Mémoires de Weber, p
étaient bons en eux-mêmes, il faudrait encore reconnaître qu'un ministre aussi malhabile dans les moyens et aussi irrésolu devant les obstacles devait tout perdre. » Si Ton veut être juste, il faut ajouter que la situation devenait assez grave pour embarrasser un homme d'Etat plus habile et plus ferme que Brienne. Voilà un gouvernement qui, de temps immémorial, a coutume de s'appuyer exclusivement sur la magistrature, la noblesse et le clergé. Il ne connaît plus d'autres intermédiaires entre la nation et lui. Tout à coup la magistrature lui déclare une guerre à outrance. Les chefs de la noblesse l'abandonnent, et le clergé n'attend que l'occasion de suivre leur exemple. Que faire alors? Se transformer ou périr. Mais quel gouvernement a jamais su se transformer assez tôt et assez vite pour conjurer une perte imminente?
Celui-ci jouissait pourtant d'un avantage inappréciable et qui a manqué à tant d'autres : il était à peu près sûr de la tranquillité de Paris. Un des édits de mai avait mis les parlements en vacances. Lorsque le régiment des gardes françaises vint occuper les abords du palais de justice et en saisir les clefs, il n'eut aucune résistance à vaincre. Si plus tard quelques agitations, quelques scènes tumultueuses se produisirent dans certaines rues, elles semblaient si peu inquiétantes que la cour dédaigna de les réprimer par la force. Bésenval, qui blâme cette abstention, comme un signe de faiblesse et d'incurie, est contraint d'avouer que les désordres « n'étaient à la vérité commis que par les gens tenant au parlement ou payés par lui, aucun citoyen n'y prenant part ^ » Aussi le maréchal de Biron, chargé du commandement général des troupes réunies dans la ville, se garda bien de les mettre en avant. Il laissa au guet