‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 139 sur 350 · Mémoires de Besenval^ t. III, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Besenval^ t. III, p

Quel qu'en soit Fauteur, le discours du roi paraît exempt de reproches. Il est conciliant sans faiblesse. « J'ai déjà examiné, dit Louis XVI aux Notables, une partie des observations que vous avez faites, et je donnerai à toutes la plus sérieuse attention. » Gomme exemple de sa bonne volonté, il annonce la préparation d'une loi sur les assemblées provinciales, dans laquelle il s'empressera de déférer aux désirs de l'Assemblée. Puis il aborde la question brûlante, celle qui regarde le clergé et le remboursement de ses dettes. Là, il s'empare habilement de quelques déclarations plus généreuses en apparence qu'en réalité, et, sans abandonner le fond des projets de Galonné, il laisse entrevoir quelques concessions possibles sur le moyen de les réaliser. « Je suis content, dit-il, de l'empressement avec lequel les archevêques et évéques ont déclaré ne prétendre aucune exemption pour leur contribution aux charges publiques, et j'écouterai les représentations de l'assemblée du Glergé sur ce qui peut intéresser les formes et sur les moyens qu'elle me proposera pour le remboursement de ses dettes. » Quant au déficit, personne ne saurait en contester l'existence. « Vous en verrez la malheureuse réalité par les états qu e j'ai ordonné qui fussent remis aux présidents des bureaux. » Ainsi constaté par des preuves irréfragables, le désordre des finances appelle un prompt remède. « Je suis fermement résolu, dit le roi, à prendre les mesures les plus efficaces pour faire disparaître le déficit annuel et pour empêcher qu'il ne se reproduise dans aucun autre cas. » Il est vrai que différents projets, tendant à en réduire le chiffre, ont été déjà soumis à l'examen de l'Assemblée. Deux autres vont passer sous ses yeux. Mais, continue Louis XVI, « tous ces moyens réunis n'étant pas suffisants, le dernier moyen et celui qui me coûte le plus à prendre est celui d'une augmentation d'imposition sur les terres; la seule manière de le rendre moins

à charge, et qui a été déjà sentie par l'Assemblée, est de la répartir avec la plus grande égalité, et qu'elle soit supportée par tous les propriétaires sans aucune exception. » En somme, Louis XVI n'abandonnait pas le principe fondamental posé par Galonné, et, de la part d'un prince plus énergique, de telles déclarations auraient suffi pour attester sa juste persistance.

Si le discours du roi était irréprochable, on n'en dira pas autant de celui que prononça ensuite le garde des sceaux et qui contenait les paroles suivantes, adressées aux Notables : « Vous n'étiez pas et ne pouviez pas être instruits du véritable état des affaires. Vous avez dû faire ce que vous avez fait, élever des doutes, proposer des objections, demander des éclaircissements... Vous auriez trahi tout à la fois et vos devoirs et le vœu de Sa Majesté, si, dans cette circonstance, vous eussiez manqué de ce noble courage qui tient à la fidélité du sujet, comme au patriotisme du citoyen. Sa Majesté comptait sur votre zèle et votre loyauté; elle a vu avec la plus vive satisfaction que son attente n'a point été trompée. » N'était-ce pas aller trop loin dans la voie de la conciliation que d'approuver aussi formellement l'opposition systématique et passionnée des Notables? A qui Lamoignon espérait-il persuader que Louis XVI avait reçu « avec la plus vive satisfaction » les témoignages du zèle et de la loyauté d'une Assemblée qui, jusque-là, négligeant les intérêts de la monarchie, n'avait eu d'autre souci que la défense de ses intérêts de caste ! Les paroles que nous regrettons d'avoir à reproduire semblent si évidemment contraires à la vérité qu'on serait tenté d'y voir une ironie de mauvais goût. Ce n'était que la faiblesse d'un parlementaire, nouvellement promu à la tête de la magistrature et qui, pour se faire bienvenir, captait sans retenue les suffrages de ses anciens collègues. Malheureusement l'effet de cette faiblesse rejaillissait jusque sur le roi, qui

devait connaître d'avance le discours de son garde des sceaux et qui avait eu le tort de Fautoriser. Besenval garde le silence sur cet incident fâcheux, parce qu'il est l'ami de Lamoignon, qu'il s'attribue l'honneur d'avoir le premier signalé au choix de Galonné. Mais l'inconvenance d'un pareil langage était plus propre à déconsidérer la royauté que les cajoleries trop empressées de Marie-Antoinette.

Dès le lendemain, les bureaux recommencèrent à délibérer. Ils n'avaient rien changé de leurs habitudes, ni rien abandonné de leurs prétentions. La communication des états de recettes et dépenses, tardivement permise par le roi, leur parut incomplète. Ils se plaignirent qu'on en avait distrait ce qu'on ne voulait pas leur laisser connaître. A chaque instant, ils tourmentaient de leurs questions le pauvre Fourqueux, qui n'avait aucune expérience des affaires et se trouvait dans l'impossibilité de répondre. Ils sollicitaient avec lui des .conférences inutiles *, et, pour suppléer à sa nullité, ils consultaient les anciens employés du contrôle général, dont ils pensaient tirer un peu plus de lumières. Enhardis plutôt qu'apaisés par le renvoi de Galonné et les autres concessions qu'ils venaient d'obtenir, ils s'éloignaient sans cesse de l'objet principal de leur mission. Bientôt, ils se crurent permis de réformer à leur façon la vieille royauté, et caressèrent l'idée d'une prochaine convocation des États généraux.

Un auteur ordinairement bien informé cite à cet égard une anecdote dont tous les détails ne sont peutêtre pas vrais, mais dont l'ensemble coïncide avec les dispositions avérées des Notables ^ D'après lui, Lafayette, témoin du mouvement qui s'opérait dans l'esprit de ses

1. Voyez Collection de la Bibl. nat., Le^i, n» 7; sixième portefeuille, pièce n» 12.

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