SÉANCE DE CLOTURE
L'attention publique commençait à se détourner de débats confus et sans utilité directe. Les princes étaient las de présider, chacun dans son bureau, des discussions interminable». Parmi eux, le comte d'Artois ne dissimulait pas l'ennui qu'elles lui causaient; et souvent, afin d'y échapper, le prince de Conti et le duc d'Orléans allaient se distraire à la chasse. Les Notables eux-mêmes aspiraient au renvoi qui devait les sortir d'une situation équivoque : ils se contentèrent de demander, par l'organe du 7** bureau, la promesse qu'une assemblée, constituée sur les mêmes bases, serait convoquée avant l'expiration d'un délai de cinq ans. Inutile d'ajouter que le même sentiment de fatigue et d'impatience régnait à la cour, et que Brienne avait hâte de se débarrasser d'anciens collègues auprès desquels il trouvait si peu d'appui. Une séance solennelle de clôture fut indiquée pour le 25 mai, et cette annonce, généralement prévue, n'excita ni surprise ni mécontentement.
Louis XVI ouvrit la séance du 25 par quelques paroles insignifiantes, comme si, n'ayant plus rien à attendre des Notables, il ne leur parlait que pour la forme. Brienne au contraire, furieux de son échec, tint à leur faire sentir ce qu'il avait sur le cœur. Tout en rappelant les nombreuses concessions que la royauté venait d'accorder à leurs demandes, il insista sur les points où elle ne consentirait pas à fléchir. Ce qui les avait empêchés de voter franchement un supplément d'impôts, c'était leur répugnance secrète à en payer leur part proportionnelle. Or voici avec quelle force, avec quelle âpreté, Brienne leur signifiait que désormais l'égalité deviendrait en France un principe d'administration financière.
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contre lequel ni les oppositions déclarées, ni les manœuvres secrètes ne sauraient prévaloir. « Vous avez pensé que la nation était une, et que tous les ordres, tous les corps, toutes les associations particulières, dont elle était composée, ne pouvaient avoir d'autres intérêts que les siens. Vous avez en conséquence abjuré toute distinction, lorsqu'il serait question de contribuer aux charges publiques; la liberté civile, étendue à tous les états, n'admet plus ces taxes particulières, vestiges malheureux de la servitude, dont elles ont été la compensation. Le gouvernement mieux ordonné rejette en conséquence toutes les exemptions pécuniaires, qui ont été la suite de ces taxes, et il n'est plus permis de penser que celui qui recueille moins doive payer davantage. » La portée de paroles aussi graves dépassait de beaucoup les limites du débat actuel. Elles ne s'appliquaient pas seulement à la subvention territoriale, mais au remaniement de tous les impôts. Elles posaient une règle absolue, et, pour la justifier, elles invoquaient les idées nouvelles, révolutionnaires, d'unité, de liberté, d'égalité^ avec une hardiesse dont Galonné lui-même n'avait pas encore donné Texemple.
Passant à Torganisation des assemblées provinciales, Brienne déclare aux membres des ordres privilégiés que, puisqu'ils persistent à conserver leurs avantages honorifiques, ils seront satisfaits. « L'ombre des formés anciennes sera ménagée (!). Ils auront seuls la présidence et la préséance, dont ilsont toujours joui dans les assemblées nationales (!). » Aussi bien, les députés des villes, les représentants du tiers état ont admis, sans la moindre jalousie, cette prétention surannée. « Ce n'est pas une vaine égalité, démentie à chaque instant par des besoins sans cesse renaissants, que le peuple a intérêt de réclamer. * Mais quand il s'agit d'objets plus sérieux, « ces formes anciennes sont obligées de céder à l'utilité géné-
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