‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 230 sur 350 · Eodem, p · texte numérisé non relu

Eodem, p

nonçaient que toutes les cours souveraines s'apprêtaient à le soutenir et même à le devancer. Partout, la magistrature organisait, contre l'autorité royale, une nouvelle levée de boucliers, dont nous allons rappeler, en quelques lignes, les détails aussi monotones qu'affligeants.

En entrant dans cette voie, les parlements de province n'avaient rien à désavouer de leur conduite passée. Ils n'avaient jamais ni fléchi ni varié. Quand ils surent que le parlement de Paris, cédant aux impatiences de l'exil, avait enregistré l'édit de Troyes, ils manifestèrent hautement leurs regrets et leur blâme. A leurs yeux, une reculade humiliante ne pouvait être « le gage d'une paix durable ^ ». Lorsqu'ensuite ils entendirent parler de négociations secrètes, de combinaisons destinées à résoudre pacifiquement toutes les difficultés, ils attendirent en silence un résultat, dont ils persistaient à se défier. Au récit de la séance royale, leur colère ne connut plus de frein. L'honneur de la magistrature venait de recevoir un outrage qu'il leur appartenait de venger. Aucune autre considération ne modéra leur ardeur : ils se jetèrent dans la mêlée, sans s'inquiéter de savoir si l'agitation qu'ils allaient propager autour d'eux ne finirait pas par « tourner à leur préjudice ^ ».

Les occasions se présentaient en foule. Du moment qu'elles permettaient d'entraver la marche du ministère, elles leur semblaient toutes bonnes. Ainsi la querelle,

1. « L'édit de Troyes éprouvait aussi des difficultés dans les provinces. Le parlement de Paris l'avait enregistré comme le gage d'une paix durable... » Sallier, Annales françaises, p. 139.

2. Les conséquences de leur conduite étaient si faciles à prévoir, que Vllist. du gouvernement /"m/tfaù, publiée dans les premiers mois de 1788, leur reproche déjà d'avoir <« donné aux esprits, dans les provinces, un mouvement qui devait tourner à leur préjudice. »

commencée à Bordeaux, dès les premiers jours d'août, au sujet des assemblées provinciales, continuait toujours. Les magistrats girondins, transférés à Libourne, tenaient à honneur de prouver que les ennuis de l'exil n'avaient aucune prise sur la fermeté de leur attitude. De son côté, le gouvernement se montrait inflexible. En vain, la chambre des vacations de Paris intervint auprès du roi et plaida la cause de collègues en disgrâce. Lamoignon fut chargé de lui répondre. Il y consacra la dernière partie de son discours du 19 ^ La tâche n'était pas difficile. Le garde des sceaux établit sans peine que le parlement de Bordeaux avait transgressé les limites d'une opposition excusable et qu'avant de réclamer l'indulgence il devait la mériter. Ces paroles justement sévères ne servirent qu'à provoquer une recrudescence de plaintes, de protestations, de diatribes. A dater de ce jour, les arrêtés succèdent aux arrêtés, attaquant les ministres, prêchant la désobéissance, et semant le trouble dans un pays qui renfermait tant de germes révolutionnaires.

L'établissement des assemblées provinciales devint aussi la cause des premières agitations dans une province où la disposition des esprits exigeait encore plus de ménagements qu'en Guyenne. On sait déjà que le parlement et la chambre des comptes de Grenoble, imitant l'exemple du Hainaut, sollicitaient la remise en activité des anciens états provinciaux. Après avoir hésité quelque temps, le ministère comprit qu'une seconde dérogation à l'édit de juin encouragerait de nouvelles exigences et finirait par entraîner l'abandon de tout le système. Malgré les titres spéciaux qu'invoquaient les Dauphinois, malgré la crainte de blesser leur protecteur, le duc d'Orléans, Brienne crut devoir

1. Voir le procès-verbal de la séance royale, Archives parlementaires ^ t. I, p. 268.

résister, et le 4 septembre 1787 * parut le règlement complémentaire, qui imposait au Dauphiné le même régime qu'aux autres pays d'élection. Bien entendu, cet acte ne fut pas présenté à l'enregistrement parlementaire. Le gouvernement persista dans la ligne de conduite qu'il avait suivie jusque-là, à Paris comme à Bordeaux, comme partout. Du reste, le moment était bien choisi. Les cours souveraines venaient d'entrer en vacances. Nulle manifestation de leur part n'empêcha les 28 membres choisis par le roi pour former le noyau de l'assemblée provinciale de se réunir à Grenoble et d'y procéder à la désignation des collègues qu'ils devaient s'adjoindre. Cette session préliminaire eut lieu le l^'" octobre. Elle était présidée par l'archevêque de Vienne, Lèfranc de Pompignan, prélat renommé pour le libéralisme de ses opinions politiques. Personne ne s'étonna de l'entendre, dans son discours d'ouverture, faire observer que le mode de composition et de fonctionnement applicable aux futures assemblées reposait sur des principes plus justes, plus conformes à l'esprit moderne, que l'institution vieillie des états. Mais un pareil éloge ne pouvait qu'exciter davantage le mécontentement de la magistrature. Peu de jours après, le 6 octobre, la chambre des vacations du parlement de Grenoble, qui jusqu'alors avait gardé le silence, ne craignit pas de le rompre avec éclat ^ Suivant elle, les règlements complémentaires, « en établissant un nouveau régime » , menaçaient de répandre « le désordre dans la province ». Afin de conjurer ce prétendu péril, elle arrêta d'en référer au parlement, dès qu'il aurait

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