Archives parlementaires, t. I, p
LA SÉANCE d'enregistrement 547
et M. de Pontfarcy, conseiller de la grand'chambre. Un échevin qui remplissait les fonctions de maire vint alors proposer à Nouainville de faire rentrer ses troupes à rintérieur, déclarant qu'il répondait de tout. Nouainville y consentit, et, à partir de ce moment, la foule se contenta de tenir bloqués dans leur retraite les représentants de l'autorité royale. « Ils y ont gardé les arrêts pendant plusieurs jours, continue le Précis, Sans lettres de cachet, le peuple breton a fait prisonniers d'État messieurs les commissaires du roi ; ils se sont vus réduits à se faire garder par des sentinelles, à les doubler, à les multiplier jour et nuit. Ils ont fait changer les serrures de toutes les portes. » Tels sont les termes dans lesquels les auteurs d'un factum « publié aux frais de la province » signalent à l'attention publique le résultat de la journée du 10 mai. D'après eux, le peuple breton peut déjà se vanter d'avoir déplacé l'ordre des souverainetés. A lui désormais l'emploi des lettres de cachet ; aux représentants du roi la détention arbitraire et humiliante. De son côté, Bertrand de Molleville a raconté toutes les avanies qu'il eut à subir dans ces pénibles circonstances. Il n'en dissimule aucune, et il ajoute * : « Ces détails paraîtront minutieux à certaines personnes. Je ne les rapporte que pour apprendre au lecteur éclairé combien l'autorité du roi était compromise alors dans la personne de ses commissaires. Il n'est point d'événement indifférent dans le commencement d'une révolution populaire. La sédition était alors un vertige général, qui s'emparait de toutes les têtes et qui se servait de tous les moyens. On ne saurait trop caractériser tous les symptômes avant-coureurs du mal, pour engager les gouvernements à les prévenir et les peuples à s'en préserver. » Hélas! les peuples, pas plus que les gouver-