Archives parlementaires, t. I, p
tenter de détails sommaires, choisis avec prudence, je ne dirai pas entre les plus sûrs, mais seulement entre les plus probables.
Galonné s'était trompé, quand il avait cru voir, dans la punition de Miromesnil, un succès personnel, une marque de faveur, qui lui promettait de nouveaux avantages. La décision de Louis XVI prouvait uniquement que ce prince demeurait attaché aux plans qu'il s'était appropriés par son adhésion et dont il persistait à poursuivre l'accomplissement. S'il a frappé Miromesnil, c'est qu'il a considéré les manœuvres du garde des sceaux comme étant plutôt dirigées contre les réformes que contre le réformateur; et il n'a pas voulu souffrir que ses propres desseins fussent combattus par un de ses ministres. De même, s'il a pris Lamoignon des mains de Galonné, c'est afin d'être assuré que le nouveau venu ne partageait pas les répugnances de son prédécesseur. Mais, depuis quelque temps, Louis XVI avait contracté Thabitude de distinguer entre la personne et les projets de contrôleur général. Il écoutait volontiers les clameurs qui reprochaient à Galonné sa conduite agressive vis-àvis des Notables, ou qui incriminaient les désordres de son ancienne administration. Averti de cette tendance, Brienne sut l'exploiter habilement. Il ne se borna pas à faire circuler parmi les membres de l'assemblée un mémoire anonyme \ dans lequel il dénonçait les dilapidations et les déprédations de son rival. Il trouva moyen de remettre à Louis XVI des notes confidentielles, inspirées par le même esprit, conformes à la même tactique. Loin d'attaquer les plans si chers au roi, il en reconnaissait le mérite : il se déclarait prêt à les suivre. Il n'insistait que sur les fautes personnelles de Galonné et laissait deviner qu'une prompte disgrâce était le seul
1. Voyez sur ce mémoire les détails que fournit Galonné dans sa /Jequéte au roi, p. 15 Qtpassim.
moyen d'obtenir une solution favorable. Ainsi préparé, le terrain facilitait la défense de Breteuil. Lui aussi ne critiquait pas les projets approuvés par son maître. Il n'en voulait qu'à la conduite d'un collègue indigne et dont le maintien lui semblait contraire au bien public. Les secours et les appuis ne lui manquèrent pas. Jamais la reine n'avait pardonné à Galonné son élévation. Jamais elle n'avait renoncé à pousser Brienne au pouvoir. Outre son affection pour Breteuil, elle avait un double motif d'intervenir et saisit l'occasion avec un rare empressement. Il y avait d'ailleurs aux affaires étrangères, à la place de Vergennes, un nouveau ministre, qui, sans se mêler d'aucune intrigue, suivait avec douleur les progrès de l'effervescence générale, et souhaitait secrètement la rentrée de Necker, qu'il estimait sans le connaître. M. de Montmorin se chargea de faire la leçon à Marie-Antoinette. Il lui représenta « que le ministre, qui venait d'exciter tant de ressentiments, ne pouvait pas rétablir les affaires ; que le succès même de ses projets, si on les jugeait utiles, exigeait sa retraite; et qu'il n'y avait pas de danger qu'on ne fût fondé à craindre de sa présence K » Dans la bouche de la reine, ces arguments touchèrent le roi, dont ils flattaient les dispositions préconçues ; et voilà comment la chute de Galonné suivit d'aussi près celle de Miromesnil.
Malgré ce premier succès, la reine se garda bien de démasquer toutes ses batteries. Satisfaite de la perte de Galonné, elle n'essaya pas de conquérir immédiatement pour son protégé la place qui devenait vacante. L'esprit du roi n'était pas suffisamment disposé en faveur de Brienne ; l'opposition des neckéristes était encore redoutable. On chercha un homme insignifiant, qui consentît à accepter provisoirement le titre et ne demanderait pas