PRÉLIMINAIRES DE LA SÉANCE ROYALE
hors, et l'opinion publique les avait accueillies avec une défaveur marquée. Elle n'y voyait qu'un moyen assuré à la cour de continuer ses folles dépenses, d'augmenter le fardeau des charges financières, et d'échapper au moins pour cinq années au contrôle du parlement K La promesse annoncée des États généraux ne consolait personne de cette triste perspective ; le terme en était si lointain - qu'elle n'inspirait aucune confiance. Cette opinion, partout répandue, ne pouvait manquer d'ébranler des magistrats qui avaient l'habitude de tenir compte, et même trop de compte, du sentiment populaire. D'ailleurs, celui qui les avait entraînés dans les voies de la conciliation était lui-même bien changé. Sallier, son collègue et ami, dont le témoignage m'inspire ordinairement tant de sécurité, a donné, de cette nouvelle métamorphose, des motifs tellement invraisemblables, que j'hésite à les reproduire. Selon lui, Brienne et Lamoignon auraient eu le tort de répondre aux avances de celui qui venait de leur tendre une planche de salut, par une « perfidie » aussi maladroite qu'odieuse. « Sachant, ditil S combien le parlement était ombrageux sur les communications de ses membres avec les ministres, ils fiffectent de publier la visite de d'Éprémesnil ; ils font répandre que, accessible à l'ambition, il a renoncé à la gloire stérile que lui avaient value ses succès dans le parlement; que, s'il y reste encore un moment, c'est dans la vue de servir le ministère, et que, pour prix de sa conduite, il a reçu la promesse d'une charge de maître des requêtes et d'une intendance K » Quel eût été, je le
1. Thuau-Granville, Introduction au Moniteur y Archives parlementaires, t. I, p. 261.