Mémoires de Weber, p. flO
2. • Ils parcouraient les mes en criant d^une voix sourde : voilà du nouveaul » Sallier. Annales françaises, p. 95. Texte et note.
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13 août à rissuedela délibération précédemment remise à ce jour. Commencée à huit heures du matin, elle ne se termina qu'à huit heures du soir *. Les chambres du parlement y assistaient au complet. Un grand nombre de pairs vinrent y prendre leur place accoutumée. Gomme on devait s'y attendre, le résultat ne fut que la confirmation des arrêtés antérieurs. Encore animés par les déclamations de la séance du 10, les esprits étaient plutôt portés à redoubler d'exigence qu'à modérer leurs prétentions. Aussi le dispositif de l'arrêté, après avoir protesté contre l'enregistrement du lit de justice et l'avoir déclaré illégal, sans force ni valeur, ajoute que la cour elle-même n'est pas compétente à sanctionner des impôts : que c'est, par une déférence fâcheuse aux désirs du roi, qu'elle a trop longtemps consenti à enregistrer les édits de ce genre; mais que, mieux éclairée, elle reconnaît et déclare n'avoir à cet égard aucune espèce de pouvoirs légaux et que, désormais, le roi ne pourra obtenir aucun subside « sans avoir au préalable convoqué et entendu les États généraux. » Si pourtant on croyait utile de s'arrêter aux nuances de ces interminables déclamations, on devrait constater qu'ici le parlement n'exige plus le consentement formel des États généraux en matière d'impôts, mais seulement leur présence et leur avis.
Le préambule de ce même arrêté du 13 contient une clause beaucoup plus digne de remarque. Car elle est une de celles qui trahissent la secrète pensée de la magistrature parlementaire. Elle porte « qu'il est contraire aux constitutions primitives de la nation et aux principes, qui seraient suivis par les États généraux, de voir le clergé et la noblesse soumis à une contribution
1. Arrêté du Parlement de Paris du lundi 13, sept heures de relevée, toutes les chambres assemblées, les pairs y séant. Bibliothèque nationale Lb»», n- 385.
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solidaire pour la subvention territoriale, et qu'il était réservé à nos jours de voir éclore ce système. » Le parlement pensait donc que, grâce à l'ancienne organisation des états, nécessairement conservée, la noblesse et le clergé, votant par ordre, disposant de deux voix sur trois, sauraient maintenir leurs privilèges, sinon peutêtre les accroître. C'est dans cet espoir que les ultras comme d'Eprémesnil unissaient leurs voix à celles des radicaux, comme Adrien Duport. Tous ensemble paraissaient demander la même chose. Au fond ils poursuivaient deux buts entièrement opposés. On serait tenté de dire que les uns tiraient les marrons du feu et que les autres s'apprêtaient à en recueillir le bénéfice.
La multitude parisienne imitait la tactique d'Adrien Duport et de ses amis. Elle ne voyait, elle ne voulait voir dans la conduite du parlement, que son opposition acharnée, les embarras qu'il créait au ministère, sa persistance à réclamer les États généraux. Elle le flattait, elle le poussait; elle se servait de lui, comme d'un instrument, actuellement nécessaire, qu'elle se réservait de briser le jour où elle n'en aurait plus besoin. De leur côté les magistrats, aveuglés par la passion, ne craignaient pas de capter cette popularité, qui semblait venir à eux, et sur Torigine de laquelle ils continuaient à se méprendre. De là, un échange constant d'excitations réciproques. « Il serait difficile de dire, » au témoignage de Sallier *, « qui remportait alors en effervescence, du public ou des magistrats. Chaque délibération ajoutait un degré de plus à la chaleur des opinions et à la gravité des expressions... Pendant ces délibérations, les salles du Palais étaient remplies de citoyens de toute les classes et principalement de clercs de la Basoche... Un très petit nombre de chefs mêlés dans cette foule
i. AnruUes françaises^ p. 92 et suiv.
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était dans le secret et la conduisait à la sédition, sans qu'elle s'en doutât. Chaque jour, elle attendait aux portes de la grand'chambre la fin des séances, pour en connaître le résultat. Les magistrats, oubliant que le secret était pour eux un devoir, avaient habitué le public à connaître leurs arrêtés aussitôt qu'ils étaient rendus. Les choses en étaient même venues au point, que cette multitude regardait cette communication comme un droit, dont elle n'eût pas supporté la privation. L'archevêque de Paris, qui assistait aux séances en qualité de duc et pair, interrogé un jour à sa sortie par cette jeunesse turbulente, et lui opi)osant la religion de son serment, ne fut garanti de ses insultes ni par son rang, ni parce caractère de bonté et de vertu fait pour en imposer même à des séditieux. Les jeunes magistrats, au contraire, en échange des conimunications qu'ils accordaient, étaient loués, encouragés, accueillis par des acclamations. Enivrés par ces vains applaudissements, ils se faisaient comme un point d'honneur de ne pas connaître de modération. S'il arrivait qu'un homme, en possession de leur estime, essayât, par des conseils sages, de tempérer leur fougue, il tombait aussitôt dans leur disgrâce. C'est ainsi que d'Outremont, nouvellement arrivé à la grand'chambre, et jusqu'alors bien vu des enquêtes, ayant émis une opinion qui contrariait la chaleur des avis dominants, fut dès ce moment regardé comme un homme qui eût vendu au ministère son honneur et sa conscience. Et de même, Ferrand, conseiller des enquêtes, dont le caractère et les talents étaient généralement estimés, perdit de son crédit pour avoir, dans la rédaction des dernières remontrances, •rendu sous des expressions modérées des opinions trop exaltées. En reprochant cet égarement à mes jeunes collègues, je le fais d'autant plus librement, que je suis loin de prétendre m'en absoudre moi-même, et que je
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m'accuse de Tavoir partagé avec toute l'impétuosité d'une imagination neuve, flère de son indépendance et de sa pureté. »
Malgré la franchise de ces aveux, Sallier passe sous silence les incidents, peut-être encore plus graves, qui signalèrent la journée du 13 août * : la foule encombrant le Palais de justice, attendant avec impatience la fin de la délibération et réclamant à grands cris la communication immédiate de l'arrêté qui venait d'être rendu ; les portes de la girand'chambre s'ouvrant tout à coup et le premier président faisant donner par le greffier une lecture publique d'un acte essentiellement secret; les acclamations, les hurlements, éclatant à cette lecture; « autant d'imprécations contre le gouvernement que de signes d'idolâtrie pour les magistrats, qui lui résistaient; » les vieux conseillers s'efforçant d'échapper à des démonstrations, qui les humiliaient ; au contraire, les jeunes gens des enquêtes se mêlant aux groupes, se recommandant les uns les autres aux sympathies populaires, désignant à haute voix ceux d'entre eux qui venaient d opiner avec le plus d'audace. « Le conseiller d'Éprémesnil avait à peine paru qu'il fut élevé au-dessus de toutes les têtes, puis porté dans les bras jusqu'à sa voiture. Les imitateurs de son courage furent associés à sa gloire. Le temple de la justice devenait insensiblement le siège de la révolte •. »
Le soir du 13 août, il y eut à Versailles un conseil extraordinaire, motivé par les nouvelles qui arrivaient du
1. Voyez-en le récit clans les Mémoires de Weber p. 110-111. C'est là que nous rempruntons.