‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 216 sur 350 · Archives parlementaires y t. I, p · texte numérisé non relu

Archives parlementaires y t. I, p

En ce qui le concerne, Lamoignon se serait proposé de heurter à la fois les convictions et les susceptibilités de ses'^^auditeurs, qu'il n'aurait pas mieux réussi. Tout est regrettable dans cette partie de son discours, la forme et le fond. A des hommes que l'expérience des dernières années a dégoûtés du pouvoir absolu il rappelle des maximes vieillies, absolument contraires à l'esprit du moment *. Il se donne le malin plaisir de mettre le parlement en contradiction avec lui-même et d'opposer à ses doctrines récentes ses anciennes déclarations de 1766. Qu'eùt-il répondu à l'interrupteur assez hardi pour lui crier : « Si vous croyez à vos principes, pourquoi venezvous ici? Pourquoi attachez- vous la moindre importance à notre concours? Restez à Versailles et laissez-nous tranquilles au Palais de justice. Faites votre besogne de ministres d'un roi omnipotent, et forcez-nous, comme vous pourrez, de nous renfermer dans nos fonctions de magistrats. » On n'humilie pas ceux dont on sait avoir besoin. On ne déguise pas les concessions de la faiblesse sous les apparences d'une vaine provocation.

Ce que je vois de plus grave dans les paroles du garde des sceaux, c'est qu'elles enlevaient d'avance à la royauté le mérite de la convocation des États généraux, si jamais elle se décidait à les réunir. Lamoignon déclarait à la France qu'aux yeux de Louis XVI les États n'étaient et ne seraient qu'un vain simulacre de représentation nationale, dont il pourrait admettre et rejeter les vœux % et qu'il resterait maître de dissoudre quelques jours après l'avoir assemblée. Le souvenir de ces

1. L'auteur du second chapitre des Mémoires de Webei' fait, je ne sais pourquoi, un pompeux éloge du discours de Lamoignon. Néanmoins, il est forcé de reconnaître qu'il n'est pas sans reproche. « Sans doute, il y avait, dans ce discours, sur la puissance illimitée de la couronne, quelques maximes qui ne s'accordaient pas avec l'esprit du moment. » (Edition Lescure, p. 115.)

2. D'après Lamoignon, les États n'avaient même pas le droit de consentir l'impôt.

théories imprudentes n'a-t-il été pour rien dans les défiances de 1789? Ceux qui dénonçaient sans cesse les attentats médités par la cour contre l'assemblée nationale n'avaient qu'à rappeler la séance royale de 1787, pour établir en face de quelles doctrines se trouvait la Révolution naissante. Et pourtant qu'y avait-il au fond de ces maladresses? Rien que l'éternelle manie des gens sans fermeté, des peureux, qui cèdent toujours, qui ne veulent pas en avoir l'air, et qui croient relever la pusillanimité de leurs actes par les bravades de leurs paroles.

Cependant, le garde des sceaux avait annoncé, dans son discours, que le roi, sans renoncer à l'exercice de son autorité souveraine, désirait s'environner des lumières de l'assemblée et permettait à chacun des membres d'exprimer son opinion, avec les développements qu'il jugerait convenable. Deux édits étaient déposés sur le bureau de la cour, l'un qui portait création d'édits gradués et successifs pendant cinq années, l'autre qui réglait l'état civil des non-catholiques. On donna d'abord lecture du premier, et le rapporteur, choisi d'avance, éclairé aussi d'avance, à ce qu'il paraît, conclut à l'enregistrement pur et simple K Alors le président d'Aligre recueillit les voix comme dans les assemblées ordinaires. Il commença par les plus anciens conseillers de la grand'chambre, qui presque tous déclarèrent partager l'avis du rapporteur. « Le contrôleur, général opinant à son rang \ fit Téloge de Tédit, mais effraya rassemblée en annonçant un déficit annuel de

1. Ce rapporteur s'appelait l'abbé Tandeau. Son rapport a été imprimé séparément. Bibl. nat,., Lb29, n° 470. i

Page 1