Sallier, Annales françaises, p
3o6 LA CHUTE DE l'aNCIEN RÉGIME
d'oublier les résolutions de son conseil et d'interrompre d'Éprémesnil, pour déclarer qu'il cédait à ses instances. Les détails de cette scène émouvante se répandirent bientôt dans Paris et, de là, dans la France entière. Ils ont laissé dans l'esprit des contemporains une impression dont leurs écrits conservent tous la trace.
Bien d'autres avis remarquables furent émis et développés durant le cours de cette longue délibération, qui se prolongea plus de huit heures. A quoi bon s'y appesantir? Ils ne devaient rien changer, ils ne changèrent rien au résultat concerté et arrêté d'avance.
Lorsque la dernière opinion eut été exprimée, il parut certain que la majorité se trouvait acquise à l'enregistrement pur et simple de l'édit. Tous les témoins l'affirment S et leurs calculs ne sont contredits par personne. N'était-ce pas le cas de contrôler régulièrement cette majorité favorable et de recueillir le bénéfice *des concessions, des manœuvres, des sacrifices, qu'on avait prodigués pour la conquérir? Il ne restait plus qu'à procéder au vote proprement dit, que chacun attendait. A cet instant, le garde des sceaux s'approcha du roi, avec lequel il eut, à voix basse, une courte conférence, et Louis XVI prononça ces paroles : « Après avoir entendu vos avis, je trouve qu'il est nécessaire d'établir les emprunts portés dans mon édit. J'ai promis les Etats généraux avant 1792 ; ma parole doit vous suffire. J'ordonne que mon édit soit enregistré. » Ainsi la délibération n'avait produit d'autre effet que d'amener
4. Voyez aussi ce que dit Louis XVI dans le discours qu'il adresse à la grande députation du parlement, le 21 novembre (paragraphe XII de ce chapitre).