‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 220 sur 350 · Sallier, eodem, p · texte numérisé non relu

Sallier, eodem, p

roi se leva pour sortir, Mole de Ghamplâtreux, gendre du garde des sceaux, quitta sa place et vint se mettre à côté de moi, qui, étant le dernier reçu du parlement, étais auprès de la barre; et lorsque Lamoignon passa, 'il lui dit : — Quelle scène vous venez de faire! — Lamoignon, continuant sa marche, répondit gravement : — C'est l'usage. » Hélas! combien de fois, dans le cours des événements qui vont suivre, retrouverons-nous la même idée, sinon la même formule. Elle va devenir la devise, le cri de ralliement des partisans de l'ancien régime. Aujourd'hui, les magistrats la repoussent, parce qu'elle contrarie leurs prétentions; demain, ils seront les plus ardents à l'invoquer. A leur tour, ils l'opposeront au roi lui-même. C'est l'usage! on dirait qu'à un tel argument il n'y a rien à répondre. Lamoignon a eu le triste honneur de s'en servir le premier. Nous allons voir de quel prix la monarchie devait payer cette imprudence.

Dès que le roi fut sorti de la salle, les jeunes conseillers des enquêtes réclamèrent à grands cris la continuation de l'assemblée générale. Ils allaient jusqu'à prétendre qu'il n'y avait pas de temps à perdre^ si l'on tenait à prendre un parti quelconque. Suivant eux, « après ce qui venait de se passer, il n'était pas sûr qu'il y eût un lendemain pour le parlement, ou du moins que tous ceux qui avaient assisté à la séance continuassent à jouir de leur liberté \ » Leur avis ne fut contesté par personne. On commença par demander au duc d'Orléans de renouveler sa protestation, afin qu'elle fût textuellement consignée sur les registres de la cour. Le prince y consentit sans hésiter, mais il n'avait pas l'habitude de rédactions de ce genre, et semblait fort embarrassé pour réunir quelques phrases dignes

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