Sallier, Annales françaises^ p
raconter à un témoin oculaire, à un magistrat qui y a pris part, sans changer une ligne, sans supprimer un mot d'un récit qu'il faut conserver intact, comme un des *plus curieux spécimens des entraînements de Fépoque. « Les remontrances et les arrêtés du parlement, dit Sallier \ quoique devant rester secrets, devenaient toujours publics. Les magistrats se plaisaient à en répandre des copies sur lesquelles on les imprimait. Le dernier arrêté ainsi imprimé se distribuait au Palais; mais le texte en était altéré en quelques endroits. Par un contre-sens du copiste, les reproches faits aux ministres semblaient être adressés au roi lui même ^ On attribua à la malveillance ministérielle ce qui n'était sans doute qu'une erreur involontaire. Les esprits une fois exaltés rapportent tout à leur système. L'effervescence s'accrut d'un moment d'indignation, dont on cherchait d'autant moins à se défendre, qu'il avait pour principe le respect dont le parlement était réellement pénétré pour la personne du roi. On ordonna une information. Un malheureux colporteur, qui ne s'attendait pas à encourir la disgrâce du parlement en distribuant son manifeste, fût arrêté dans les salles du Palais et jeté à la Conciergerie. On lui fit son procès, qui heureusement pour lui ne fut jugé que trois mois après. Il fut alors absous parce que les esprits étaient plus calmes. Pour le moment, on se contenta de faire justice de l'arrêté falsifié, que l'on fit lacérer et brûler comme un libelle. Le parlement prit de là le prétexte d'insérer son arrêté entier dans l'arrêté qu'il rendait. Il ne lui parut pas suffisant que cet arrêté fût imprimé et placardé dans tout Paris, il voulut qu'il fût lu les portes ouvertes. Les têtes les plus froi-