L ANCIEN RÉGIME A LA VEILLE DE LA CONVOCATION DES NOTABLES
I. Caractères généraux de la période comprise entre la disgrâce de Necker et la convocation des Notables (19 mai 1781 — 29 décembre 1786). — II. Origine de la réaction. — III. Politique de Maurepas. — IV. Le règlement de 1781 comparé à l'édit de 1750. — V. Le règlement de 1781 comparé à ceux de 1788. — VI. Les principes du règlement de 1781 appliqués aux fonctions parlementaires et aux bénéfices ecclésiastiques. — VII. Les successeurs de Necker, Joly de Fieury et Calonne. — VIII. Réaction administrative. — IX. Réaction au profit de l'Église.— X. Réaction féodale. — XI. Quelques mots sur le désordre des finances. — XII. Observations générales sur les souffrances du tiers-état. — XIII. Détails, souffrances matérielles. — XIV. Souffrances morales. — XV. Découragement du tiers-état. Conclusion.
Jamais rancien régime n'avait semblé mieux assis, plus inébranlable et plus assuré d'un long avenir que la veille du jour où le premier symptôme de sa chute se révéla subitement par la nouvelle imprévue de la convocation des notables. Il avait résisté à tant d'atteintes ! Il était sorti vainqueur de tant d'épreuves ! Un instant, sous le règne de Louis XV, la faiblesse du gouvernement, ses défaites, ses hontes, les scandales
de la cour, Tardeur de l'opposition parlementaire, le déchirement des querelles religieuses, l'invasion des doctrines philosophiques dégénérant bientôt en doctrines subversives, vingt autres menaces de crise avaient fait naître le pressentiment d'une révolution prochaine, inévitable, et d'une révolution violente. Il ne s'agissait que d'une question de date. Après nous le déluge, répétaient les égoïstes ; leur espérance n'allait pas au delà de ce terme. Et pourtant il avait suffi d'un acte de facile énergie pour dissiper ces sombres prévisions.
Le coup d'Etat de 1771 n'est pas seulement la restauration de l'absolutisme royal; c'est aussi la restauration de l'ancien régime, sa restauration complète. Maupeou ne brisa les parlements rebelles que pour mettre fin à un désordre devenu intolérable. Dès qu'il eut retiré la couronne de la poussière du greffe, il s'empressa de consolider les institutions sur lesquelles reposait le vieil édifice : il les soumit toutes à une épuration rigoureuse et prit soin d'en btmnir les innovations progressives qui s'y étaient glissées avant lui. Entraînés par le courant de leur époque, ses prédécesseurs au ministère avaient introduit d'heureuses réformes dans l'organisation municipale; au système de la vénalité des offices, ils avaient substitué celui d'élections régulières K Maupeou supprima les élections et rétablit la vénalité. Il revint au système inauguré par Louis XIV en ses plus mauvais jours. L'édit du mois de novembre 1771 ^ n'est que la reproduction textuelle de l'édit d'août 1692 ^ y compris le préambule que Maupeou se contenta de copier. Il appliqua les
1. Édits du 11 août 1764 et du 17 mai 1765. Recueil général des anciennes lois françaises, par Isambert et Decrusy, t. XXII, p. 405 et 434.