Sallier, Annales françaises, p. 137, 17 janvier
sentiments et au caractère de Louis XVI. Car enfin, suivant la juste remarque d'un contemporain S « c'était certainement une bizarre circonstance et un étrange contresens que d'avoir amené les choses au point de faire défendre la théorie des lettres de cachet par la bouche du roi, qui, dans la pratique, se vantait avec justice (Ten avoir fait un usage plus modéré qu'aucun de ses prédécesseurs. » Raison de plus pour franchir le dernier pas et renoncer une bonne fois à des armes vieillies, dont la royauté rougissait de se servir. « Mais, ajoute discrètement le même auteur, le nombre est bien grand des hommes en autorité, qui, même sans avoir embrassé l'exécrable système de ne compter jamais pour rien la justice, trouvent cependant commode de pouvoir s'en affranchir, quand il leur plaît. » Or, il faut avoir la franchise de le dire sans détours, Louis XVI était de ceux-là. Malgré sa bonté, sa faiblesse, il tenait aux prérogatives de sa couronne, fût-ce à celles dont il ne voulait pas faire usage. Il prétendait les conserver intactes; et pas un de ses ministres, y compris Malesherbes, n'aurait osé lui proposer de reconquérir la faveur publique par l'abandon volontaire des lettres de cachet.
De là vint que la royauté sortit encore amoindrie de cette nouvelle épreuve. Sallier raconte à ce propos une anecdote intéressante. Les registres du parlement avaient été portés à Versailles par une députation, à laquelle le roi adressa quelques paroles gavant d'ordonner la radiation de l'arrêté du 4 janvier. « Je fus de cette députation, dit Sallier S et, parmi différentes observations que j'eus lieu de faire en plus d'un sens, j'eus occasion