LE PROPHETE
Et les vagues déjà sur leur sanglante écume Roulaient à l'horizon l'aurore qui s'allume. Quand les jeunes amants, à ses tièdes clartés, S'éveillèrent au sein de ces lieux enchantés. Les tigres, les lions, les panthères, les aigles, De leur féroce instinct interrompant les règles. Couchés à côté d'eux sur des gazons épais, D'un œil compatissant les regardaient en paix; Et les enfants, baisant leur toison fauve et noire, Mettaient leur chair de lait entre leurs dents d'ivoire.
Cédar et Daïdha, ravis d'étonnement.
Ne comprenaient plus rien à cet apaisement; Ils se croyaient, à voir ces choses renversées. Transportés par un songe au monde des pensées. Mais le vieillard tardif ne les appelant pas, A travers le jardin ils firent quelques pas, N'appuyant leurs pieds nus qu'à peine sur la terre, Se montrant chaque objet du doigt avec mvstère.
Comme on marche à pas sourds sur des parvis sacrés . Le gazon incliné formait de grands degrés ; Ils suivirent en bas la pente de verdure, Et leurs yeux du rocher revirent l'ouverture. Elle était large et haute, et le front d'un géant N'aurait pu la toucher debout sur son séant : On eût dit qu'une race antique et colossale Avait à sa grandeur taillé l'immense salle. Les grands vents de la mer, dans cette arche du sol. En brisant sur le cap s'engouffraient à plein vol ; Les parois en vibraient comme un orgue sonore. Les rayons élevés de la naissante aurore, Tels qu'un nuage d'or au roc répercuté, Pénétraient par le haut dans son obscurité, Et laissaient tout le bas dans une demi-teinte Où l'ombre combattait avec l'aurore éteinte.
L'un sur l'autre appuyés, leur timide regard
Au fond de cette nuit cherchait le saint vieillard.
Les ténèbres encor leur cachaient sa figure;
De ses lèvres pourtant le vague et sourd murmure,
Qu'ils entendaient sortir d'un cœur tendre et serein
Comme un gazouillement d'un ruisseau souterrain,
Le leur fit découvrir, dans le fond, en prière.
Le jour éblouissait, en entrant, sa paupière,
Et, leurs fronts dépassant à peine un angle noir.
Bien qu'ils vissent sa face, il ne pouvait les voir.
Il était à genoux devant un bloc de pierre, Le visage et le corps tournés vers la lumière. Les deux bras étendus au-dessus de son front, Semblables aux rameaux qui s'élèvent d'un tronc, Et de ses maigres mains les deux palmes dressées Comme pour embrasser de célestes pensées!
SEPTIÈME VISIOX. I75
Sous l'inspiration que sou coeur lui versait.
Sur son cou replié son front se renversait,
Et son regard, en haut se cherchant une route.
Semblait lire le ciel à travers cette voûte.
Sur le bloc de granit qui lui servait d'appui
On voyait tout ouvert un livre devant lui.
A leurs yeux ignorants ce livre, obscur mystère.
Leur paraissait de là le dieu du solitaire :
Quelquefois de sa lèvre il baisait ce trésor.
Ce livre était couvert d'une enveloppe d'or;
Comme un charbon ardent, une énorme escarboucle.
En nouant le fermoir, flamboyait sur la boucle.
Sur l'or sculpté du livre, admirable ornement.
Une colombe bleue aux yeux de diamant.
De l'inspiration mélodieux symbole,
Ouvrait ses ailes d'or comme un oiseau qui vole.
Ses pattes de rubis et son bec de corail
Semblaient poser collés sur le dossier d'émail;
Et ses ailes, de l'ame éblouissant emblème.
S'ouvraient et se fermaient avec le livre même.
Du mer^-eilleux fermoir le vent, comme des doigts,
Entr'ouvrait à demi les angles quelquefois.
Et faisait frissonner les pages du volume.
Comme à l'oiseau qui dort il enlève une plume.
Du vieillard absorbé dans l'aspiration Ce bruit n'attirait pas d'ailleurs l'attention. On voyait, sous l'essor des muettes pensées. Remuer lentement ses lèvres cadencées; Et l'oreille entendait à demi des accents Dont parfois un silence entrecoupait le sens.
« O père, disait-il, de toute créature.
Dont le temple est partout où s'étend la nature,
176 LA CHL'TE d'un AXGE.
Dont la présence creuse et comble l'infini, Que ton nom soit partout dans toute âme béni ! Que ton règne éternel, qui tous les jours se lève, Avec l'œuvre sans fin recommence et s'achève! Que par l'amour divin, chaîne de ta bonté, Toute volonté veuille avec ta volonté!
Donne à l'homme d'un jour que ton sein fait éclore Ce qu'il lui faut de pain pour vivre son aurore. Remets-nous le tribut que nous aurons remis Nous-même, en pardonnant à tous nos ennemis. De peur que sur l'esprit l'argile ne l'emporte, Ne nous éprouve pas d'une épreuve trop forte; Mais toi-même, prêtant ta force à. nos combats. Fais triompher du mal tes enfants d'ici-bas! »
A l'heure où le matin caressait sa paupière.
Telle était du vieillard la céleste prière,
Prière que plus tard révéla l'homme-Christ,
Où l'on entend gémir la chair avec l'esprit.
Où l'homme ose d'en bas appeler Dieu son père,
Donne à ses ennemis le pardon qu'il espère.
Et dit, en proférant la double vérité :
A Dieu, miséricorde; à l'homme, charité!
Prière que sans doute, au principe des choses.
L'homme trouva du cœur sur ses lèvres écloses,
Dont, en se corrompant, les célestes accents
S'égarèrent perdus dans la rouille des sens.
Et qu'un Verbe fait chair, trouvant sous nos ruines
Épela de nouveau sur ses lèvres divines!...
Pétrifiés de peur et d'admiration,
Les amants contemplaient cette adoration.
SEPTIÈME VISIOX. I77
A chacun des accents de la sainte prière, Un éclair de ses yeux entrait dans leur paupière, Et, sans savoir à qui l'homme d'en haut parlait. Devant l'ombre de Dieu leur âme se voilait. Mais l'intime entretien finissant, le prophète Les vit dans sa lumière en relevant la tète. Comme on cache ses mains en portant un trésor. Dans un pli de sa robe il prit le livre d'or. Et, marchant aux enfants fascinés par la crainte. Les mena par la main hors de l'obscure enceinte.
Sur un des verts plateaux du cap retentissant.
Où trois palmiers sortaient d'uu tronc en s'unissant,
A l'haleine des mers qu'éventait leur toit souple.
Il fit à ses côtés asseoir le jeune couple.
Sourit à Daïdha, pria le jeune époux
D'apporter les enfants, les mit sur ses genoux.
Les baisa sur le front, les remit à leur mère;
Comme si leur aspect d'une mémoire amère
Avait dans son esprit remué les douleurs.
De sa paupière blanche essuya quelques pleurs;
Puis, effaçant bientôt de son maie visage
D'un sourire attendri ce passager nuage.
Au beau couple, à ses pieds assis tout interdit.
D'une voix pénétrante et paternelle il dit :
c. Quel'accent du Seigneur vibre dans mes paroles! Pauvres adorateurs de muettes idoles.
Je parlerais en vain, s'il ne vous parle pas ! Mais c'est lui dont le doigt a dirigé vos pas ; C'est lui qui dans votre âme ordonne que je sème Ce nom qui dans nos cœurs s'était semé lui-m-émc^ Ce nom qu'a dispersé parmi les nations Le vent profanateur des superstitions,
Pour qu'une race au moius sur cette terre infdme Gardât le sceau divin imprimé sur notre âme ! ■
O chers vases vivants d'innocence et d'amour, •'
Ce que je verse en vous, versez-le à votre tour ! Que je sois le charbon éteint qui se consume, Mais qu'on jette en mourant au bûcher qu'il rallume ! Beaux enfants de la nuit, que vos yeux soient ouverts! Pour apprendre Dieu même, apprenez l'univers !
« Loin du ciel qui nous luit, des déserts où nous sommes.
Il est sous le soleil une autre race d'hommes^
Qui s'est multipliée autant que les essaims
Que ces ruches du chêne épanchent de leurs seins.
Dans ces grandes tribus qui débordent des plaines,
La terre disparait sous ces vagues humaines ;
Les antres des rochers autrefois habités
Ne leur suffisent plus; mais d'immenses cités.
De grands blocs arrachés aux montagnes bâties.
Pour leur faire des nids, de terre sont sorties.
Le marbre, le granit, d'éblouissants métaux,
Fondus dans la fournaise ou taillés aux marteaux,
Que la terre à vos yeux cache dans ses entrailles,
Couvrent leur ciel de bronze ou forment leurs murailles.
En contemplant de loin leurs immenses contours,
Où montent à Tenvi les dômes et les tours.
On croit voir s'élever du milieu des campagnes.
De fer, d'argent et d'or, d'éclatantes montagnes.
Comme un large incendie, en les frappant d'aplomb.
Le soleil resplendit sur cette mer de plomb.
Et l'haleine des feux qui sort des toits sans nombre
Couvre un grand pan du ciel d'une atmosphère somtre ;
Du haut d'une coUiue où l'on les voit fumer
On les entend mugir au loin comme une mer.
Et ce bruit formidable effraye au loin la terre
Plus qu'un rugissement de tigre ou de panthère. La respiration s'arrête en l'écoutant :
On sent que l'on n'est rien, devant ce bruit montant, QjLi'un brin d'herbe emporté dans le vent qui le roule. Ou qu'un sable des mers englouti sous la houle!
«Or ces hommes, enfants! pour apaiser leur faim,
N'ont pas assez des fruits que Dieu m't sous leur main ;
Leur foule insatiable en un soleil dévore
Plus qu'en mille soleils les bois n'en font éclore.
En vain comme une mer l'horizon écumant
Roule à perte de vue en ondes de froment :
Par un crime envers Dieu, dont frémit la nature.
Ils demandent au sang une autre nourriture;
Dans leur cité fangeuse il coule par ruisseaux !
Les cadavres y sont étalés en monceaux.
Ils traînent par les pieds, des fleurs de la prairie,
L'innocente brebis que leur main a nourrie.
Et, sous l'œil de l'agneau l'égorgeant sans remord,
Ils savourent ses chairs et vivent de la mort !
Aussi le sang tout chaud dont ruisselle leur bouche
A fait leur sens brutal et leur regard farouche.
De cruels aliments incessamment repus.
Toute pitié s'efface en leurs coeurs corrompus.
Et leur œil, qu'au forfait le forfait habitue.
Aime le sang qui coule et l'innocent qu'on tue.
Ils aiguisent le fer en flèches, en poignard ;
De l'horreur de tuer ils ont fait le grand art :
Le meurtre par milliers s'appelle une victoire;
C'est en lettres de sang que l'on écrit la gloire;
Le héros n'a qu'un but, tuer pour asservir!
Le peuple les abhorre, et meurt pour les servir.
Ils poussent aux combats, sans colère et sans haines,
Des bandes de vautours et des meutes humaines.
l8o LA CHUTE d'un AKGE.
Q.ui vont s'entr'cgorger au signal de leurs yeux
Pour savoir quel tyran les écrase le mieux !
Oh ! si vous aviez vu ces grands champs de batailles
Couverts de noirs corbeaux fouillant dans des entrailles,
D'aigles désaltérés dans de noirs lacs de sang.
D'un peuple tout entier dans sa chair pourrissant,
De crânes décharnés où pend la chevelure,
Où le reptile niche, où la brise murmure.
Et d'ossements blanchis aux fraîcheurs de la nuit,
Qui du sable foulé sous les pieds ont le bruit !
Oh ! si vous aviez vu des grands troupeaux d'hyènes
Emporter en hurlant ces nations humaines,
Et l'herbe que le vent déroulait à grand pli
Ondoyer sur la chair d'un peuple enseveli !
Vous frémiriez d'horreur, et vous rendriez grâce
D'être enfants du désert et nés d'une autre race!... »
Les amants frémissaient, et disaient au vieillard :
« Ces peuples de méchants vivent donc au hasard r
Les pères décrépits des tribus insensées
Ont donc dans leur esprit renversé leurs pensées ?
— Les pères, reprit-il, de ces vastes tribus.
Hélas ! depuis longtemps ne les gouvernent plus :
Ce doux pouvoir du sang, dicté par la nature.
Abdiqua le premier sa sainte dictature.
Naissant, mourant avec les générations.
Il ne suiBsait plus aux jours des nations;
Le monde, en vieillissant, perdit ses lois prospères;
Des enfants aujourd'hui nul ne connaît les pères !
Oui, la famille même a brisé ses liens;
La brute sait ses fils, l'homme ignore les siens.
Les époux d'un moment, qu'un vil désir accouple,
Par un désir nouveau scellent un autre couple ;
Et, de peur d'attacher leur âme pour toujours.
Ils échansrent entre eux leurs banales amours.
SEPTIÈME VISION'. l8l
Ainsi pères sans droits, fils sans reconnaissance.
Tout sentiment humain a perdu sa puissance ;
Des feux sacrés du cœur le foyer est éteint.
Nul n'a plus pour devoir que son brutal instinct.
Et dans l'homme affranchi de toutes ces entraves
Les tyrans sont plus sûrs de trouver des esclaves.
Ils ordonnent : le fer suit le geste inhumain;
Rien n'attendrit le cœur, rien n'aricte la main;
Car, pour soumettre un peuple au joug d'un maître infâme,
Il faut de l'eau du vice empoisonner son âme !
— Leurs dieux, dit Daïdha, dorment-ils donc toujours? Ou sont-ils, ainsi qu'eux, insensibles et sourds?
— Leurs dieux ! dit le vieillard ; par un affreux blasphème Quelques hommes hardis se sont faits dieux eux-mêmes ! Ce titre profané qu'il s'est attribué,
Un petit nombre entre eux se l'est distribué. Pour que d'un droit rivé cette race domine Elle affecte en régnant la nature divine : De prestiges sacrés elle éblouit les yeux; L'ignorance et la peur les reconnaissent dieux. Pour imposer leur joug au reste de la terre. Ils cachent des secrets dans la nuit du mystère. Et, sur l'esprit du peuple épaississant la nuit, Voilent le jour à ceux que la fourbe séduit. Afin de conserver leur puissance céleste, Ces dieux, en petit nombre, aveuglent tout le reste; Ils leur mesurent l'eau, le feu, le pain et l'air. Des plus rudes travaux ils flétrissent leur chair. Eux, nourris de sueurs, la beauté semble écrire Sur leurs fronts dominants leurs titres à l'empire ; Sans se confondre au peuple ils passent au milieu ; Au seul aspect de l'homme on reconnait le dieu. Des plus beaux des mortels leur caste se repeuple.
l82 LA CHUTE d'uX ANGE.
Si quelque enfant d'élite est né parmi le peuple,
Ils le font égorger pour la paix des t^'rans,
Ou pour se recruter l'admettent dans leurs rangs;
Et, fier du nom divin dont la fourbe le nomme,
Il apprend qu'il est dieu pour fouler aux pieds l'homme ;
Il immole comme eux à sa divinité,
Ainsi qu'un vil bétail, toute l'humanité.
Il vit de la sueur de la race asservie,
Se lave dans son sang et joue avec sa vie ;
Et ce n'est qu'à l'excès de forfaits odieux
Q.ue l'esclave frissonne et reconnaît les dieux.
« Ils habitent à part dans des demeures fortes Dont aux pas des humains la mort défend les portes. Comme l'aigle aux sommets des monts bâtit ses nids Leur palais élevé sur des rocs aplanis. Couvrant de ses arceaux une immense colline. Voit fourmiller d'en haut la cité qu'il domine. Des murs de ce palais aux immenses contours Les fondements massifs sont couronnés de tours. Du haut de ces remparts, semblables à la foudre. Veillent leurs défenseurs qui mettent tout en poudre ; Leur bras tue à distance et frappe sans toucher Tout homme dont l'audace oserait s'approcher; Et des globes de feu qu'allume le mystère Partout où porte l'œil vont atteindre la terre.
« Ce qu'enferment, enfants, ces murs mystérieux,
La parole ne peut le raconter aux yeux.
On y marche sans fin dans des forêts de marbres.
Dont l'ombre et le murmure ont la fraîcheur des arbres;
Les feuillages d'or pur, taillés par le ciseau.
Frémissent à la brise et tromperaient l'oiseau ;
Des fleuves tout entiers, détournés de leur course.
Remontent sous la terre et jaillissent en source ;
De leur pluie écumante, en gerbes épandus.
Ils arrosent les fleurs des jardins suspendus;
Élancés vers le ciel en colonnes liquides,
Ils se voûtent d'eux-méme en arcades limpides :
Miraculeux palais, dôme artificiel,
Où l'œil à travers l'eau voit ondoyer le ciel,
Où l'éclat du soleil, qui flatte la paupière.
Des moires de la vague argenté sa lumière.
Et, brisant ses rayons en mille diamants.
Enivre de fraîcheurs et d'éblouissements.
La nuit, quand des palais le phare se rallume,
Ces dômes ruisselants étincellent d'écume;
Et du jour dans ces eaux multipliant les jeux.
Ces fleuves enflammés semblent rouler des feux.
« Dans des palais bâtis de jaspe et de porphyre.
Les élus couronnés de ce magique empire,
Sous les lois d'un tyran dont ils forment la cour.
Font trembler leurs sujets et tremblent à leur tour.
Un seul homme a pour lui d'innomblables épouses,
D'un regard de ses j-eux atrocement jalouses.
L'art d'énerver les sens est le premier des arts;
Leur nudité voilée enivre les regards.
Par des chants corrupteurs et des danses lascives
Fascinant la pensée et les âmes captives,
S'effbrçant à l'envi d'allécher au plaisir
Dans ces cœurs épuisés l'aiguillon du désir,
Elles consument l'homme aux feux de leurs caresses.
Pour ajouter encor l'ivresse à ces ivresses,
Leurs mains savent des fleurs distiller un poison
Dont la vapeur pesante étoufl^e la raison.
Et qui donne aux mortels, abreuvés dans ses vases,
Pour des sommeils divins d'ineffables extases.
184 LA CHUTE d'uX AXGE.
Elles mêlent ces sucs au jus d'or des raisins
Dont l'écume fumante arrose leurs festins.
Tous les oiseaux de l'air, tous les poissons de l'onde,
Tout ce qui vole ou nage ou rampe dans le monde.
Mourant pour leur plaisir des plus cruels trépas,
De sanglantes saveurs composent leurs repas ;
Et si ce n'est assez de tant de sacrifices
Pour flatter leurs palais assouvis de délices,
Au sein qui le nourrit on les voit arracher
L'enfant même et chercher un plaisir dans sa chair !
A leurs goûts dépravés par l'excès monotone,
Il n'est plus de plaisirs qu'un crime n'assaisonne.
Ils ne savourent plus l'amour ni la beauté.
Si l'horreur ne s'y mêle avec la volupté.
Si de la bouche même où leur bouche se pâme
Quelque cri de douleur n'aiguillonne leur âme.
Dans les infâmes jeux de leur divin loisir
Le supplice de l'homme est leur premier plaisir.
Pour que leur œil féroce à l'envi s'en repaisse,
Des bourreaux devant eux en immolent sans cesse :
Tantôt ils font lutter, dans des combats aftreux,
L'homme contre la brute et les hommes entre eux ;
Aux longs ruisseaux de sang qui coulent de la veine,
Aux palpitations des membres sur l'arène,
Se levant à demi de leurs lits de repos,
Des frissons de plaisir frémissent sur leurs peaux.
Le cri de la torture est leur douce harmonie.
Et leur œil dans son œil boit sa lente agonie!
lantôt ils font brûler des hommes tout vivants,
Pour voir la flamme bleue ondoyer à tous vents;
Quelquefois aux lueurs de ces torches barbares,
De cette mer de crime abominables phares,
Ils écoutent les sons de l'or ou de l'airain
Où le souflle de l'homme inspire un son humain,
SEPTIÈME VISION. ïSÇ
Et dont ks fortes voix, aux voix d'hommes pareilles. De chants plus éclatants ravissent les oreilles ; Et tandis que le choeur d'un millier d'instruments Les enivre de sons et de ravissements, Ils font, non loin de là, dans des tourments infâmes, Déchirer sous les fouets des enfants et des femmes, Pour que les cris affreux qu'ils poussent dans les airs Par un concert de pleurs relèvent ces concerts, Et que, par un plaisir où leur âme se noie, L'accent du désespoir contraste avec leur joie !
« Vous frémissez de honte, et vos cœurs innocents
Bondiraient soulevés d'horreur à mes accents.
Et mes hideux tableaux souilleraient vos pensées,
Et vous croiriez^ enfants, mes lèvres insensées.
Si j'achevais de peindre à vos yeux effrayés
La sentine du crime où Dieu les a noyés!
Si je vous les montrais, dans leurs sanglants repaires.
Enviant leurs venins et leurs dards aux vipères,
Sans fin l'un contre l'autre ourdir et conspirer.
S'embrasser un moment pour s'entre-déchirer,
Des sentiments humains ne nourrir que l'envie,
Tuer, tuer toujours pour défendre leur vie.
Se rompre et se nouer en sourdes factions,
Se rouler dans les flots de leurs séditions,
Cacher sous leur manteau des armes toujours prêtes.
Se verser le poison dans la coupe des fêtes,
Et d'un pouvoir toujours conquis et disputé
Faire le prix du crime et de l'atrocité !
Tant l'homme qui s'est fait son seul dieu de lui-même
Peut descendre à jamais sous le poids du blasphème!»
Et les jeunes époux, échangeant un regard, V. 34
l86 LA CHUTE d'uX AXGE.
Involontairement s'écartaient du vieillard. De leur peur dans leur geste il aperçut la trace : «Oui, je suis né, dit-il, dans cette infâme race, Oui, mes pieds ont trempé dans ces iniquités; Mais j'en ai secoué la souillure : écoutez !
« Dans la cité des dieux j'ai reçu la naissance.
La mère qui donna le lait à mon enfance,
Captive et détestant cet odieux séjour.
D'une tribu nomade avait reçu le jour.
Les souverains des dieux se disputaient ses charmes ;
Mais elle me mêlait le lait avec les larmes ;
Car au sein des grandeurs dont s'offensaient ses yeux
Elle se souvenait des tentes des aïeux,
Elle se souvenait du saint Dieu de sa terre.
Et son cœur s'abstenait de tout culte adultère.
Quand, suivant de ces lieux l'abominable loi.
On m'arracha du sein qui ruisselait pour moi.
De peur qu'un jour le tils ne reconnût la mère,
A son cœur déchiré cette heure fut amère;
Aux pieds de ses bourreaux elle alla se jeter.
Demandant quelques jours de plus pour m'allaiter.
Pendant ces jours comptés par l'avare indulgence.
Cachant son crime saint à l'œ-il de la vengeance.
Elle me déchira de son ongle sanglant.
En pleurant à mes cris, la peau de mon sein blanc.
Et du sang qui coulait figé de la blessure.
Comme des dents du tigre on garde la morsure.
Elle écrivit un nom, le saint nom de son Dieu !
Puis avec moins de pleurs elle me dit adieu,
Espérant à ce signe une fois reconnaître
Dans l'homme enfin grandi l'enfant qu'elle fit naître !
« Sans qu'aucun œil comprit ce signe sur ma peau,
Je grandis confondu dans le jeune troupeau. Exerçant du palais les serviles offices, Façonné par les dieux aux sanglants exercices, Instruit par leur exemple à fouler les humains, Allumant dans leurs tours leurs foudres de mes mains. Surpassant mes rivaux, et bientôt dieu moi-même. Cependant je ne sais quelle horreur du blasphème, Soit que ce fût l'effet de ce nom du Seigneur Que ma mère avait mis comme un sceau sur mon cœur. Soit que le sang plus doux d'une race plus pure Me restât de l'enfance et vainquît la nature, Rendait ce ministère exécrable à mes yeux. Tout en les adorant, je haïssais les dieux; Et disciple chéri, mais disciple farouche, Je vomissais du cœur ce qu'enseignait leur bouche !
« Un jour qu'atteint du fer dans un de ces combats due les hommes d'en haut livraient à ceux d'en bas. Je gisais dans mon sang, et que l'oiseau de proie Tournoyant sur mon corps criait déjà de joie, Mort aux yeux des vivants, des hommes sans pitié En passant près de moi me retournaient du pied; Une femme parut sur le champ de batailles. Oh ! celle qui porta l'homme dans ses entrailles. Pour savoir si son cœur bat encor sous sa main Se détourne toujours, elle, de son chemin ! Cette femme semblait interroger l'haleine Des cadavres sanglants épars sur cette plaine; Elle écartait du doigt leur vêtement de fer Pour ouvrir leur poitrine et pour la réchauffer. On eût dit que ses yeux épiaient avec crainte Sur le sein de ces morts quelque fatale empreinte; De cadavre en cadavre enfin elle approcha, Sur mon pâle visage à son tour se pencha,
Reconnut quelque souffle encor dans ma narine.
D'une main convulsive entr'ouvrit ma poitrine,
Et s'y précipitant en étouffant ses cris :
('■ Adonaï! dit-elle; oh! c'est toi! toi, mon fils!
a Toi que leur cruauté ravit à mes tendresses,
« Et que la mort, hélas ! rend seule à mes caresses ! »
Je sentais ses baisers, j'entendais ses accents.
Une seconde fois je lui devais mes sens :
Ce souffle palpitant de l'amour d'une mère
Rappelait de mon sang la chaleur éphémère ;
A défaut de la voix, que je cherchais en vain,
Je répondais du cœur, du regard, de la main.
Elle étancha le sang de ma large blessure.
Et, d'un pied chancelant que son épaule assure,
M'enlevant dans la nuit à ce champ du trépas.
Dans sa demeure obscure elle traina mes pas.
« Hélas ! c'était un pauvre et repoussant asile
Dans un lointain faubourg, sentine de la ville.
Où l'esclave, rebut des divines amours.
Disputait aux pourceaux l'aliment de ses jours;
Mais ce besoin d'aimer qu'a toute créature.
Ce réveil de mon âme à la chaste nature,
Cet amour maternel et ces baisers pieux.
Me firent préférer son toit aux toits des dieux!
Rapidement guéri par les soins de ma mère,
Détrompé de ces dieux dont le culte est chimère.
Instruit secrètement du vrai nom du seul Dieu,
Je résolus de vivre ignoré dans ce lieu.
De nourrir de mes mains, esclave volontaire.
Les vieux jours d'une femme, en travaillant la terre.
Et, pour rendre le poids des hommes plus léger.
De connaître leur joug et de le partager.
Le bruit de mon trépas couvrait mon imprudence.
Caché sous les habits d'une vile indigence, Aux derniers rangs du peuple à mon tour descendu, Parmi ces vermisseaux je restai confondu. J'y vécus de longs jours de paix et de misères. Ma mère m'enseignait à soulager mes frères, A panser leur blessure, à porter leur fardeau, A donner à leur soif l'huile ou la goutte d'eau. Pour ne pas augmenter ma misérable caste. Quoique jeune et brûlant, mon cœur demeura chaste ; Pour un amour plus saint je me sevrais d'amour. Rentré le soir près d'elle après le poids du jour, A l'abri des tj'rans oppresseurs de notre âme. Nos prières montaient de ses lèvres de femme. Elle me racontait de moins barbares mœurs. Comment elle était belle entre toutes ses sœurs, Comment vers l'Orient, aux tentes de ses pères, Tous les hommes égaux étaient amis et frères. Comment leur Dieu sans nom, un, immatériel. Ne parlait qu'à l'esprit, n'habitait que le ciel ; Comment, quoique ici-bas nommé par des paroles. Ses rites les plus purs n'étaient que des symboles ; Qu'aucun nom ne pouvait jamais le contenir; Que c'était l'outrager que de le définir; Que sa justice était sans foudre et sans colère. Et son unique encens le bien fait pour lui plaire!
« A ces saints souvenirs ensemble nous pleurions, Après des jours meilleurs tout bas nous soupirions ; Nous disions que ce crime et cette tyrannie. Ce règne du^mensonge et de la zizanie, Sans doute sur la terre était près de finir; Que nous verrions bientôt des temps plus saints venir. Et que le Dieu d'en haut, rassasié d'outrage^ Pour le rectifier briserait son ouvrage!
Puis, pour hâter des voeux l'aube des jours meilleurs, Nous versions devant lui nos âmes dans nos pleurs ! Et du fond gémissant de cette mer de crimes L'aurore à son réveil voj-aiî monter deux hymnes.
« Quand ma mère sentit son heure s'approcher. Dans le lit de sa tombe avant de se coucher. Son geste m'indiqua, sous sa natte de paille, Une pierre scellée au pied de la muraille. Vers ce trésor secret son bras nu s'étendit. Puis, d'une voix mourante et basse, elle me dit : « Quand je ne serai plus, soulève cette pierre: b. Le trésor du Seigneur est là dans la poussière! « Quand je fus enlevée aux champs de nos aïeux, « De tout ce que leur tente avait de précieux, « Comme un homme surpris cache ce qu'il dérobe, « Je n'emportai, cachés dans les plis de ma robe, « Que les feuillets épars par les anges écrits « De nos livres sacrés du père au fils appris, « Comme une voix natale aux plages étrangères « Qui m'y reparlerait des choses de mes pères. »
0 Or, les livres, enfants, c'est en effet la voix. Aux hommes d'aujourd'hui, des hommes d'autrefois Cette voix parle aux yeux dans des lignes tracées Où revivent sans corps d'invisibles pensées. Où, comme un pied humain dans le sable s'écrit. L'esprit voit à jamais les traces de l'esprit; Don des anges amis, invention féconde Qui rend l'ame mortelle immortelle en ce monde, Et par qui, des deux bords du temps, converseront Ceux qui furent un jour avec ceux qui seront!
« Prends ce livre divin, continua la femme :
« C'est l'esprit de mon père et l'ame de mon âme ;
« A la main d'un mortel c'est Dieu qui l'a dicté,
« C'est le germe enfoui de toute vérité !
« C'est le froment du ciel, c'est la semence vraie
a Dont les épis un jour étoufferont l'ivraie,
« Afin que, sous le ciel, l'héritage de Dieu
« Traverse tous les temps et s'étende à tout lieu !
« Dérobe ce trésor aux tyrans de la terre.
« Honte ! la vérité doit rester un mystère!
« Car du monde usurpé l'infâme souverain,
« Avant qu'il fût semé, foulerait le bon grain. »
Elle dit, et, fuyant ses membres de misère,
Son âme s'envola vers l'âme de ses pères;
Les ailes de la mort la ravirent aux cieux.
Je la revis du cœur en la perdant des yeux.
« Quand dans la paix des morts je l'eus ensevelie, Ma main sous son chevet prit le livre de vie. Je lus : il me semblait que des milliers de voix QjLii sortaient du passé me parlaient à la fois. Que mille vérités m'échauffaient la paupière, Et qu'un jour tout nouveau me baignait de lumière. Chaque parole était un éblouissement, Moins d'étoiles la nuit sortent du firmament; Ce livre racontait comment toutes les choses D'une parole unique étaient à l'heure écloses, La naissance de l'homme, et l'histoire des jours Qui du jour éternel jusqu'au nôtre ont leur cours. Il chantait quelquefois de saintes hymnes, comme De saints ravissements chantent au cœur de l'homme. D'autres fois, il pleurait comme une femme en pleurs Qui s'abreuve la nuit de l'eau de ses douleurs ; Et sa tristesse était si lugubre et si tendre Qu'à ses sanglots parlés le cœur se sentait fendre.
192 LA CHUTE d'uX AXGE.
Plus souvent comme un maitre il parlait à l'esprit; Et chaque mot profond au fond de l'âme écrit Était plus plein de sens que l'homme à tête blanche Dont la sagesse antique en paroles s'épanche. Tout précepte était bon, toute ligue était loi, Et l'on sentait son cœur qui l'approuvait en soi.
« Or, pour les consoler dans leurs dures misères, Je lisais quelquefois dans ce livre à mes frères, Et nous nous entourions de mystère et de nuit, De peur qu'à nos tyrans l'air n'en portât le bruit. Nous apprenions ensemble à servir, à connaître Au delà de nos dieux le seul Dieu, le seul maître ; Un de nos fers tombait à chaque vérité, Et nos soupirs du moins montaient en liberté. Ravis en écoutant la divine lecture.
Leurs fronts se relevaient de la terre à mesure. D'un regard moins servile ils regardaient leurs dieux. Ils sentaient qu'ils avaient un vengeur dans les cieux ; Et quelques mots déjà qu'ils ne pouvaient comprendre Couvaient dans les esprits comme un feu sous la cendre.
« Ces symptômes troublaient nos tyrans, effrayés De voir ces vermisseaux se dresser sous leurs pieds. Ils cherchèrent longtemps quelle sourde espérance A leurs regards plus fiers donnait cette assurance : Ils surent qu'il soufflait un vent séditieux Qui leur enflait le cœur et dessillait leurs yeux, Qu'un livre sur leur tête assemblait ces orages ; Ils jurèrent, par eux, d'en déchirer les pages, Et de persécuter par le fer et le feu Dans le cœur des mortels tout nom d'un autre Dieu. Tous ceux qu'ils soupçonnaient de connaître le livre Subirent les tourments et cessèrent de vivre;
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Sous le tranchant du fer nul ne le confessa ; De mourir pour son âme aucun ne se lassa. Mais, craignant que le nom en qui le monde espère Ne mourût à jamais avec nous sur la terre, Je m'enfuis en secret de l'infâme cité, Emportant sur mon cœur la voix de vérité; Et lassant les bourreaux qui poursuivaient ma trace, Dieu m'ouvrit cet asile, et je lui rendis grâce !
« Avec le livre saint j'habitai dans la nuit. Mais qu'est-ce qu'un flambeau, mes enfants, s'il ne luit? Que me servait de vivre éclairé de ma flamme. Si mes frères mouraient dans la nuit de leur âme. Si le nom du Très-Haut, éteint sur l'univers, Laissait le crime au trône et l'esclave à ses fers? Je voulus conserver après moi dans le monde .De ce livre divin la semence féconde; A mes frères souff"rants je voulus quelquefois Jeter de grands accents de l'immortelle voix. Afin que dans leurs cœurs un cri sourd d'espérance Leur annonçât de loin des jours de délivrance.
« Dès mon enfance instruit des arts mystérieux Qu'on enseigne dans l'ombre aux successeurs des dieux, Sachant peindre les sons et graver les paroles, Écrire pour les yeux les choses en symboles, Découvrir le métal, le tailler au ciseau. Apprivoiser la brute et fasciner l'oiseau. Par tous ces arts secrets dont j'avais l'habitude Je voulus occuper ma longue solitude :
J'aiguisai les poinçons, je forgeai les marteaux; J'amincis sous leurs coups les lames des métaux; Comme on sculpte en jouant la feuille avec l'épine. J'y sculptai sous l'acier la parole divine;
Le livre tout entier, copié par ma main.
Passa, multiplié, dans mes pages d'airain.
Mille fois je refis et refais mon ouvrage ;
Dès que ma main pieuse en achève une page.
L'aigle prend dans son bec la lame de métal:
Dirigé par mon doigt au ciel oriental.
Il franchit l'horizon sur ses ailes sublimes,
Laisse derrière lui le Liban et ses cimes ;
Attiré par l'éclat des dômes habités.
Il plane dans les airs sur ces grandes cités;
Il écoute mugir ce grand volcan des âmes.
Comme du haut d'un cap nous entendons ces lames;
Il y laisse tomber de son bec entr'ouvert
Le morceau de métal de sj-mboles couvert.
De ce livre sacré mystérieuse page.
Qui semble de Dieu même un céleste message.
Et qui, selon qu'il tombe en des bords différents,
Fait espérer l'esclave ou trembler les tyrans.
Ainsi la vérité, que par lambeaux je sème.
Dans la corruption germera d'elle-même ;
Et si je dois mourir inconnu dans ce lieu.
J'aurai derrière moi laissé ce nom de Dieu!... »
Les amants confondus écoutaient ces merveilles. Tout un monde nouveau vibrait dans leurs oreilles; N'osant s'interroger, leur timide regard
Passait du livre à l'aigle et de l'aigle au vieillard. L'image du grand Dieu qui faisait ces miracles Préparait en secret leur âme à ses oracles. Daïdha, rougissant de ses vils dieux de bois. Sous ses cheveux épars les cachait dans ses doigts ; Et Cédar retrouvait aussi Dieu dans son âme. Comme un feu dont un vent ranimerait la flamme ! Ils brûlaient tous les deux d'entendre les accents De cette voix sans bouche invisible à leurs sens. De ce livre divin où le saint solitaire Lisait les grands secrets du ciel et de la terre. Le vieillard le tenait fermé sur ses genoux; Il comprit dans leurs yeux le désir des époux, Il le leur fit baiser des yeux et de la bouche, Comme, quand on révère, on baise ce qu'on touche; Et l'ouvrant de sa droite il y lut au hasard, Ici, là, page à page^ où tombait son regard; Et sa voix, en lisant, plus grave et plus sonore, D'un ton surnaturel s'accentuait encore : On eût dit une voix de l'orgue du saint lieu Résonnant ici-bas des paroles de Dieu !