II
» Déesse, aux bras des dieux l'amour la prostitue ,
» Et portant dans ses ilancs leur type colossal ,
» Restaure en l'engendrant la race de Baal.
p >ous préviendrons ainsi que du rang où nous sommes
» La race des géants tombe au niveau des hommes.
» Je pourrais la garder pour mon amour jaloux ;
» Mais l'intérêt commun lui veut d'autres époux ;
» Ma volupté sévère est l'empire du monde;
» De ses divins amours que le ciel la féconde!
» Des exploits glorieux pour mon trône entrepris
» Qu'elle soit pour vous tous et le but et le prix ! »
Il se tut : enflammant la luxure engourdie,
L'huile brûlante ainsi tombait dans l'incendie ;
D'astucieux projets perfides confidents ,
Les géants renfermaient leur pensée en dedans,
Approuvaient du regard, mais cherchaient dans leur âme
Sous le poli du fer le tranchant de la lame.
Cependant , comme à l'heure où descendent les nuits, Les pasteurs du désert assis au bord des puits, Rappelant leurs chameaux de la plaine stérile ,
Font passer devant eux leur troupeau qui défile ,n Tandis qu'à côté d'eux les nombreux serviteurs Dénombrent les petits au maître des pasteurs ; Ainsi du roi des dieux, pour réjouir la vue De son peuple avili l'innombrable revue , Courbant sous un seul doigt mille fronts asservis , Défilait lentement par les sacrés parvis.
Sur le pavé muet que leur visage essuie , Leurs pas silencieux ressemblaient à la pluie Qui, découlant sans bruit sur les feuilles des bois, Fait à peine frémir leurs sonores parois. S'étendant, serpentant comme une énorme queue , L'épaisse immensité se déroulait par lieue. D'implacables pasteurs, des sceptres dans leurs mains, Menaient, en les frappant, ces longs troupeaux humains ; Sérendyb de la voix les dénombrait ; leur foule Descendait, remontait en ondoyante houle,
Que fait enfler sans lin le lit des océans ;
Ecume qui fumait aux pieds de ces géants.
Leur avilissement empreint dans leur posture,
De leurs profanateurs révélait l'imposture.
Ils ne redressaient pas leur front horizontal
Comme un homme qui voit dans l'homme son égal ;
Leurs pieds ne portaient pas leur corps droit sur sa base.
Comme la brute immonde, et qu'un lourd bat écrase,
Sous les verges de fer dont les bouts les frappaient,
Les yeux sur la poussière en passant ils rampaient.
On sentait qu'énervés jusqu'à la pourriture ,
Ils avaient dans leur moelle abdiqué leur nature.
Et descendu le vice à ce dernier degré
Où ce qui nous dégrade à nos yeux est sacré !...
Il passait, séparés en innombrables groupes ,
De vieillards décharnés d'abord d'affreuses troupes;
Vieux restes insultés, vils rebuts de troupeau,
Dont les os mutilés perçaient souvent la peau.
De noirs lambeaux troués et souillés de vermines ,
Par leurs mains retenus laissaient voir leurs poitrines.
Leurs côtes se comptaient sur leurs flancs amaigris ;