‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 197 sur 350 · Annales françaises, p · texte numérisé non relu

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RENTRÉE DU PARLExMENT 315

pour toute compensation, d'autoriser de nouvelles vérifications pour l'assiette des vingtièmes, d'assujettir le clergé à cet impôt, et de proroger pour deux années le second vingtième, qui aurait dû cesser en 1790. Un édit fut dressé en conséquence et apporté à Trojes par un courrier qui suivit le premier président. Loménie ne doutait pas que de telles offres ne fussent acceptées : et effectivement, si elles étaient encore susceptibles de quelques critiques, elles annonçaient une modération qui devait promptement rétablir l'harmonie ; mais ceux qui he voulaient pas de paix parvinrent à les faire rejeter. Les principaux du parlement, qui furent consultés, persistèrent à exiger une révocation pure et simple des deux impôts; et, au lieu de porter l'édit aux chambres assemblées, le premier président le renvoya à Versailles avec les observations qui en motivaient le refus. Il était vraisemblable que toute négociation allait être rompue; mais on fut bien surpris devoir, au bout de quarante-huit heures, le même courrier de retour avec l'édit tel qu'on l'avait demandé, si ce n'est cependant que l'on y conservait la prorogation du second vingtième, à laquelle le principal ministre déclarait fermement qu'il ne renoncerait pas. Quelques-uns saisirent encore cette réserve pour tenter de prolonger la discorde. Ils ne cessaient de répéter que la prorogation d'un impôt équivalait à la création d'un impôt nouveau; que le parlement, s'étant déclaré incompétent pour en accorder, ne pouvait, sans inconséquence et déshonneur, accepter une proposition qui le mettait en contradiction avec luimême. Mais la majeure partie du parlement montra plus de sagesse. On considéra que les sacrifices de la cour en exigeaient nécessairement de la part des magistrats; qu'une concession légère, exigée pour l'honneur du ministère et môme de la dignité royale, ne devait pas être refusée. Le sort de la France semblait être entre

les mains du parlement. Il ne pouvait pas se dissimuler les désordres affreux qui eussent été la suite d'une résistance portée à l'extrême. Il devait craindre d'irriter la toute-puissance et de provoquer son désespoir et sa vengeance. Des considérations aussi puissantes furent appréciées des hommes animés de véritables sentiments d'amour du bien public. D'Éprémesnil, en qui les enquêtes avaient une confiance entière, se rendit et entraîna tout le parlement. La faction fut réduite au silence, et l'édit fut enregistré à l'unanimité, sans réserves et sans modifications, mais seulement avec un arrêté, que le gouvernement était convenu de ne pas désapprouver, pour qu'il fût permis au parlement de se rendre compte à lui-même des motifs d'une résolution opposée aux principes qu'il venait de proclamer d'une manière si éclatante et si absolue. »

Tels sont les faits racontés par Sallier. Il importe de les examiner avec soin, non pour en rectifier les traits principaux, qui paraissent exacts, mais pour en déterminer plus nettement le caractère et la portée. Quel est d'abord, quel est au juste cet édit de septembre 1787, enregistré à Troyes le 19, et qui servit de base à la trêve conclue entre la royauté et le parlement de Paris?

Trois mois plus tôt, Brienne n'aurait surpris personne, en renonçant volontairement au projet d'impôt territorial, et en conservant les vingtièmes, sauf à les étendre sur toutes les propriétés sans exception. Galonné luimême avait eu cette pensée. S'il ne s'y était pas arrêté, c'est, qu'il avait cru plus facile de bien répartir un impôt nouveau que d'améliorer la répartition vicieuse d'un impôt ancien. Au fond, les vingtièmes, soumis aux mêmes règles d'égalité que l'impôt territorial, atteignaient le même but et produisaient à peu près le même chiffre. Seulement, puisqu'on avait suivi le système de Galonné, puisqu'on l'avait déclaré préférable, puisqu'on

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