‹ La chute de l'ancien régime (1787-1789) (volume 3)Chapitre 119 sur 351 · RÉSOLUTIONS DES BUREAUX · texte numérisé non relu

RÉSOLUTIONS DES BUREAUX

jesté se propose d'employer pour y remédier... » Vains efforts ! Avant de connaître cette note, les bureaux avaient repris le cours de leurs délibérations, et ils le continuèrent librement, sans se préoccuper davantage des volontés du roi que des prétentions de son ministre.

Au lieu de chercher un appui dans une assemblée représentative, la royauté avait cru faire acte de prudence en recourant à une simple commission, choisie parmi les ordres dont le dévouement semblait inaltérable; et déjà cette commission, oublieuse de son origine, infidèle aux anciennes traditions, se montrait plus indépendante et plus hostile qu'une assemblée constitutionnelle. Chaque jour, les idées dangereuses y gagnaient du terrain. Ce n'était plus seulement Farchevêque d'Arles, emporté par un mouvement soudain, qui évoquait le fantôme des États généraux. Bien d'autres tournaient leurs regards du même côté : et Lafayette, à la fin d'un discours mûrement réfléchi S témoignait l'espoir que bientôt le roi lui-même consentirait à convoquer une « Assemblée nationale ». « Quoi! monsieur, dit le comte d'Artois, vous demandez la convocation des États généraux? — Oui, monseigneur, répondit Lafayette, et même mieux que cela. — Vous voulez donc que j'écrive au roi que M. de Lafayette fait la motion de convoquer les États généraux. — Oui, monseigneur. » Bien entendu, personne n'appuya cette motion prémar turée ; mais personne ne protesta. Si l'idée paraissait encore inopportune, elle ne choquait déjà plus les esprits.

Après d'aussi longs débats , le moment arrivait de statuer. Les décisions prises par chacun des bureaux sur l'impôt territorial ne diffèrent qu'en la forme; au fond leurs conclusions sont identiques. Elles repoussent la

l. Mémoires, correspondances y etc, de Lafayette, t. II, p. m.

perception en nature, sans approuver pour cela rétablissement d'une contribution pécuniaire. Le premier bureau, celui que présidait Monsieur, déclare qu'il ne saurait « former une opinion sur une imposition territoriale quelconque, avant d'avoir obtenu préalablement des communications qui puissent Téclairer sur sa nécessité, sur sa mesure et sur sa durée. » Tous les autres bureaux appuient cette mise en demeure. Les membres du sixième, ceux qu'on appelait les Grenadiers de Conti, à cause de leur ardeur belligérante *, avaient d'abord imaginé une réponse plus courte et plus radicale; ils avaient refusé d'émettre aucun avis, avant d'avoir sous les yeux les états de recettes et dépenses. Louis XVI leur ayant fait témoigner son mécontentement, ils consentirent, par respect pour les désirs du roi, à délibérer sur la perception en nature, qu'ils rejetèrent; et, sous le bénéfice de cette concession dérisoire, ils recommencèrent à demander avec instance la production des pièces officielles.

Mais, on chercherait inutilement, dans les délibérations des bureaux, le véritable motif de leur répugnance invincible contre le système de Galonné. Aucun d'eux n'osait invoquer franchement le privilège d'immunité pécuniaire et en réclamer le maintien. A peine si quelques voix se risquaient à dire qu'un « changement considérable et subit dans la nature et dans la forme de l'impôt j» entraînerait de graves inconvénients. On reconnaît à ces habiles réticences la main des prélats, qui conduisaient la marche de l'Assemblée et surveillaient le texte de ses résolutions. Toutefois le mobile secret des Notables perçait dans l'opiniâtreté de leurs efforts et dans la surabondance de leurs précautions. Prévoyant le cas où l'impôt territorial serait établi malgré eux, ils combi-

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