‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 237 sur 350 · Annales françaises^ p. 138, en note · texte numérisé non relu

Annales françaises^ p. 138, en note

de remarquer combien quelques-uns de ceux que leur devoir appelait à être les défenseurs du trône, et qui travaillaient dès lors à la révolution, se jouaient déjà du respect et des bienséances. La députation se retirait. Je sortais le dernier du cabinet avec les gens du roi. Nous touchions encore au seuil de la porte, lorsque l'un des avocats généraux, vieilli dans l'habitude du respect pour les paroles du roi, nous dit à voix très basse : Mais cette réponse n'est cependant pas aussi dure qu'on pouvait le craindre. Hérault de Séchelles, éclatant de rire et parodiant en bouffon la stupidité populaire, répondit tout haut : O mon Dieu^ oui ! vive notre bon roi ! » Il n'y aurait eu que demi-mal si les révolutionnaires avérés, comme Hérault de Séchelles, eussent été les seuls à qui la bonté du roi inspirât des réflexions contraires au respect traditionnel. Malheureusement, les meilleurs citoyens, les plus éclairés, les plus sages devaient se demander si cette bonté, jusque-là si vantée, ne devenait pas funeste à l'ordre en même temps qu'à la liberté de leur pays.

Durant le cours de ces longs débats, l'édit sur les noncatholiques, présenté à la séance royale du 19 novembre, attendait vainement la sanction dei'enregistement parlementaire. On ne saurait imaginer les difficultés infinies, les obstacles de toute nature, contre lesquels venaient se heurter, au seuil de la révolution, les réformes les plus justes et les plus inoffensives. L'appui tardif de la royauté affaiblie ne parvenait pas à leur assurer un succès facile et prompt. La magistrature elle-même, cette magistrature si ardente à réclamer les changements constitutionnels, qui flattaient ses passions, témoignait

l'édit sur les protestants 383

une répugnance insurmontable pour les moindres progrès, s'ils ne la touchaient pas. Ceux que le ministère proposait à son approbation se réduisaient pourtant à peu de chose. Ils n'allaient pas, comme on voudrait le croire, jusqu'à rendre aux sectes dissidentes le libre exercice de leur culte, ou à replacer leurs membres sous la protection des mêmes lois que les autres citoyens français. C'était un simple règlement, dont les dispositions principales se bornaient à leur octroyer les avantages indispensables d'un état civil *.

Pour comprendre ces derniers mots, il faut d'abord se rappeler que jadis les constatations sur lesquelles repose l'existence légale de nos familles ne rentraient pas comme aujourd'hui dans les attributions de l'État. Abandonnées aux soins du clergé, elles ne dépendaient que de lui. Dans chaque paroisse, les curés tenaient note des baptêmes, des bénédictions nuptiales, des services mortuaires, que réclamait d'eux la piété des fidèles. Il n'y avait pas en France d'autres registres de l'état civil, et, comme en réalité les registres ainsi tenus ne constataient que les cérémonies religieuses auxquelles donnaient lieu la naissance, le mariage ou le décès des catholiques S ils ne servaient pas, ils ne pouvaient pas servir aux familles séparées de l'Eglise dominante. Privés de cette ressource, les protestants n'avaient aucun moyen d'y suppléer. Depuis la révocation de l'édit de Nantes, ils vivaient complètement en dehors de la loi. Quand ils voulaient se marier, ils étaient contraints d'aller « au désert », comme on disait alors, en présence de ministres proscrits, contracter des unions clandestines, que frappait d'avance une nullité absolue. Devant les tribunaux, ils se trouvaient dans l'impossibilité d'établir la filiation légitime de leurs enfants; et

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