‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 125 sur 350 · NOUVELLES CAUSES DE CONFLIT · texte numérisé non relu

NOUVELLES CAUSES DE CONFLIT

contentement. Loin de là : il eut la singulière idée de féliciter les Notables, comme si leurs délibérations, favorables à ses projets, n'eussent contenu que des objections de pure forme et qui n'atteignaient pas l'économie fondamentale de son plan. « Les objets de la première division, dit-il avec assurance, ont été examinés dans chacun des sept bureaux entre lesquels l'Assemblée est partagée : vous avez formé vos avis; Monsieur les a tous remis au roi. Sa Majesté les a tous lus, elle veut les revoir encore avec la plus grande attention, et en peser les résultats dans son conseil; elle y a trouvé ce qu'elle attendait de votre zèle... Elle a vu avec satisfaction que, en général, vos sentiments s'accordent avec ses principes ; que, vous étant pénétrés de l'esprit d'ordre et des intentions bienfaisantes qui dirigent toutes ses vues, vous vous êtes montrés animés du désir de contribuer à en perfectionner l'exécution; que vous n'avez recherché les difficultés dont elles pourraient être susceptibles qu'afm de les prévenir et de faire apercevoir les moyens de les éviter ; enfin, que les objections qui vous ont frappés, et qui sont principalement relatives aux formes, ne contrarient pas les points essentiels du but que Sa Majesté s'est proposé, d'améliorer les finances et de soulager les peuples par la réformation des abus. » Tel est du moitis le texte, publié après coup sur les indications de Galonné, et qui n'est peut-être qu'une version revue et corrigée du discours réellement prononcé . Durant le cours de la séance, aucun des membres présents n'osa interrompre Galonné. Dès qu'elle fut levée, les bureaux se réunirent, et chacun d'eux décida de rédiger une protestation énergique, résumant les délibérations prises, montrant qu'elles portaient sur le fond des projets ministériels et que, au lieu de les approuver, elles lui étaient absolument contraires, en un mot, accentuant par de nouvelles

attaques le conflit dont Galonné avait essayé de dissimuler l'existence. En vain Galonné, averti, soutint que le sens et la portée de ses paroles, inexactement retenues, avaient été mal Interprétés. Les bureaux demandèrent communication immédiate du discours et surtout du malencontreux passage qui causait leur émoi. De son côté, Galonné, en déférant à leur demande, eut soin d'adresser à Monsieur le billet suivant ^ : « Monseigneur, j'ai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse sérénissime le discours qu'elle m'a témoigné le désir d'avoir, c'est-à-dire le commencement de ce que j'ai prononcé à la séance de lundi dernier, qui est la seule partie que j'eusse écrite et que j'avais soumise au jugement du roi avant l'Assemblée. La copie que j'ai l'honneur de vous envoyer est littéralement conforme à celle qui est restée entre les mains du roi, et Sa Majesté, qui l'a relue mot à mot, depuis qu'elle a su les doutes de l'Assemblée, m'a dit hier qu'elle n'y avait rien trouvé qui ne fût exact et conforme à ses intentions. » Ici, comme de coutume, Galonné essayait de s'abriter sous le couvert de la volonté royale : comme de coutume, ses adversaires n'en tinrent aucun compte. Les protestations furent définitivement arrêtées par les bureaux ; et, pour calmer leur irritation toujours croissante, le roi fut obligé de prescrire qu'elles seraient transcrites intégralement à la suite du procès-verbal de la séance du 12 ^

Malheureusement, cette concession n'arrêta pas les progrès de l'esprit d'opposition systématique, qui s'emparait des notables. Parmi les mémoires de la seconde

1. Archives nationales^ K, 677. Le billet de Galonné porte la date du 14 mars 1787.

2. Cette permission fut notifiée aux Notables par Monsieur, qui transmit à chaque bureau un billet ainsi conçu : « Le roi a ordonné que les arrêtés des bureaux, sur ce qui s'est passé à la séance du 12, seront mis à la suite du procès-verbal de la même séance. Pour copie : Louis- Stanislas-Xavier. » Archives nationales, li, 677.

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