Archives nat., H
RÉFORMES ADMINISTEIATIVES 411
sept ans, servirait de modèle à ce règiement.... Vous imaginez sans doute, d'après cela, combien les espérances ont été déçues, lorsqu'on a vu paraître ce nouveau règlement. Les intendants qui ont pu le solliciter ou y contribuer, plus jaloux de l'étendue du pouvoir presque arbitraire qu'ils exercent que du bien des pays qu'ils administrent, ont sûrement bien prévu qu'ils étoufferaient les assemblées provinciales dès leur naissance, s'ils parvenaient à faire adopter un semblable règlement, et c'est sans doute le motif qui le leur a dicté, si, comme on me l'a assuré, ils en sont les rédacteurs. » L'archevèque-duc de Reims ne se contenta pas d'une simple lettre : il adressa au contrôleur général mémoires sur mémoires. Dans l'un d'eux \ je remarque ce passage : « Il paraîtrait que la ligne de démarcation la plus naturelle, la plus simple, la plus juste, celle qui doit éviter toute espèce de divisions et de tracasseries, nuisibles au bien général, entre les assemblées provinciales et les intendants, serait de donner aux premières toutes les parties d'administration qui étaient confiées aux derniers, en assurant à ceux-ci la surveillance la plus étendue. » D'après les doctrines du prélat, le rôle des intendants devait se réduire à celui d'inspecteurs établis par le gouvernement auprès des assemblées provinciales. Et encore, on leur disputait le droit d'assister aux séaitces, ni plus ni moins que les radicaux disputent au commissaire de police le droit d'assister aux réunions qu'il surveille. « La présence des intendants, dit l'auteur du mémoire, et encore plus celle des subdélégués, dans les assemblées et commissions intermédiaires, qui choquent avec tant de raison, est absolument inutile. » Je n'ai
1. Archives- nat., II, 1594, « Nouvelles observations de M. rarchevéque de Reims reUitivcmeut nu nouveau règlement concernant les fonctions des intendants et des assemblùes provinciales. « Ces observations no sont pas datées.
pas besoin d'ajouter que les grands seigneurs et les dignitaires de FÉglise étaient seuls choqués de se trouver en contact, dans les assemblées ou dans les commissions, avec les intendants, et surtout avec leurs modestes subdélégués. Les représentants du tiers état se montraient moins susceptibles.
Sous le coup de ces attaques, les intendants ne négligèrent pas le soin de leur défense. Quelques-unes des lettres qu'ils adressent au contrôleur général contiennent des explications curieuses sur l'objet du débat et sur l'esprit qui anime les membres des assemblées provinciales. « La plupart des membres de ces assemblées, dit entre autres M. d'Aine *, intendant de la généralité de Tours, ne sont point satisfaits du règlement du 5 août. Le vent qui souffle généralement aujourd'hui est malheureusement à l'anarchie. On comptait être délivré du joug de toutes les autorités intermédiaires, ce qui peut se traduire : s'en attirer une absolue et indépendante. Les précautions prises par le règlement contre ce terrible mouvement sont presque considérées comme une invasion sur des droits qui auraient été anciennement acquis et établis. On n'oserait avouer ce principe de mécontentement. On se jette sur une aflaire de vanité, la séance honorable attribuée au commissaire du roi. » De son côté, le gouvernement s'émut; un conseiller d'État, M. d'Ormesson,"fut chargé de vérifier si les plaintes avaient quelque chose de fondé. Dans son rapport, du 11 septembre 1787 % il rappela que le système de Necker avait eu le fâcheux résultat de « rendre les fonctions de l'intendance absolument nulles » ; que tous les esprits sages ont approuvé les rectifications introduites par Joly de Fleury, et que les mesures de prudence- sont plus nécessaires que jamais. Il conclut que le règlement