‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 113 sur 351 · COMMENCEMENT DE LA LUTTE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DE LA LUTTE

vernement. Elle vient d'une Assemblée qui réunissait Télite de raristocratie française. Eux aussi, gentilshommes et prélats, représentants de la noblesse et du clergé, la première fois qu'ils ont eu l'occasion de se prononcer libremeht et solennellement, ils ont adopté la théorie moderne, comme étant la plus sage. Pourquoi s'étonner si depuis cette théorie a fait son chemin dans le monde? Elle s'est présentée, dès l'origine, sous le patronage de ceux qui devaient la combattre et qui l'auraient certainement combattue, si elle ne les eût pas désarmés par son évidente justice.

Dans l'ordre des mémoires à examiner, la subvention territoriale fournissait aux bureaux le second objet de leurs délibérations. C'était là que les ennemis de Galonné se proposaient de concentrer leurs principaux efforts. Au fond du cœur, la grande majorité de l'Assemblée rejetait d'avance un impôt préjudiciable à ses intérêts et à ses privilèges. Cette cause naturelle d'opposition se compliquait de plusieurs autres. Le clergé était d'autant plus hostile à la subvention territoriale qu'elle avait servi de prétexte pour l'amener au remboursement de ses dettes. Il comptait, parmi les Notables, des membres actifs, intelligents, dont quelques-uns avaient contracté dans les États provinciaux Thabitude des affaires publiques et des manœuvres parlementaires. A leur tête marchait l'archevêque de Toulouse, de Loménie de Brienne, c homme d'esprit, plein d'ambition, familier dans l'art de l'intrigue * » et qui depuis longues années, se sentant protégé par la reine, aspirait à devenir ministre. Chaque soir, le petit groupe des prélats se réunissait chez l'archevêque de Narbonne et concertait les moyens de battre en brèche les projets ministériels. Celui des magistrats avait aussi des réunions particu-

i. Sallier, Annales françaises , p. 59.

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1G2 LA CHUTE DE l'aNCIEN RÉGIME

lières, et, tout en gardant plus de réserve apparente, n'était guère moins animé. Il ne pardonnait pas à Galonné d'avoir convoiiué les Nt>tables avec Tintention d'annuler la résistance des parlements. Enfin, ce que nous appellerions aujourd'hui Textrème gauche de l'Assemblée, Lalayette, le duc de Larochcfoucauld, tous ceux qui ne voyaient dnns la circonstance qu'un premier pas vers (le plus grands i)rogrès, se laissaient entraîner par le courant, et commençaient à croire que la chute de Galonné serait encore plus favorable que son triomphe à Tavenir de leur cause. Mais personne n'osait démasquer les secrets de sa pensée. Personne par exemple n'osait avouer que, dans ses préoccupations, Tintérêt particulier ou l'intérêt de corps l'emportait de beaucoup sur l'intérêt général. Il fallait donc engager la lutte sans trahir les véritables motifs de l'attaque, et les habiles du clergé trouvèrent à ce problème une solution que leurs collègues furent heureux d'adopter.

Ils s'accordèrent tous à critiquer la perception en nature de la subvention territoriale. Ensuite, ils soutinrent que les anciennes coutumes devaient être respectées, toutes les fr>is qu'elles ne présentaient pas d'inconvénients graves. Que demandaient les besoins du Trésor? une augmentation de recettes. Mais peu importait de quelle manière cette augmentation serait obtenue. Il suffisait donc d'imposer aux grands corps comme le clergé, aux pays d'États, aux villes principales du royaume, leur part proportionnelle exactement calculée. Rien n'empêchait de leur conserver la faculté, dont ils avaient toujours joui, de percevoir eux-mêmes cette part, suivant les formes usitées, et de s'acquitter vis-à-vis de l'État à Taide d'abonnements fixes. Embarrassé de ces objections, qui n'étalent que le prélude d'une foule d'autres. Galonné s'empressa d'adresser aux Notables une note intitulée :

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