Eodem
3. Voyez sur l'origine, la composition, le rôle et l'influence des Chambres de lecture, à Rennes, les détails fournis par Bertrand de MoUeville, Hist. de la Révol. fr., t. I, p. 102 et 118.
de Molleville ne s'illusionnait pas sur le danger de ces conciliabules révolutionnaires. Il prévoyait notamment qu'un des effets de leur propagande allait être de forcer le parlement à s'assembler, malgré les ordres du roi, afin de se soustraire au reproche de lâcheté qu'on lui adressait déjà et aux violences de la populace, qu'on ne cessait d'exciter contre lui. Mais ce n'était pas une petite affaire que de dissoudre des associations formées depuis plusieurs années et dans lesquelles toutes les classes de la population comptaient des adhérents. Malgré les avertissements et les sollicitations de son collègue, le comte de thiard refusa de tenter l'entreprise, et les chambres de lecture continuèrent en paix le cours de leurs manœuvres. Un jour, celle de la noblesse reçut la visite d'un jeune homme qu'on n'avait pas coutume d'y voir. C'était Moreau, le futur vainqueur d'Hohenlinden, alors étudiant et prévôt de l'école de droit de Rennes. Il venait proposer à l'aristocratie bretonne de joindre ses efforts à ceux de la jeunesse, dont il se disait le mandataire, et tous ensemble, les armes à la main, d'attaquer le régiment de Rohan. Heureusement, les membres auxquels il s'adressa eurent la prudence de rejeter une proposition si compromettante, et Moreau fut contraint de réserver pour d'autres occasions l'emploi de son ardeur belliqueuse. En attendant, on le voit adresser à ses confrères, les prévôts des universités de France, une circulaire par laquelle il les engage à prendre comme lui l'initiative d'une résistance opiniâtre. Dans cette pièce, il parle d'assemblées tenues par les étudiants de Rennes, d'arrêtés pris par eux, « relativement aux troubles dont le royaume est menacé ^ » L'exemple de la noblesse commence à porter ses fruits. En se réunissant sans droit, elle a fait surgir autour d'elle