ONZIÈME \1S10%, \8S
Et les contours des seins , depuis long-temps taris , Faisaient seuls reconnaître à leurs ondes ridées, Les mères sans enfants aux mamelles vidées. Comme le vent d'hiver chasse à demi fondus De blancs flocons de neige aux fanges confondus, Où l'arbre a secoué les débris de ses branches; Ainsi se déroulaient ces mille toisons blanches , Qui laissaient entrevoir des crânes dépouillés , Et les vieux dos sans chair des corps agenouillés,
Les dieux les bafouaient de paroles amères ,
Sans penser que peut-être ils insultaient leurs mères :
Un œil cruel et froid les jugeait en passant.
Dans leurs veines à sec ils calculaient leur sang ;
Et quand , à la langueur de leur morne attitude ,
Aux signes précurseurs de la décrépitude ,
On jugeait qu'un vieillard , par la peine vaincu,
Pour servir et souffrir avait assez vécu ,
Comme on traîne aux égouts des carcasses immondes ,
Séparé de sa race on le jetait aux ondes;
Et de leur proie humaine avertis par ses cris ,
Les chiens sur le rivage attendaient ses débris !
486 i\ cm te DTl 's w.r.
Par ceux qui s'avançaient au milieu <1p la vie , La troupe décharnée était bientôt suivie ; De ces cruels pasteurs fort et rude bétail , Dévoués par le fouet aux sueurs du travail ; Hommes, femmes, mêlés comme un fleuve qui coule Au caprice du flot, au hasard qui les roule, Sans ces liens sacrés, sans ces doux sentiments, Des cœurs liés par Dieu délicieux aimants ; Ne connaissant entre eux ni fils, ni sœurs, ni frère, Pouvant fouler leur mère ou coudoyer leur père , Sans qu'au fond de leur cœur leur sang muet parlât , Ou qu'à l'œil incertain un œil se révélât.
Comme la meute aboie ou le vil troupeau bêle , En innombrable armée ils marchaient pêle-mêle; Seulement séparés au gré de leurs tyrans, Selon leur aptitude, en métiers différents. Les uns les dos courbés, accouplés de lanières , Traînant les chars pesants dans les rudes ornières, Ou comme des taureaux saignants sous l'aiguillon Fument sous le soleil dans le feu du sillon. A leurs corps déchirés par d'horribles supplices ,
Les yeux reconnaissaient leurs ignobles services;
L'habitude pliait leurs têtes et leurs cous ,
Et leurs nuques gardaient les traces de leurs jougs.
Les autres pour tailler ou pour scier les pierres
Du marbre ou du porphyre excavaient les carrières ;
Et pour les soulever sous leurs corps en piliers ,
Ecrasés sous les blocs périssaient par milliers.
Bien des membres manquaient à ces bêtes de somme ;
Leur corps n'était souvent que la moitié d'un homme.
Ceux-là dressés par l'art à fondre les métaux ,
A ciseler le bronze , à tailler les cristaux,
A forger en acier le glaive sur l'enclume ,
A tisser en duvets ou la soie ou la plume ,
A souffler dans l'airain des vents mélodieux
Pour enivrer de sons les oreilles des dieux;
A nuancer du doigt sur les murailles peintes
Pour leurs yeux enchantés de merveilleuses teintes ,
A donner sous l'effort de leurs habiles mains
Au marbre le visage et les contours humains;
A pétrir des saveurs pour leurs palais superbes ,
A parfumer les vents de la senteur des herbes ;
Et pour tout leur offrir, de l'hysope à l'encens,
188 LA COUTE D'i N ANGE.
Inventer autant d'art 'que le corps a de sens î
A ces travaux divers plies par l'habitude ,
Chacun d'eux de sou art conservait l'attitude;
On voyait qu'avec soin ces êtres abrutis
En machine vivante étaient tous convertis ,
Et que de leurs tyrans l'imbécile esclavage
De l'image de Dieu faisait un vil rouage !
Ils passaient , ils passaient , squelettes de la faim ,
L'instrument de leur art élevé dans'Ja main.
Les dieux les regardaient, foule immonde et grossière,
Comme le haut rocher voit passer la poussière :
Distraits , d'un coup d'œil même ils ne recueillaient pas
Cette adoration qui montait de si bas.
Subalternes tyrans commis à cet usage,
Des dieux inférieurs les comptaient au passage.
Par leur œuvre et leur nom ils les connaissaient tous ;
Mais quand ils leur parlaient , leur langue était des coups.
Pour mieux dompter le corps , ils persécutaient l'âme.
S'ils voyaient se former entre l'homme et la femme
Un de ces forts liens , un de ces saints amours
Qui des sens passe aux cœurs et les joint pour toujours , De peur que ce lien que la nature serre Ne fit naître les noms de fils , d'époux , de père , Et, renouant l'instinct qu'ils brisaient en morceaux , Des familles en eux ne formât les faisceaux , Condamnant leur tendresse à l'amour de la brute , Ils arrachaient l'amante au cœur qui la dispute , La jetaient tour à tour aux bras d'un autre époux , Pour qu'aucun ne connût le fruit commun à tous !
C'était le peuple : après cette innombrable armée De tout rang , de tout art , de tout sexe formée , Ainsi qu'une saison suit l'autre dans son temps , Marchait l'immense essaim des vierges ; doux printemps Qu'attendait pour faner ces guirlandes qu'il fauche Le souffle empoisonneur de l'impure débauche. De longs voiles flottants qui traînaient sur leurs pas Voilaient sans les cacher leurs pudiques appas. Des instruments plus doux qui vibraient en cadence Imprimaient à leurs pieds la grâce d'une danse ; La musique réglait leurs génuflexions, keur file déroulait ses mille inflexions.
100 TA CHl TE D'IN AUGE.
Toile on voit on automne une immense avenue
De pâles peupliers ('lancés vers la nue.
Sous l'aquilon qui passe ensemble s'abaisser,
Et comme un seul roseau soudain se redresser ;
Telles ens'écoulant dans la divine enceinte ,
Ces vierges s'inclinaient sous l'obscénité sainte.
Sur les tendres beautés victimes de leur choix
Les dieux jetaient l'horreur en étendant leurs doigts :
A ce signe compris , d'impudiques matrones
En dévoilant leurs fronts les approchaient des trônes.
L'impure raillerie ou l'admiration ,
Ces préludes honteux de prostitution ,
Circulaient en riant parmi la cour céleste;
Us outrageaient de l'œil , ils profanaient du geste.
Les pleurs de ces beaux yeux étaient le seul encens
Qui semblait les distraire et chatouiller leurs sens.
Par des mères d'emprunt , devant les dieux conduite, La foule des enfants , lente, venait ensuite; Misérable troupeau que chaque jour mêlait, Que l'on faisait changer et de mère et de lait , Afin que la nourrice à l'enfant qu'on lui jette
Ne rêvât pas un fils dans l'enfant qu'elle allaite. Depuis l'âge où leurs dents tombent pour repousser Jusqu'à l'âge où cherchant la mamelle à sucer, Suspendus à l'épaule ou sur les bras qu'on tresse , Ils n'ont que le sourire ou le cri de détresse, Cherchant encor l'aplomb de leurs pieds chancelants, Groupes de molles chairs et de beaux membres blancs, Muets devant les dieux, ils passaient sans haleine. Tels que de blancs agneaux à leur première laine , S'enchevêtrant sur l'herbe aux appels du pipeau , Se traînent en bêlant derrière le troupeau ; Tels venaient les derniers dans l'humaine revue , Ces fruits piqués au cœur de la race déchue. Et l'écho stupéfait du morne monument Répétait après eux leur long vagissement !
Le peuple avait coulé tout entier comme un fleuve. Voilà ce qui restait de cette race neuve Dont le bassin du monde avait été rempli ! Voilà ce que de Dieu le criminel oubli , Et l'adoration des viles créatures Avait fait de la chair tombée en pourritures ! Voilà, quand Dieu sondait cet abîme profond Où l'homme était tombé, ce qu'il voyait au fond ! Ainsi de l'océan quand le niveau s'abaisse, Dans ce grand vase à sec que sa retraite laisse , L'œil découvre effrayé sur ce rivage à nu Les mystères d'horreur de son lit inconnu : De rares flaques d'eaux, et des marais immondes Dont le croupissement a corrompu les ondes, Où le monstre marin dans la vase échoué Expire ; où le reptile au reptile est noué , Où foulant le limon que son museau secoue , L'hippopotame seul exulte dans la boue ! Lorsque cette poussière eut tombé sous leurs veux, ■ Nemphed d'un œil muet congédia les dieux , Et rentra pour dormir dans la tour inconnue Comme la foudre rentre et couve dans la nue.
La nuit qui livre l'homme à ses réflexions, Et qui laisse à son cœur mordre ses passions, Pleine de perfidie et d'embûches secrètes, Jetait sur les palais ses ombres inquiètes. Le sommeil ne bénit que des fronts innocents ; Leur lourd sommeil n'était que l'ivresse des sens,
Morne assoupissement, stupeur et léthargie
Du buveur effréné qui succombe à l'orgie.
Tous ces fronts où la peur secouait le remord
Ne rêvaient assoupis que le crime ou la mort;
De leurs cœurs, endormant, ils écartaient des glaives,
Et la nuit sanglotait pleine du bruit des rêves !
Sous ces toits convulsifs du palais endormi,
Deux êtres veillaient seuls .- Asrafiel et Lakmi.
Asrafiel repassant devant ses yeux l'image
De la femme céleste enlevée au nuage ,
Ne pouvait effacer, ni détacher de lui
Le doux rayonnement dont ce front avait lui.
Daïdha , dans la nuit seulement entrevue ,
D'un éblouissement troublait encor sa vue.
Ses suaves contours, ses yeux, ses traits si purs ,
Nageaient dans l'atmosphère et flottaient sur les murs;
Et s'il fermait les yeux, plus présents à son âme ,
Sous sa paupière ardente il enfermait la femme :
Jamais de la beauté le miasme vainqueur
N'avait ainsi passé de ses sens à son cœur.
A la seule pensée, il sentait des ivresses
Dont l'extase effaçait mille nuits de caresses ;
Il aurait préféré le vent de ses cheveux
A ces mille beautés qui devançaient ses vœux.
Pour la première fois cette chair sensuelle
D'un indomptable amour aspirait l'étincelle .
En tombant d'un regard , cette foudre du ciel
Allumait le limon dans le cœur d'Asrafiel.
Il avait entendu d'une oreille inquiète
Nemphed insinuer sa pensée indiscrète ,
Et des plus grands exploits pour son trône entrepris ,
Aux Titans enflammés la promettre pour prix.
De désirs et d'orgueil d'abord l'âme inondée ,
Il avait d'un espoir accueilli cette idée ;
Certain de conquérir par un facile effort
Sur ses faibles rivaux cette palme du fort.
Mais du fourbe Nemphed l'astucieuse adresse
Avait jusqu'au délire irrité cette ivresse.
La coupe d'Asrafiel en avait débordé.
Ce doux objet repris aussitôt qu'accordé ,
A leur banal amour cette beauté jetée,
Coupe qu'il faudrait rendre à qui l'aurait prêtée ,
Comme on passe au convive après l'avoir vidé
|j}S LA CHUTE P'UN ANGE.
Le calice de fleurs et d'ivresse inondé ; Cet avilissement de l'homme et de la femme Vour la première fois soulevait sa vile âme ; Et le premier éclair de forte passion Lui faisait détester leur profanation.
« Exécrable vieillard, tyran lâche et caduque,
» Dont le vil sang croupit dans tes veines d'eunuque!
» Qui n'as jamais senti d'autre frisson au cœur
» Que celui de l'orgueil ou celui de la peur !
» Qui glacerais le feu sous f;i peau de couleuvre !
>> Ah! le fiel de tes yeux souillerait ce chef-d'œuvre?
» Ah ! tu nous daignerais jeter avec mépris
» Ces célestes appas sous ton venin flétris ?
» Et qui sait? ce rebut de ton dédain suprême
3> Pourrait de bras en bras passer dans les miens même?
» Je tremperais ma lèvre à cet égout d'amour ,
» Où les plus vils des dieux auraient bu tour à tour?
» Et cette fleur du ciel qui donne le vertige ,
» J'en aurais une feuille et tu tiendrais la tige?
» Asrafiel à ce prix serait ton seul soutien?
» Sublime invention d'un cœur tel que le tien !
DOUZIEME WSIOÏV. 199
» Prix bien digne en effet que ce bras fort se lève )> Pour prolonger d'un jour ton règne qui s'achève, » Et dispute au vautour sous ton trône abattu » Ta carcasse divine où nul cœur n'a battu !...
» Moi plus fort et plus beau que tout ce qui respire !...
» Moi dont le front portait mes litres à l'empire!
» Moi que pour le plaisir semblant le dédaigner,
» Tu jugeais assez vil pour te laisser régner !
» Ah! ton ingratitude à cet excès s'oublie!
» Tremble! ce mot stupide a trahi ta folie!
» De ton trône ébranlé je retire le bras.
» Dans ton piège à mes pieds, tyran, tu te prendras!
» J'ai rampé trop long- temps , lion sous le reptile !
« Mes dents déchireront cette trame subtile
» Que ton hypocrisie et ton ambition
» Tissèrent de mensonge et de corruption.
» Je t'y veux secouer de ma main indignée ,
» Comme à sa toile immonde on suspend l'araignée !
)> Du peuple et des géa îts ces muscles sont l'effroi ,
» Ma taille au-dessus d'eux m'élève maître et roi ,
» Ma suprême beauté me désigne à la foule.
200 LA CHI TE lî'l X \ NGË,
» Du troue humilié que ce monstre s'écroule !
» Qui de ceux que mon front levé pont surmonter,
» Tant qu'Asrafiel respire, oserait y monter ?
» Montons-y ! cherchons-y la palme à qui j'aspire !
» Régnons ! puisque l'amour est au prix d'un empire ! ■
En se parlant ainsi , tels que ceux d'un taureau , Ses muscles palpitants se tordaient sous sa peau. La veine de son front renllée en diadème Semblait le couronner de sa colère même. Dans la salle sonore il marchait à grands pas , En redressant le buste et balançant les bras, Comme un athlète armé du redoutable ceste Se prépare au combat par la pose et le geste , De ses membres d'aplomb éprouve la vigueur, Et foule à vide l'air sous son genou vainqueur. Ainsi mêlant tout haut la rage et la menace, Son amour dans son âme enflammait son audace ; Et dans ce cœur de feu la double passion
Poussait par la débauche à la sédition.
Sans pouvoir s'assoupir dans sa veille farouche ,
Son corps impatient se tordait sur sa couche.
Couchée aux pieds divins de Nemphed endormi ,
Que faisait cependant la perfide Lakmi?
Dans un sommeil léger que le rêve entrecoupe
Tenait-elle en esprit le poignard ou la coupe ?
Ourdissait-elle en songe en dévidant leurs fils,
La luxure et la mort dans ses complots subtils ?
Ses yeux savouraient-ils dans l'horreur des supplices
Les voluptés du sang versé pour ses délices?
Non : par un seul coup d'œil son cœur était changé ;
Elle avait vu Cédar, le ciel était vengé.
Ce jeune homme si beau, cette humaine merveille,
Tenait ses yeux ouverts et fascinait sa veille ;
Un seul regard l'avait dans son âme sculpté,
202 LA r.iu TE n'i N wr.r..
Comme un type inconnu d'immortelle beauté.
Ainsi l'éclair écrit la forme de la foudre
Sur l'arbre qu'il écorce ou sur le marbre en poudre!
Ses songes de douze ans ne l'avaient pas rêvé.
Ce buste sur un coude à demi soulevé,
Ces membres enchaînés, mais dont les anneaux même
Relevaient l'élégance et la nràce suprême; Ce front qu'assombrissait l'humiliation, Mais qui se redressait sous l'indignation ; Ces forêts de cheveux rejetés en arrière, Roulant sur son épaule ainsi qu'une crinière , Au mouvement du cou découvrant tour à tour Du profil attristé l'attendrissant contour; De l'oblique regard l'humide et chaste flamme , Ces traits éblouissants de la beauté de l'àme , Beauté dont sur les sens l'effet mystérieux Touche et ravit le cœur de la splendeur des veux, Et dont sur cette enfant la lumière imprévue >''avait jamais encore émerveillé la vue; Ce désespoir vibrant dans ses muscles tordus, Dans ses orteils crispés, dans ses bras étendus; Ces pleurs silencieux qui tombaient sur la pierre
DOUZIÈME VISIOA. 2<>5
Que le courroux séchait aux bords de la paupière ; Ange que ces démons écrasaient sous leur pié , Cette admiration qu'attendrit la pitié ; Tout avait remué ses entrailles de femme, Troublé son ignorance et fait parler son âme.
Et puis ces longs regards de tristesse chargés ,
Entre les deux amants devant elle échangés ;
Ces yeux qui s'attiraient à travers leur nuage ,
Ce visage toujours tourné vers le visage ;
Ces lèvres de Cédar qui semblaient aspirer
Le vent que Daïdha venait de respirer ;
Ces deux cœurs qui battaient à briser leur mamelle ;
Ce langage infini que parlait leur prunelle,
Qui, dans un seul regard au profane interdit ,
Concentrait plus d'amour qu'un siècle n'en eût dit ;
Ces élans, ces soupirs, ces déchirantes poses,
Ces silences, ces bras tendus ; toutes ces choses
Avaient à son esprit révélé par hasard
Tout un monde d'amour éclos dans un regard.
Amour qui l'étonnait et qui la troublait toute,
Qui l'enivrait d'envie à sa première goutte ,
Et qui taisait tomber de ses doigts déhontés
Le calice affadi des sales voluptés !
Elle avait d'un coup d'œil plongé dans les délices
De cet amour des cœurs que lui cachaient ses vices
Et s'était dit, brûlant de l'inspirer aussi :
« Je donnerais le ciel pour être aimée ainsi !...
» Pour qu'un de ces regards qui font pâlir d'envie,
» Intercepté par moi, vînt tomber sur ma vie. »
Mais comprenant d'un œil par l'amour éclairé,
Aux traits de Daidha son front déshonoré,
Sa ruse à sa candeur, son astuce à sa grâce ,
Sa pudique tendresse à sa virile audace,
La pâleur de sa joue aux neiges de son teint,
De son abaissement elle avait eu l'instinct.
Elle s'était sentie , impuissante, éclipsée,
D'elle-même rougir au fond de sa pensée !
La jalousie avait en rentrant dans son cœur
Empoisonné le dard de son amour vainqueur;
L'humiliation avait courbé sa tête,
Et tous ses sentiments n'étaient qu'une tempête!
Tel fermentait l'esprit de Lakmi, d'Asrafiel.
Ainsi quand un rayon vient à tomber du ciel Sous la muette nuit de ces cachots funèbres Où l'œil habitué se plaît dans les ténèbres , i'erçant la profondeur de ces voiles épais , Le jour de cette nuit trouble la morne paix ; Il montre sur les murs comme une sombre lampe Le poison qui suinte, et le scorpion qui rampe; Et l'homme du cachot qui sèche de terreur Regrette que le jour lui montre son horreur î Ainsi ces deux enfants de beauté primitive Etonnaient cetégout de leur splendeur naïve, Et dans ce monde infect leur apparition Troublait dans son repos l'abomination,
Lakrni, dont cette image embrasait la pensée , Flamme vive et légère à tous les vents versée, Sans attendre un moment, sans craindre, sans prévoir, N'avait plus qu'une idée au fond du cœur : revoir! Revoir l'être inconnu dont l'enivrante image