‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 274 sur 350 · Voir ce que nous en avons di'jà dit au chapitre premier · texte numérisé non relu

Voir ce que nous en avons di'jà dit au chapitre premier

Il donne une consécration nouvelle au trop fameux règlement de 1781. Il maintient, s'il n'aggrave pas, les mesures disciplinaires qui, depuis quelques années, exaspéraient le tiers état. En même temps, il trouve moyen, on le verra bientôt, de blesser la plus grande partie de la noblesse, la noblesse de province, dont il sacrifie les intérêts et Tambition à la noblesse de cour. Sous prétexte de réformer Tarmée française, il la désorganise à ce point que, dans quelques mois, il ne pourra plus compter sur elle. Le dernier instrument de salut qui lui reste, il le brise à la veille du combat suprême !

Nous ne citons que les fautes principales ; que seraitce si nous énumerions les fautes de moindre importance, les maladresses, les demi-mesures, en un mot, tout ce qui contribuait à discréditer le gouvernement de Louis XVI, aux yeux des gens les plus éclairés? On vante sa clémence en faveur du duc d'Orléans et des deux conseillers. Mais en quoi consiste-t-elle ? Les deux conseillers ont reçu la permission de vivre dans leurs terres; en d'autres termes, la peine de la prison, que leur avait infligée une décision arbitraire, a été commuée en exil également arbitraire. Quant au duc d'Orléans, s'il a recouvré sa liberté complète, à quel prix la lui a-t-on fait acheter? Nous avons eu déjà l'occasion de dire que ce prince n'avait ni l'étoffe ni les goûts d'un chef de parti. A peine se vit-il internée Villers-Gotterets, loin des plaisirs de la ^ capitale, qu'il manifesta le désir d'en sortir à tout prix. Aucune arrière-pensée d'avenir, aucun scrupule de dignité personnelle ne l'arrêtèrent. Il commença par solliciter humblement la faveur insigne de se rapprocher un peu de son séjour favori. « M. le duc d'Orléans, écrit madame de Staël S s'ennuie fort à Villers-Gotterets : il a écrit au roi pour obtenir la permission de revenir au Raincy, maison de campagne

i. Gustave III et la cour de France, 1. 1, p. 108.

DÉCLARATION DU l^'" MAI 447

qu'il a à quatre lieues de Paris. Il s'est fait du tort par cette demande... On disait à l'archevêque de Toulouse qu'en exilant le duc d'Orléans, il allait lui donner de la considération. Je le connais, répondit-il, il ne la prendra pas. — L'on a été fort sévère pour toutes les demandes qui ont été faites d'aller à Villers-Gotterets. On ne conçoit pas cependant ce qui peut porter le gouvernement à ajouter de la rigueur à un exil que l'opinion publique n'a pas approuvé. » Au moins, le jour où le ministre crut devoir ménager cette opinion, il était bien simple de traiter le duc d'Orléans comme un homme inoffensif et de le laisser libre d'aller où il voulait. On le condamna à subir une dernière étape; on l'interna encore, pendant quelque temps, au Raincy, et l'autorisation de rentrer dans la capitale ne lui fut accordée qu'en avril 1788, peu avant le coup d'Etat du mois de mai. Il y revint furieux, irréconciliable. Ses partisans étaient plus irrités que lui. Ils s'agitaient sans cesse. Ils cherchaient partout l'occasion de venger leur chef et commençaient à recruter des adhérents jusque dans les dernières couches du peuple. Ainsi, d'un petit noyau d'opposition, sans consistance et sans notoriété, la rigueur maladroite et la tardive clémence du ministère avaient fait un parti redoutable, parce qu'il ne reculait devant rien et que tous les yeux étaient fixés sur lui.

N'y aurait-il pas non plus quelques justes remarques à présenter sur les prétendus mérites de la déclaration royale du 1^' mai 1788 * ? Parmi toutes les réformes qui ont passionné nos pères, il n'en est peut-être pas

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