Archives pari., t. I, p
2. Quant aux scènes qui vont suivre, il importe de comparer, avec le Précis des parlementaires, les détails donnés par Molleville dans son Histoire de la Révolution. Au surplus, les deux textes ne présentent que de légères divergences, qu'il est facile de concilier.
LA SÉANCE d'enregistrement 545
tenir à son escorte habituelle et rentrer comme il était venu. Vainement son collègue essaya de le ramener à des idées plus prudentes. La discussion qui s'engagea entre eux et qui dura « plus d'un quart d'heure » n'eut d'autre effet que de permettre à la foule, immédiatement prévenue, d'accourir de tous côtés. Le cortège officiel se mit donc en marche, après un fâcheux retard, escorté seulement par les gardes du commandant de la province, une vingtaine d'hommes environ. Tant qu'il resta dans la rue qui débouchait de la place, il n'eut à subir que des injures et des sifflets. La proximité des soldats qu'il laissait derrière lui, lui servait encore de sauvegarde. A mesure qu'il s'en éloignait, sa situation devenait plus critique. Dès qu'il s'engagea dans la rue qui conduit à l'hôtel du gouvernement , il se vit assailli de cris furieux et de projectiles de toute espèce. Bertrand de Molleville reçut à la tête un caillou destiné au comte de Thiard; celui-ci fut atteint par un bûche dirigée contre l'intendant. Bientôt la foule s'enhardit au point d'attaquer la petite escorte. Ils étaient perdus, si le poste de troupes qui gardait les abords de l'hôtel ne fût venu les dégager à temps. Grâce à son intervention, ils purent gagner leur refuge, en franchir les portes et les faire fermer derrière eux.
Ici se place une série d'épisodes qui produisirent une impression profonde sur l'esprit des contemporains. Il faut en demander le récit aux publications locales du temps, afin de mieux conserver, sinon l'exactitude absolue des détails, au moins la physionomie caractéristique de l'ensemble, et surtout la forme dans laquelle l'aristocratie bretonne annonça son triomphe. Ce n'était pas sans difficultés ni sans périls que les troupes, sous le commandement d'un jeune officier, nommé Brouardel de Nouainville, étaient parvenues à sauver les commissaires du roi. Quand ils furent en sûreté derrière
les murs de leur hôtel, la lutte continua entre les soldats qui en défendaient l'accès et la foule qui s'acharnait à la poursuite de sa proie. Alors, dit le Précis parlementaire * , « des jeunes gens se précipitèrent avec Intrépidité, avec fureur, et se firent passage... Les baïonnettes pliaient sous leurs mains; les fusils étaient arrachés, les soldats renversés... Des cris épouvantables... Tout annonçait un danger pressant... L'officier de garde s'avança vers la foule, et, jetant ses armes, il s'écria : Mes amis, ne nous égorgeons pas, je suis citoyen comme vous... Soldats, halte! Cette conduite changea subitement les dispositions de la foule. Des voix s'élèvent et crient : Bravo, V officier! Aussitôt il est environné, chacun l'applaudit ; les uns lui serrent les mains, d'autres l'embrassent. » Mais les soldats, se méprenant sur le caractère de cette démonstration imprévue, s'élancèrent vers leur officier et le dégagèrent. « On en revint aux mains... M. de Nouainville se jeta entre les soldats et le peuple. Il parvint à reporter ses soldats au poste et à tout arrêter. . . On commençait à se tranquilliser, plusieurs personnes faisaient cercle autour de lui, on jetait encore quelques pierres. M. de Nouainville fut atteint à la joue, il y porta la main, et, la voyant ensanglantée, il la montra au peuple et dit : — Mes amis, vous me caressiez il n'y a qu'un moment, maintenant vous me jetez des pierres. — On s'écria aussitôt : Quoi! il est blessé! — Oui, répondit-il, mais ce n'est que mon sang. . . — Ce trait de sentiment pénétra d'admiration tous ceux qui l'environnaient... »
Néanmoins, la foule persistait à vouloir forcer les portes de l'hôtel. Il fallut,. pour la ramener à des dispositions plus calmes, l'intervention personnelle de deux magistrats, M. le comte de Vay, président des enquêtes,