Mémoires de Weber, p
2. Extrait de l'Avertissement placé à la tête de la collection des Mémoires présentés à Vass. des Notables, Versailles, imprimerie de Pierre, 1787, in-4'', pièce de 4 pages. La Bibliothèque nationale en possède un exemplaire, catalogué Le^», n» 9.
l'avertissement de gerbier 187
cette forme inusitée jusqu'alors, dans un pays accoutumé au régime du silence absolu, l'avertissement a pris le caractère d'un manifeste. Il a eu le retentissement d'un « cri d'insurrection, adressé au tiers contre les ordres privilégiés •; » et ce cri, par qui était-il proféré? Par un ministre d'État, agissant au nom du souverain. C'était le roi lui-même qui semblait dénoncer à la nation l'égoïsme des privilégiés, comme le seul obstacle au succès d'indispensables réformes.
En réalité. Galonné n'avait pas manqué de s'assurer, avant d'agir, la garantie de l'approbation royale *. Profondément jaloux d'un pouvoir dont il faisait si peu d'emploi, Louis XVI était très irrité contre les Notables. Leur opposition imprévue affectait à ses yeux les allures d'une révolte. Malgré ses préventions à l'égard de Galonné, Marie-Antoinette n'était pas moins mécontente. Elle sentait instinctivement que des attaques si vives et si opiniâtres, bien que dirigées en apparence contre un ministre seul, atteignaient l'autorité de la couronne et compromettaient son prestige. Entraînés par ces impressions passagères, le roi et la reine ne virent aucun inconvénient à « tirer parti, contre les premiers ordres, de ce tiers état silencieux et docile, qui semblait ne pouvoir jamais devenir redoutable à la cour ^, » Malheureusement, cette pensée féconde était si contraire aux habitudes de leur esprit qu'ils ne devaient pas s'y arrêter longtemps. Une femme comme Marie Thérèse en aurait fait la base d'une nouvelle politique. Sa fille n'y trouva que le moyen de satisfaire un instant de dépit; et Louis XVI, incapable d'une résolution suivie,