‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 196 sur 350 · LE PARLEMENT DE PARIS A TROYES · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT DE PARIS A TROYES

Royal pour leur lieu de ralliement. Le duc d'Orléans fit afficher que les privilèges des habitants, renfermés dans son enceinte, étaient suspendus. Il y appela lui-même des troupes pour disperser les rassemblements. Il fit plus : il porta au roi un mémoire, dans lequel il lui demandait de ne pas laisser le bien de son service et la tranquillité de son état dépendre de la mobile succession des ministres et de la diversité de leurs caractères, mais d'établir dans chaque département un conseil, dont la permanence garantît la stabilité des principes et la continuité ainsi que l'unité des opérations. Le roi remercia le duc d'Orléans de son zèle, et créa bientôt après deux conseils pour le département de la guerre et pour celui de la marine. Quelle fatalité horrible, quel génie de crime et de malédiction vinrent donc ensuite établir une division aussi désastreuse, là où régnait alors une si salutaire union? » Il y a là un problème historique que nous laissons à d'autres le soin de résoudre. Toujours est-il qu'à ce moment Tétat passager des esprits aurait permis au ministère de tenter un coup de vigueur, s'il avait eu la moindre velléité de suivre une politique plus résolue ^

Malheureusement, Brienne succombait sous le fardeau d'embarras pécuniaires, contre lesquels il se débattait en vain. Sans avoir plus de scrupules que Galonné, il était loin de posséder son habileté pratique, sa connaissance des « expédients secrets » et son sang-froid inaltérable. Ajoutez que la situation s'aggravait de plus en plus. Aussitôt que Brienne jugea l'occasion propice, il

1. Il ne faut pas oublier que Malesherbes faisait toujours partie du ministère et qu'il y représentait les idées de conciliation, pour ne pas dire de faiblesse quand môme. Voyez Droz, Ilist. de Louis XVI, t. II, p. 61 et suivantes. Brienne avait beau se parer du titre de ministre principal, il ne pouvait empêcher Louis XVI d'accueillir les mémoires et d'adopter les idées de Malesherbes. Gela seul suffisait pour rendre impossible une attitude énergique.

s'empressa de chercher une planche de salut dans l'ouverture de négociations avec le parlement, qui, de son côté, ne demandait pas mieux d'en finir.

Le plus grand tort de Brienne fut de conduire cette affaire en homme trop ouvertement désireux de la terminer à la hâte. Il ne tira parti d'aucune des circonstances favorables qui lui assuraient un surcroît de force. Le peu d'énergie dont il était capable semble s'être épuisé dans les sévérités apparentes de l'arrêt du conseil. « En menaçant, il avait peur K » Mais surtout il laissait trop apercevoir combien il tenait à se procurer un remède, un palliatif quelconque aux maux de la crise financière. C'est lui qui, le premier, fit témoigner aux magistrats des intentions conciliantes ^ A la vérité, le roi, suivant les inspirations de Malesherbes, avait déjà, dans une réponse officielle aux remontrances de la Cour des aides, manifesté le dessein de suspendre l'exécution des édits. Quel qu'en soit l'instigateur, nul doute que les avances ne soient venues du gouvernement : le parlement n'eut qu'à les accueillir. Autorisé par elles, il députa le président d'Aligre à Versailles, sous prétexte de représenter au roi les inconvénients de la translation, au point de vue des besoins de la justice. Sa véritable mission était de sonder les intentions du ministère, de s'aboucher avec lui. Voici, d'après Sallier, quelles furent les suites de cette démache. On n'en connaît pas de récit plus complet ni plus digne de confiance.

« Le ministre ^ proposait de retirer les édits, et,

Page 1