ant. Jud. 1. xvii, c. 6, § 4) qu'on calcule avoir été en partie visible à Jérusalem le .1 3 mars de cette année-là ^, et peu de temps avant la Pâque^, c'est-àdire, dans un intervalle de temps assez bien déterminé. Or, comme Jésus était né, d'après ce qui vient d'être dit, quelque temps avant cette époque, on recon-

* Voir J. F. Wurm, /i$tron. Beétr. z. Bestimmung d, Geburiaayrodesj. Jesu ( Bengels //rc/iiv. i, 26, ff).

' Wurm, ibidem; Ideler, Handb. dcr Chronol. ii , S. 391. Berlin, 1826; Eckhel. Doctrina mm, i, 5, 488 ss. ; Winer, BibL Realw, A. Jésus.

nait aisément qu'il dut naître l'an de Rome 749 ^ Les deux dernières données sur lesquelles je me suis appuyé auront établi , je l'espère , d'une manière incontestable, que Jésus naquit la cinquième année avant le commencement de l'ère vulgaire. Plusieurs historiens et plusieurs interprètes des Livres Saints, se fondant sur les mêmes raisons, ont en effet reconnu l'an de Rome 749 comme ayant bien été celui où naquit le Sauveur des hommes : Iréliée ^ , Decker ^ , Lan-^

* Quelques auteurs reculent encore de deux ans la naissance de Jésus- Christ, en se fondant sur une conjonction de Jupiter et de Saturne dans laquelle ils voient l'étoile des mages, et qui eut lieu l'an de Rome 747 dans le signe des Poissons ; cette opinion a été avancée d'après Keppler ( Comm. de vero anno quo œtemua Dei filius humanam naturam adsntmserit ( Francfort, 1614) par Jean Leclerc (His/. eccUs. Amstelodami, 1716), parHenr. Sanclemente {de vulg, œrœ emendatione, \\hh. iv, Romae, 1793),. par Ideler f Handb. der Chronol. Il*»»- Bd, S. 894 ) et par Fr. Mânter (DerStern der fFeUen, Untersuch. û. d, Qeburtêj. CkriêlL Kopenhagen, 1827 ). Mais quelque respectables que soient ces noms et quoique Tertullien paraisse fortifier le sentiment de ces auteurs en faisant naître Jésus sous le gouvernement de Sentius Satui#nus en Syrie ( adv. Marcion. 1. IV, c. 19), c'est-à-dire avant Tan de Rome 748 , cette opinion nous parait dénuée de toute preuve solide. Une conjonction de jdanètes ne peut jamais avoir été un météore conducteur. D'ailleurs si d'un côté la mort d'Hérode arrivée en 750 sert de limite postérieure à la naissance dé J.-C, de l'autre, la 15* année de Tibère en 780 sert de limite antérieure au ministère de Jean-Baptiste et à celui du Sauveur qui avait environ trente ans lorsqu'il entra en charge ; par conséquent sa naissance ne peut pas avoir devancé de plus d'une année l'an de Rome 750. 11 faut bien se garder de faire valoir isolément aucune de ces diverses données qui toutes tirent en Sens opposé le commencement de l'ère chrétienne , aucune n'est par elle-même d'un poids assez grand pour faire victorieusement à elle seule pencher la balance, il faut les combiner toutes et ce n'est que dans leur réunion que se trouve la vérité.

^ Irenaei Contra hœreses, l. m , c. 35.

' Decker , Velifwaiio seu Theoremata de anno orlus ae mortU Domini, Oratz, 1605, in-4''. Voir Noris, de Cenolaph, Pisan. Diss. ii, p. 488 b, et rclau , Rationarium iemporum Partit 11*^^, L 4, e» 1. T. ii, p. 220.

ge', Noris', Tillemont^ Pezron^, Sam. Basnage^^ Allix ^, Kesler % Petau ^ , Usher ^ , Prideaux ^^ ^ Schrœckh ^^, Jean de MûUer^^, Schœll ^^, GhampoUion- Figeac ^*, et bien d'autres , qui ont fait de ce point une étude particulière^ se sont tous rangés à cet avis. Âinsi^ au lieu d'être maintenant en Tannée 1 840 après Jésus- Christ^ nous serions, pour parler exactement, en l'année 1 844. Mais on n'en continuera pas moins à se conformer pour les dates à l'ère introduite par Denys le Petit, et il serait insensé de vouloir changer un usage universel : nous n'avions pas d'autre but ici que de mettre à cette recherche une exactitude , importante seulement pour la science.

^ W. Ldngî, de annUChristi.Mhh. ii , Lugd. Bat. 16A9, p. 570.

^ Noris, Opéra, Yeron», 1729. T. ii, p. 266 a ; t. m. De Cénotaphe Pisan. Diss. ii, pp. 208 c; A88 b; 508 a.

^ Le Nain de Tillemont, Méin. pour servir à ChUt, eccL 2" édition, Paris, 4701. T. i , pp. 4 et 420.

A Pezron , Histoire évangélique, Paris, 1696, t. i , p. 60 et 75.

^ Sam. Basnage , Annal, Polit, eccles, Roterodami , 1706. T. i, p. 117.

' ÀUix, Df M. de J.-C. domini nostri anno etmensenatali, Londini, 1707*

^ Kesler, De genuinà natiiritatis Christi œrâ, Halœ Magdeb. 1708.

^ Petau, Rationariumtemporum,PBTÛslldK,\, 4 , c. 1. Colonise, 1720. T. II, p. 220.

' Usserius, Annales V. et N, T., Londini, 1650, t. u, p. 527.

^^ Prideaux, Uist^ de» Juifs et des peuples voisins, trad. fr. Amsterdam | 1725. T. 1, préf. p.. 6; t. v , p. 235.

" Schrœckh, Hist, relig, et eecl, christ. Berolini, 1797, p. 35.

'^ J. de M&ller. Histoire universelle, inâ, par Hess. Paris, 1813.

^' Schœll, Éléments de Chrâhologie. Paris, 1812.

^* Champollion-Figeac, Résumé complet de chronologie générale etspé' eiale* Paris , 1880 , p. 274.

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