‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 224 sur 350 · LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE

encouru votre disgrâce ; que deux conseillers de votre cour sont privés de leur liberté. Votre parlement consterné supplie très humblement Votre Majesté de rendre • au prince de votre sang et aux magistrats la liberté qu'ils n'ont perdue que pour avoir dit librement ce que leur ont dicté, en votre présence, leur devoir et leur conscience, et dans une séance où Votre Majesté a annoncé qu'elle venait recueillir des suffrages libres. » Sans doute Louis XVI n'attendait pas cette habile protestation. Mis tout à coup en demeure de s'expliquer, il ne trouva pour sortir d'embarras que ces mots : « Lorsque j'éloigne de ma personne un prince de mon sang, mon parlement doit croire que j'ai de fortes raisons. J'ai puni deux magistrats dont j'ai dû être mécontent *. »

Il n'en fallait pas davantage pour produire un mal immense , irréparable. « De ces derniers mots , dit l'auteur * dont nous venons déjà de citer les justes réflexions, des actes d'autorité qui les avaient amenés, sortit non seulement une contestation nouvelle, ajoutée à tant d'autres, mais le débat le plus dangereux par sa nature et par ses conséquences; un débat non sur l'emploi, mais sur l'existence même des lettres de cachet ; une réclamation non d'aucun droit particulier appartenant au prince exilé, aux deux magistrats captifs, mais du droit universel inhérent à vingt-quatre millions de Français; une lutte enfin dans laquelle tout l'avantage ne pouvait manquer de rester au parlement. » Tant que le conflit n'avait roulé que sur la question de savoir quelles étaient les attributions respectives de la royauté et des cours de justice, question complexe, question délicate, une foule d'esprits libéraux s'étaient abstenus de prendre un parti quelconque. Entre les deux puissances rivales, ils ne savaient pas au juste de laquelle ils

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