‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 2)Chapitre 275 sur 350 · Lois anciennes, t. XXVÏll, p. 526 et suiv · texte numérisé non relu

Lois anciennes, t. XXVÏll, p. 526 et suiv

une qu'ils aient réclamée avec plus d'ardeur et d'insistance que la réforme de la législation criminelle. Il n'y en a pas que l'ancien régime se soit obstiné, avec plus d'entêtement, à rejeter ou à éluder. De nouveaux scandales judiciaires venaient de donner à cette question un regain d'actualité. Une affaire, entre autres, avait frappé l'opinion publique. C'est celle de trois hommes accusés de vol, avec circonstances aggravantes, et condamnés au supplice barbare de la roue, par le parlement de Paris, sans autre exposé de motifs que la formule banale : pour les cas résultants du procès. D'après l'ordonnance de 1670, la sentence aurait dû être exécutée le jour même de la condamnation, avant minuit. Heureusement l'arrêt avait ordonné que les trois victimes subiraient leur peine sur l'une des places de Ghaumont-en-Bassigny ; il fallait le temps de les transférer jusque-là. Convaincu de leur innocence, Fréteau de Saint-Just profita de ce délai pour prévenir son beau-frère, Dupaty, président au parlement de Bordeaux, et pour l'engager à prendre leur défense. Dupaty lui-même avait à se plaindre de la magistrature : il saisit volontiers l'occasion d'établir qu'elle n'était pas infaillible. D'abord il obtint un sursis : puis il publia un mémoire, adressé au roi *, mémoire que tous les contemporains ont porté aux nues, et qui, maintenant encore, est considéré comme un des meilleurs modèles de l'éloquence du barreau français. Mais aujourd'hui nous ne saurions avoir l'idée de l'émotion que produisit en France cette œuvre, vengeresse de tant d'abus. « On ne se rencontrait plus dans les rues de Paris, sans se dire : Avez-vous lu le Mémoire des trois roués '^'t »

1. J'emprunte le texte de ce mémoire à la collection miiixûéei Barreau français, collection des chefs-(f œuvre de Véloquence judiciaire en France. Paris, Panckoucke. Première série, tome troisième, p. 73-276.

2. Lacretelle, cité par M. Geffroy ; Gustave III et la cour de France, t. I, p. 401.

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