‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 235 sur 350 · Histoire du gouvernement français, p. 28 î · texte numérisé non relu

Histoire du gouvernement français, p. 28 î

il laissait d'Éprémesnil diriger seul ou presque seul la conduite du parlement. Quand il vit les dispositions de ses collègues incliner vers une trêve, menacé d'une solution qui contrariait ses vues, il jugea le moment venu de reprendre son rôle d'excitateur.

Le 4 janvier 1788 *, les chambres étaient assemblées : il s'agissait de statuer sur la dernière réponse du roi, celle qui ouvrait la porte à la conciliation. A la lecture de la phrase que nous avons citée, des exclamations tumultueuses se firent entendre. Au lieu de l'interpréter dans le sens des intentions pacifiques qui l'avaient inspirée, les radicaux n'y voyaient ou feignaient de n'y voir qu'une exigence injurieuse. Pouvait-on admettre qu'un parlement comme celui de Paris fût contraint d'implorer la bonté du prince, alors qu'il avait le droit et le devoir de réclamer sa justice? Quelle oppression ! quelle tyrannie ' ! Ainsi dénaturée, l'offre des ministres perdait aussitôt ses chances de séduction. Les meneurs n'eurent même pas besoin de la discuter, et l'esprit de corps, subitement invoqué, suffit pour irnposer silence aux partisans d'une transaction. Enhardi par ce premier succès, Duport prit la parole. Il proposa de proclamer, en thèse générale, les « lettres de cachet nulles, illégales, contraires au droit public et au droit naturel. » Sa motion, développée avec autant d'habileté que de force, produisit une impression profonde. Il avait pour lui la raison, l'équité, le courant des idées, l'entraînement des circonstances. La jeunesse des enquêtes le soutint de ses applaudissements enthousiastes. Parmi les vieux conseillers, beaucoup partageaient sur ce point les convic-

1. Arrêté du 4 janvier 1788 contre les lettres de cachet. Représentations du parlement de Paris au roi, arrêtées le mercredi 9 janvier 1788, les ducs et les pairs y séant, eu conséquence de l'arrêté pris le vendredi 4. » Bibl. nat., Lb3î>, n"- 497 et 1502.

2. « A ces mots, on cria à l'oppression, à la tyrannie! » Sallier, i4nnales françaises, p. 437.

tions de la jeunesse. Aucun n'osa représenter qu'en sapant, sans précaution, sans ménagements, une des institutions fondamentales de l'ancien régime, on s'exposait à les ébranler toutes; et la délibération se termina par un arrêté qui comblait les vœux des radicaux. Il proscrivait les lettres de cachet d'une manière absolue. Il demandait, en faveur de la liberté individuelle, des garanties efficaces, et, comme d'habitude, l'énergie de la forme, inspirée cette fois par Duport, contribuait à faire ressortir la gravité du fond.

Sous le coup de ce défi imprévu, les ministres songèrent d'abord à user de rigueur vis-à-vis du parlement. « II fut un moment décidé qu'une grande partie de ses membres serait exilée. Des lettres de cachet furent expédiées et devaient être portées par dos gardes du corps. Mais elles furent retirées au moment où elles allaient être distribuées. On se contenta de mander encore le parlement, de le faire réprimander et d'enlever l'arrêté des registres \ » C'est toujours la même histoire. Il y a, dans les conseils du gouvernement, des hommes qui se lassent de perpétuelles attaques, qui sentent la nécessité d'en finir, et qui ne demanderaient pas mieux d'y couper court, en usant des moyens coercitifs dont les anciennes traditions autorisaient l'emploi. Il y en a d'autres à qui ces moyens répugnent ou qui ne croient plus à leur efficacité, et qui poursuivent la chimère de l'apaisement par la douceur, dût la douceur ressembler à l'impuissance. Entre ces deux méthodes, la royauté hésite. Elle va de l'une à l'autre, sans avoir l'air de se douter qu'il reste un troisième parti, le plus sage et le plus sûr. Puisqu'elle cesse d'être autoritaire, pourquoi ne songe-t-elle pas à se montrer habilement libérale? L'occasion était propice. Le rôle semblait convenir aux

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