Annales françaises, p. H
3. Il est parfaitement possible que quelque parlementaire, jaloux ou ennemi de d'Éprémesnil, ait répandu ces bruits, comme venant du ministère. C'est ce qui a trompe Sallier. Mais cela ne prouve nullement que le minisltre fût en elFet coupable.
demande, le but d'une si lâche trahison? Tant que les édits n'étaient pas enregistrés, le concours de d'Éprémesnil était trop précieux, trop nécessaire, pour que dés hommes de bon sens songeassent à l'aliéner de gaieté de cœur. Au surplus, sa conduite s'explique par des raisons fort simples. Il n'avait pu voir sans peine ses propositions, d'abord acceptées avec enthousiasme, subir peu à peu des modifications profondes, qui en altéraient la physionomie primitive. S'il est vrai que Lamoignon lui ait promis de se montrer dans la forme aussi conciliant que dans le fond, il dut éprouver encore un cruel mécompte, le jour où il apprit la convocation d'une séance royale qui menaçait de dégénérer en lit de justice. Et puis, il n'était pas seulement « tourmenté du désir de la célébrité », il avait surtout la passion, la manie de la popularité. Dès qu'il vit l'opinion publique se prononcer contre les édits, il regretta d'en avoir pris l'initiative, et résolut de modifier son attitude. A partir de ce moment, il tourna contre le ministère l'ardeur exubérante qu'il mettait naguère à son service. Au lieu de lui recruter des partisans, il s'efforça de lui susciter des adversaires. La tâche devenait de plus en plus facile. Chaque minute augmentait les germes de mécontentement et fournissait des armes à l'opposition. Il n'y avait pas de magistrat honorable qui ne fût indigné de cette convocation subreptice, honteusement imaginée pour éloigner un certain nombre de leurs collègues et fausser la sincérité du vote. Sous le coup de l'impression qu'elle leur causa, ceux qui hésitaient encore se décidaient volontiers à repousser les édits. Parmi les propos indiscrets arrachés à la jeunesse de l'abbé de Loménie, il racontait que son oncle avait perdu huit voix, durant la nuit qui précéda la séance royale *. Mais il ne parlait pas d'un