HÉSITATIONS ET FAIBLESSES DU GOUVERNEMENT
pensable, « pour le maintien de son autorité, pour la gloire de son règne, pour le rétablissement de ses finances ». On dirait qu'aux yeux des magistrats l'autorité royale est condamnée à périr si la nation, réunie en États généraux, n'intervient pour la sauver et lui rendre une nouvelle existence.
Gomment veut-on que la Révolution n'éclate pas à bref délai, dans un pays où les cours souveraines de justice se permettent un tel langage? Comment veut-on que la France ne finisse pas par exiger une représentation régulière, quand ceux, qui se disent les gardiens des lois constitutionnelles, la poussent à en réclamer le bénéfice, lui en garantissent le droit, lui en démontrent l'urgence? Et Louis XVI écoute impassible, sans protester à son tour, sans témoigner le moindre mécontentement, la moindre impatience! Du moment que le roi se tait, personne autour de lui n'ose prendre la parole. On procède aux vaines formalités de l'enregistrement officiel, comme si le parlement ne venait pas d'annoncer quel compte il avait résolu d'en faire. Puis le président d'Aligre, à la tète de sa compagnie, sort avec les honneurs de la séance ! Au fond de son exil, le chancelier Maupeou dut tressaillir. Il n'était que trop vengé de l'ingratitude royale.
On conçoit à la rigueur que ceux des conseillers de la couronne, qui assistaient au lit de justice, aient été surpris par les incartades du parlement et paralysés par l'apathie de Louis XVI. Il est plus difficile de comprendre, qu'au sortir de la séance, les ministres, réunis en conseil, n'aient pas senti et fait sentir au roi la nécessité de sévir immédiatement et de couper court à un
désordre devenu intolérable. S'il faut en croire la plupart des historiens, Brienne se berçait d'une illusion singulière; il croyait que les magistrats ne résistaient que pour sauvegarder leur amour-propre, et qu'après quelques démonstrations plus bruyantes que sérieuses, ils viendraient facilement à résipiscence. Dominée par lui, la reine partageait cette incroyable erreur. Chaque jour, elle répétait à ses familiers que le parlement allait changer de conduite et que le conflit ne tarderait pas de s'apaiser. Dans ces conditions, une politique expectanle offrait peut-être quelques avantages. Mais la conduite du parlement ne changeait pas. Dès le 7 août, les chambres, revenues à Paris, s'assemblèrent au Palais. Elles ne se bornèrent pas aux protestations générales usitées en cas d'enregistrement forcé. « Vingt avis furent ouverts... et entre autres celui de défendre l'exécution des édits par un arrêt. Cette mesure fut cependant regardée comme trop tranchante, et on crut user de modération en déclarant nulles et illégales les transcriptions ordonnées être faites sur les registres, sauf à reprendre la délibération dans huitaine ^ » Avec la meilleure volonté du monde, il n'y avait plus moyen de se méprendre sur le caractère d'une persistance aussi marquée. Et pourtant l'autorité royale continue à ne pas sévir.
Ici se place un incident qui nous découvre des aperçus nouveaux sur les motifs d'une telle inertie. Aussitôt que la nouvelle de l'arrêté du 7 parvint à Versailles, l'exil du parlement avait été résolu ^ Les lettres de cachet, préparées avec la date du jour et le nom de la ville de Sens comme indication de lieu, devaient partir le soir même. Au dernier moment, elles furent arrêtées par une haute influence qu'on dit être celle de Ma-