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()H IV ClIITi: D'UN AV.»
Donnait au char voguant bol et direction.
Du milieu de la quille un mil tendait la voile , Dont la soie et le lin lissaient la fine toile ; Sur le bec de la proue un gnnd soufflet mouvant , Comme un poumon qui s'enfle en aspirant le vent, Engouffrait dans ses tlancs un courant d'air avide, Et, gonflant sur la poupe un autre soufflet vide, Lui fournissait sans cesse, afin de l'exhaler, L'air dont , par contre-coup , la voile allait s'enfler. Ainsi parla vertu d'un mystère suprême Un élément servait à se vaincre lui-même ! Et le pilote assis , la main sur le timon , Voguait au souffle égal de son double poumon.
Mais les amants assis sous le mât qui chancelle,
Et dépassant du front les bords de la nacelle ,
Flottaient sans rien comprendre au double mouvement
Qui les engloutissait dans le noir firmament.
Les grands balancements de la légère quille ,
Roulis aériens de l'éther qui vacille,
Semblaient d'un astre à l'autre aux septcieux les lancer,
Étourdissaient leurs fronts qui cessaient de penser,
Et les sourds sifflements de la brise nocturne Battaient sans l'éveiller leur effroi taciturne. Tantôt la nue en eau semblait les enfermer ; Comme un vaisseau qui sombre aux gouffres de la mer, Ils fendaient engloutis ces ténèbres palpables ; L'écume des brouillards ruisselait sur les câbles, Et leurs cheveux, d'horreur sur leurs têtes dressés, Distillaient l'eau du ciel sur leurs membres glacés. Tantôt sortant soudain de la mer des nuages, Les étoiles semblaient pleurer sur leurs visages ; Puis au branle orageux des ondulations De constellations en constellations , Les étoiles fuyant au-dessus de leurs têtes Couraient comme le sable au souffle des tempêtes : On eût dit que le ciel , dans un horrible jeu , S'écroulait sur leur voile en parcelles de feu. Mais la barque bientôt retrouvant l'équilibre, Et planant, sans rouler, dans l'azur clairet libre, Comme nous berce un songe avant notre réveil Sans mouvement , de peur d'agiter le sommeil , Sur la vague élastique à peine cadencée Ils fendaient l'horizon du vol de la pensée,
A mesure qu'au but la voile s'avançait ,
Des teintes du matin le eirl se nuançait. Déjà comme un lait pur qu'un vase sombre épanche La nuit teignait ses bords d'une auréole blanche , Les étoiles mouraient là-haut comme des veux Qui se ferment lassés de veiller dans les eieux ; Le soleil encor loin d'elïleurer notre terre , Comme un rocher de feu lancé par un cratère , Au lieu de se lever du nocturne plafond Montait pâle et petit de l'abîme sans fond , Et ses rayons lointains , que rien ne répercute, Du jour et de la nuit amollissaient la lutte.
Bientôt sous le navire, atteint de sa clarté,
Ils virent à leurs pieds, perçant L'obscurité ,
Ce globe pâlissant surgir des ombres vagues :
Comme une île au matin qu'on voit monter des vagues.
C'était la terre, avec les taches de ses flancs ,
Ses veines de flots bleus, ses monts aux cheveux blancs .
Et sa mer qui, du jour se teignant la première,
Éclatait sur sa nuit comme un lac de lumière.
« Terre ! » dit une voix ; et par un art secret
S'abattant comme un aigle où sa proie apparaît,
Le navire égaré , sur ces flots sans rivage ,
Sur les monts et les mers redressa son sillage,
Et, dirigeant sa proue aux pointes du Sina,
Sur la mer Asphaltiteen glissant s'inclina.
Il entendit d'en haut battre contre ses rives
Les coups intermittents de ses vagues massives,
Sentit monter son vent dans sa voile fraîchi ,
Au miroir de ses flots vit son vol réfléchi,
Et suivant le Jourdain au rebours de sa course
Avec Gad et Saphad s'éleva vers sa source.
Le saint fleuve déjà d'avenir bondissait ,
Et de Génésarelh le lac éblouissait !
On eût dit que leurs eaux pressentaient sous les âges
Les grands pas qui devaient sacrer leurs saintes plages.
Les cimes du Liban qu'ils avaient à franchir Devant les nautoniers commençaient à blanchir; Ils entendaient grossir cet immense murmure Qui sifflait nuit et jour parmi sa chevelure , Comme un souffle lointainde l'inspiration
Que donnerait le cèdre aux harpes de Sion. Ils voyaient ondoyer en bas à grandes ombres La bruissante mer de leurs feuillages sombres ; Leurs llèches frémissaient sous le sillon grondant ; L'astre du jour déjà baissait vers l'occident. Au-dessus d'une sombre et profonde vallée La barque suspendit soudain sa course ailée, Et , comme dans une anse à l'abri d'un rocher Le corsaire d'Ydra plonge pour se cacher Jusqu'à l'heure où la nuit obscurcira la voile ; Le long du màt couché, faisant plier sa toile, Le pilote laissa son esquif onduler Jusqu'au soir, sous la lune , au doux roulis de l'air. Tandis que le vaisseau flottait à l'aventure , Les matelots prenaient un peu de nourriture, Et comme des oisifs , accoudés sur les bords , D'un œil vague et distrait ils regardaient dehors Écumer les torrents, pyramider les cimes, Et les aiglons en bas tourner sur les abîmes. Les lions seuls alors rugissaient dans ces lieux. Quand la nuit renaissante eut obscurci les cieux, Comme un oiseau qui part de la branche ébranlée
La barque s'éleva vers la voûte étoilée, Doubla comme un grand cap dans le ciel menaçant Du Sannim nuageux le sommet mugissant, Du Liban qui décroit redescendit la pente , Vers la plaine profonde où le Lithis serpente , Et dans les libres tlots d'un transparent éther, Sur le ciel des géants commença de flotter.
Déjà comme un fanal qui , sur l'écueil vacille , Une vaste lueur ondoyait sur sa quille : C'étaient les mille feux de l'immense Babel Comme un volcan éteint reflété dans le ciel. L'esquif aérien, guidé par cette flamme , De l'air sous son sillon faisait gronder la lame ; Le timon fif rràssait dans la robuste main. Il plongea lentement dans ce cralèie humain ; Comme des grandes mers qui battent leurs rivages,
,04 L\ CHUTB D'ON MGE.
Un bruit sourd et croissant montait jusqu'aux nuages.
Cédar et Daïdha regardaient autour d'eux ,
Ne sachant d'où venait ce bruit tumultueux :
Involontairement au choc penchant leur tête,
Ils croyaient approcher d'une grande tempête ,
Et s'étonnaient de voir dans un ciel de cristal
Le navire flottant bercé d'un souffle égal.
Par degrés cependant leur oreille assourdie
Se penchant du côté de l'immense incendie,
Dans l'orageux roulis de ce bruit souterrain
Crut reconnaître l'âme avec l'accent humain ;
Et plus le bruit croissant grossissait dans les nues
Plus leur âme sondait ces clameurs inconnues.
De ces grands murs remplis par une nation C'était au soir d'un jour la respiration, Ce bruit intermittent d'un million d'haleines Dont les vagues de l'air sont sonores et pleines, Lorscm'une ruche humaine, avant de s'endormir. Des passions du jour semble encore frémir : Sourde ondulation de cette mer de vie Où la vague de sons par une autre est suivie , .
HUITIÈME VISION. I0o
Où la longue clameur qu'un silence interrompt Fait vibrer ou suspend les tempes dans le front ; Où l'on entend mugir par lointaines bouffées D'orageuses rumeurs sous d'autres étouffées , Inextricable écho de sons , de cris , d'accents , Dont on entend le bruit sans comprendre le sens. Tel s'élevait du sein de la ville lointaine Le bruit qu'interrogeait leur oreille incertaine ; Pas d'un peuple nombreux sous qui le sol gémit , Coups sonores du fer sur l'airain qui frémit , Roulement éternel des chars dans la carrière , Cours du fleuve encaissé dans ses marges de pierre , Grands orchestres jetant dans l'air mélodieux En métalliques voix les ivresses des dieux , Monotone soupir de la faim qui mendie , Appels retentissants au meurtre, à l'incendie S'élevant confondus dans le calme des airs, ]Se formaient qu'un seul son de tous ces sons divers. Un retentissement de verges et de chaînes, Des râlements affreux de victimes humaines, Cris d'angoisses de mère à qui l'on disputait Pour le couteau l'enfant que son sein allaitait,
De la vierge arrachée aux piliers qu'elle embrasse Pour aller assouvir la foreur qui l'enlace;
Émeutes aux pas sourds, assauts, séditions, Des applaudissements, des imprécations; Déchirements de voix , vastes éclats de rire. Puis du sein d'un silence où toute voix expire Comme aux bords de la mer où le vent calme et sourd Pousse à lécueil grondant un Ilot égal et lourd L'ne neuvième vague amoncelée en poudre Éclate sur l'écueil avec un bruit de tondre , L'ne immense clameur s'élaneant de la nuit Montait du peuple entier en tempête de bruit, Et faisant trembler l'air comme une onde sonore Asphyxiait l'oiseau dans les feux de l'aurore' A cette grande voix de ce monde nouveau L'esprit des deux amants tournait dans leur cerveau , Et leur cœur tout tremblant que la terreur resserre Sentait le contre-coup de chaque bruit de terre. Leurs tempes oubliaient de batlre . et le frisson. Sur leurs membres glacés courait avec le son.
Envolés de leur lac , ainsi lorsque deux cygnes.
Des précoces frimas voyant les premiers signes, Pour dérober leurs fruits aux durs frissons du Nord En traversant le ciel passent du bord au bord, Si leur vol les conduit sur un champ de batailles , Où deux peuples armés déchirent leurs entrailles, Sur la plaine de sang où leur couple s'abat Ils entendent rugir les vagues du combat , Les cris des combattants , les éclairs de la poudre , Du cratère vivant font remonter la foudre , Dans le lac où leurs flancs aimaient à se baigner Leur œil avec horreur voit les vagues saigner, A ces globes de fer que le salpêtre allume Jusque dans le nuage ils roussissent leur plume , Et sur ces champs d'horreur qu'ils ne peuvent quitter Leurs ailes sans ressorts n'osent plus palpiter.
HDÏItlI TISIOS.