INTRODUCTION XIJ
parler librement, je n'ai pas craint de surmonter une profonde répugnance. Tout homme de coeur éprouve un douloureux embarras, lorsqu'il s'agit de juger ave c franchise la conduite de Louis XVI et de Marie-Antoinette. La pensée de leur horrible supplice domine la sévérité des reproches les mieux fondés. On hésite à relever les fautes d'un roi et d'une reine, qui ont conquis l'un et l'autre, et noblement conquis l'auréole du martyre. En insistant, on craint de fournir, malgré soi, des arguments ou des prétextes à ceux qui ne craignent pas d'excuser les verdicts inexcusables de la Convention et du tribunal révolutionnaire. Mais la vérité historique a des droits que la pitié ne saurait amoindrir. On ne doit pas non plus oublier que le jugement à porter sur la conduite de Louis XVI et de Marie- Antoinette, se rattache à une question plus haute^ celle de savoir si la Révolution de 1789, la vraie, la seule révolution française, fut une révolution nécessaire et légitime. La France moderne, notre France à nous, est tout entière intéressée dans ce débat. Pour son honneur et pour son repos, il est indispensable de l'examiner sans faiblesse, « avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme probe et libre ». Quant à moi, je l'avoue^ lorsque, il y a bien long- ^ temps, j'ai commencé les recherches dont je publie aujourd'hui le résultat et'la conclusion, je me sentais disposé à l'indulgence pour cet ancien régime, objet d'attaques si ardentes, de critiques si passionnées. Conservateur résolu, j'aurais été heureux d'établir, qu'au lieu de se lancer dans les terribles épreuves de la