L INCIDENT NECKER
qui pouvait à lui seul empêcher d'arriver au but. Est-ce la méthode qu'on a suivie? Est-ce la faute de Galonné si elle ne l'a pas été?
Quelque temps avant l'ouverture de l'Assemblée, Necker apprit, dit-on, que Galonné attaquait le Compte rendu. Il n'avait pas besoin de l'apprendre pour en être certain. Du moment qu'il connaissait la cause de la convocation des Notables, il comprenait qu'au sujet du déficit, de son origine et de son importance, les allégations pompeuses de 1781 seraient nécessairement vérifiées. Le 29 janvier 1787 S il écrivit à Galonné qu'il croyait avoir le droit de réclamer en faveur du Compte rendu une entière confiance, et qu'il était en mesure de fournir des pièces justificatives établissant sa complète exactitude. Galonné répondit d'une manière évasive qu'il n'avait pas l'intention d'attaquer le Compte rendu dans son discours d'ouverture, ce qui était à peu près vrai, et qu'il avait sous les yeux des pièces convaincantes ne lui laissant aucun doute, ce qui était plus véritable encore. Mais, après les séances des 22 et 23 février, Necker, blessé dans son amour-propre et prévoyant avec raison que le cours des débats contraindrait bientôt Galonné de renoncer à des ménagements impossibles, s'adressa directement au roi, « et le supplia de permettre qu'il parût avec son accusateur, en présence de Sa Majesté, devant l'assemblée des Notables, pour justifier la fidélité du compte rendu ^ » La permission lui fut refusée ; de plus, il reçut ordre de se taire. Tout le monde attribua cette double mesure à Galonné; on dit aussitôt qu'il redoutait de se trouver en face de son adversaire, et l'on en conclut que ses allégations étaient dénuées de fondement.
1. Voyez Correspondance de M. Necker avec M. de Calonne (29 janvier-28 février), BiblioUièque nationale, Lb^», n» 347.