Mémoires, t. I, p
à des concessions sérieuses. Ils ne connaissaient pas encore le détail des plans de Galonné, mais ils étaient déjà certains que le désir de gagner l'opinion l'avait poussé et le pousserait encore à proposer des réformes libérales. A leurs yeux, le seul fait de la convocation des Notables devait exercer une influence salutaire sur les destinées de la France. Enfin ils comptaient sur la commotion que les esprits venaient de recevoir, pour secouer une torpeur regrettable.
Nous connaissons déjà les sentiments et les prévisions de Mirabeau. Mettons en regard les impressions d'un homme plus calme, de Bailly, le savant \ « Le vendredi 29 décembre 1786, dit-il dans ses Mémoires, je dînai chez M. le maréchal de Beauvau : ce fut le premier instant où la nouvelle d'une assemblée des Notables me parvint. J'en fus frappé. Je prévis un grand événement, un changement dans l'état de choses et même dans la forme du gouvernement. Je ne prévis point la révolution telle qu'elle a été, et je crois que nul homme n'a pu la prévoir; mais le déplorable état des finances appuyait suffisamment ma conjecture. Le besoin d'argent rendait le gouvernement faible et dépendant. Les gouvernés avaient alors un énorme avantage, dont je présumais que l'on serait assez avisé pour tirer parti. Cette assemblée de cent cinquante citoyens de toutes les classes, et des plus distingués, occupée des plus importantes affaires de TÉtat, ne pouvait manquer d'y apporter une grande réforme... Convoquée pour donner des avis et des lumières sur l'administration du royaume, elle devait naturellement réunir tous les esprits sur ce point et y porter l'attention de la nation entière. Or, quand après un long sommeil, ou plutôt après une absence, on vient à songer à ses affaires qu'on trouve fort délabrées,
i. Mémoires, édit. Berville et Barrière, t. I, p. 2.