‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 156 sur 350 · Eodem, p · texte numérisé non relu

Eodem, p

fussent. » N'est-ce pas là un trait caractéristique? Les parlementaires de 1787 arrivant à ériger en vertu, en veilu essentielle, la déplorable manie trop connue sous son vrai nom d'opposition systématique I Geiie cYmpo^ition d'esprit, dont l'origine remontait aux luttes de k régence, se transmettant et dégénérant d'âge en âge, était devenue générale au sein du parlement. Elle règne dans la grande chambre, comme à celle des enquêtes. Sans doute les vieux magistrats sont moins emportés; ils montrent plus de scrupules dans l'emploi des moyens : quelques-uns se laissent ébranler ou séduire. En définitive, tous sont atteints de la même contagion. Tous se font honneur de créer des obstacles à la marche du gouvernement et de saper l'autorité royale, sous prétexte de ne combattre que le despotisme ministériel.

S'ils sont d'accord sur ce point, ils se divisent sur tous les autres K Gomme aujourd'hui dans nos assemblées délibérantes, on distingue parmi eux une droite et même une extrême droite, un centre, une gauche et même une extrême gauche. La droite se compose des réactionnaires, aussi passionnés dans leur sens que les radicaux dans le sens opposé. Ce sont les ultras de l'époque. En affaiblissant la royauté, ils n'ont d'autre but que celui d'augmenter la prépondérance de leur corps, et ils ne tiennent tant à cette prépondérance qu'afin de mieux protéger les institutions aristocratiques et féodales pour lesquelles ils professent' un véritable culte. Le centre est peuplé de graves et dignes magistrats, qui' n'eussent mérité que des éloges, si eux aussi ne s'étaient

4. Pour se faire une idée exacte des opinions entre lesquelles se divisait le parlement de Paris, et des principaux membres qui représentaient chacune d'elles, il est indispensable d'ajouterau.v renscigtienients fournis par Sallier ceux que contient le second chapitre des Mémoires (le Weber, passitHy et ceux qu'on trouve dans le Mémoire de M. de Barentin, publié par M. E. Bavoux, pages 87 et suiv., texte et notes.

laissé entraîner par l'esprit de corps et par les excitations de leur entourage. Quant à la gauche, elle réunit la presque totalité des jeunes gens, imbus des idées nouvelles, sympathiques aux réformes, et ne reculant même pas devant l'éventualité d'une révolution, dont ils étaient loin de soupçonner les horreurs. Le type des représentants de l'extrême droite est Duval d'Eprémesnil, « cet homme qui ne manquait ni de talents, ni de lumières, ni de courage, mais si ardent, si tourmenté du désir de la célébrité, si infatué des prétentions chimériques de son corps; qui devait être successivement l'injuste détracteur de la noblesse et de la royauté, puis le flatteur pernicieux de Tune et de l'autre, puis la déplorable victime de ses excès dans tous les sens \ »

A la tête des modérés du centre brillent les d'Ormesson, les Bochard de Saron, les d'Oultremont et d'autres noms connus. Enfin, la gauche compte parmi ses adeptes Robert de Saint- Vincent, Fréteau de Saint- Just, et surtout Adrien Duport, le futur fondateur de la société des Jacobins. Ceux-là méritaient d'être désignés comme les chefs de « la faction américaine du parlement de Paris ^ ».

Un détail montrera quelle influence ce dernier élément exerçait déjà sur la conduite de la compagnie tout entière. Quand Lafayette revint d'Amérique ^ salué par les transports d'un enthousiasme indescriptible, « on vit la jeune et bouillante magistrature des enquêtes du parlement de Paris rerchercher le compagnon d'armes et le disciple chéri de Washington, rêver même aux moyens de se l'associer. Il est constant qu'il y eut des démarches faites pour que le marquis de Lafayette fût conseiller d'honneur au parlement de Paris. Sans doute

Page 1