‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 181 sur 350 · Lettre au major de Mauvillon, du 2 septembre · texte numérisé non relu

Lettre au major de Mauvillon, du 2 septembre

'2. Voyez chapitre IX, § 4, une lettre de Lafayette, dans laquelle il raconte que, du moment où il apprit l'abdication des cours souveraines, il n'hésita pas à conseiller la convocation des Etats généraux, et dans laquelle il expose les avantages qu'eût offert ce système.

des expédients. Si donc la royauté ne se sentait pas la force de recourir au premier, il fallait qu'elle se décidât à subir le second; ou si le second lui inspirait trop de répugnance, elle n'avait d'autre ressource que de tenter un effort suprême en vue de la restauration du premier.

Malheureusement, les membres du conseil étaient loin d'être d'accord entre eux. Nous en avons eu déjà la preuve; nous la rencontrerons encore plus d'une fois. Leurs dissentiments augmentaient leur embarras, et rendaient presque impossible l'adoption de mesures énergiques. D'un autre côté, le roi n'était pas plus favorable aux réformes constitutionnelles qu'aux coups d'État despotiques. A de telles dispositions d'esprit, le régime des expédients était le seul qui convint et ce fut aussi le seul qui prévalut. On se leurra de l'espoir que les magistrats finiraient par se fatiguer d'une lutte sans issue; qu'ils ne tarderaient pas à regretter le séjour de Paris, et qu'on parviendrait, sans trop de peine, à traiter avec eux sur des bases raisonnables. C'est ainsi que fut résolue la translation du parlement- à Troyes.

Trois jours après, le 17 août, les deux princes, frères du roi, furent chargés d'aller à Paris faire enregistrer les édits du timbre et de la subvention territoriale. Monsieur, par la Cour des comptes, et le comte d'Artois par la Cour des aides. Rien n'obligeait à cette démarche, et l'état des esprits conseillait plutôt de s'abstenir ou de différer. Depuis le départ du parlement, le Palais de justice était devenu le théâtre de troubles continuels. Les hommes de loi, que ce départ condamnait â l'inaction, les clercs de la basoche, toujours en quête de bruit

et de scandale, les oisifs, les curieux, s'entassaient dan& les salles vides et se livraient à tous les excès d'une foule abandonnée à elle-même. La police, qui n'avait pris aucune précaution pour empêcher ces rassemblements, n'essaya pas de les disperser. Il était facile de prévoir que la venue des princes allait donner matière à un surcroît de désordres.

Monsieur s'était rendu populaire par le rôle qu'il avait joué à l'assemblée des Notables. Il passait pour n'ap« prouver « ni les principes ni la conduite de l'administration S » et, comme s'il eût voulu justifier les suppositions publiques, il « vint à la chambre des comptes avec une contenance triste et une physionomie accommodée aux circonstances ^ ». La foule, répandue sur son passage, lui sut gré « de cette déférence et lui prodigua ses applaudissements ». Il ne trouva non plu& que des témoignages de sympathie respectueuse, au sein de la Cour des comptes. Mais le succès personnel, qu'il obtint, n'atténua guère les dispositions hostiles des magistrats. Ils avaient protesté avant son arrivée contre ce qui allait se passer, ils renouvelèrent leurs protestations % après son départ, et le premier président, M. de Nicolai , organe de leurs pensées , lui adressa un discours, que n'eussent pas désavoué les pires déclamateurs du parlement *. « J'obéis, Monsieur, à l'ordre exprès du roi, mon seigneur et maître; les cours soumises respectent l'autorité : elles demanderaient à la bénir.,. Mais, après cinq années de paix, après avoir épuisé la confiance et le crédit, après avoir étendu les emprunts, augmenté les impôts, com-

Page 1