‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 160 sur 350 · MÉTHODE SUIVIE PAR BRIENNE · texte numérisé non relu

MÉTHODE SUIVIE PAR BRIENNE

sein du conseil, Lamoignon se prononça résolument pour une séance royale et Tenregistrement simultané des édits *. Mais les décisions à prendre dépendaient surtout de Brienne, qui hésita quelques jours et finit par adopter un avis entièrement opposé à celui de son collègue. Il n'avait ni l'esprit ferme, ni le coup d'œil sûr. Volontiers, il cherchait le succès dans les combinaisons mesquines d'une vulgaire finesse. Cette fois, il s'imagina qu'en louvoyant, en flattant l'opinion, en négociant avec les magistrats, en présentant tour à tour chacun des édits à l'enregistrement volontaire, en commençant par les moins discutables, par ceux que les Notables avaient le moins mal accueillis, il arriverait au but, lentement mais sûrement.

Louis XVI n'était que trop disposé à l'approbation d'une méthode qui le dispensait de jouer un rôle personnel et de faire un acte public d'autorité. Quant à la reine, son caractère l'eût portée à préférer la fermeté de Lamoignon, si Brienne n'eût alors possédé sa pleine et entière confiance. Elle lui supposait de hautes capacités. D'ailleurs, elle venait de le pousser à la tête des affaires et tenait à l'y soutenir. Loin de contrarier ses vues, elle affecta de les appuyer, et, devant cette double adhésion, le garde des sceaux s'inclina. A la cour 2, on fut surpris de voir Brienne faire un si piètre usage du pouvoir que la reine livrait à sa disposition. Avec elle, il pouvait, disait-on, agir en maître absolu, et voilà qu'en face du premier obstacle il n'osait pas essayer ses forces. Dans le public, la déconvenue ne fut pas moindre. On commença de soupçonner que ce prélat si vanté, si choyé, pourrait bien n'être pas à la hauteur des circonstances. En tout cas, l'occasion perdue ne de-

1. Droz, Histoire de Louis XVI, t. H, p. 2; soulement Droz n'iudique pas sur quelle autorité il se fonde.

Page 1