INTERVENTION DES AUTRES COURS DE JUSTICE
animadversion, qui se démontra par une foule tumultueuse de sifflets, et des propos assez inquiétants, pour que le chevalier de Crussol, capitaine de ses gardes, fit le commandement de Haut les armes; ce qui eflraya tellement la populace, qu'elle se précipita en foule, du degré où elle serrait le prince de fort près, dans la cour du palais, et en telle abondance, que la garde française et suisse, qui y était, prit les armes, ne sachant pas la cause d'un si grand désordre. » Cependant, la Cour des aides était présidée par un magistrat sur lequel le ministre croyait pouvoir compter. M. de Barentin adressa au prince un discours beaucoup moins agressif que ceux de ses collègues du parlement et de la Cour des comptes. Il se contenta d'y glisser quelques phrases sur la nécessité de revenir c à ces temps heureux, où le prince et la nation jouissaient du précieux avantage de se rapprocher pour Tintérét commun; à ces temps, où le droit de propriété était tellement respecté qu'aucune contribution ne pouvait avoir lieu qu'avec le consentement de la nation. » Mais l'influence d'un seul homme était sans force contre l'hostilité d'une assemblée tout entière. Il essaya de calmer les esprits, en remettant la délibération au lendemain. Ce délai ne fit, au contraire, que les exaspérer, et Barentin lui-même, entraîné par le torrent, se vit obligé de souscrire à l'arrêté unanime rendu le 18 août.
Il faudrait pouvoir citer mot à mot ce curieux spécimen des passions d'un autre âge; sa longueur nous réduit à n'en reproduire que les passages les plus saillants : € Considérant... que l'édit de la subvention territoriale ne présente qu'une surcharge pour les peuples ; que la déclaration du timbre est une loi /iésastreuse; —
s'explique d'un seul mot. En loule circonstance, le comte d'Artois affectait de se poser en représentant de Tancien régime, dans ce qu*il avait de plus impopulaire.
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qu'une nation, qui paye près de six cents millions d'impôts, devait se croire à Tabri de toutes les nouvelles inventions (lu <^vnie fiscal; que ce n'est pas après cinq ans de paix, et après avoir annoncé dans les termes les plus formels la libéralion des dettes de l'Etat, qu'on peut croire à la nécessité de nouveaux impôts; — que la première de toutes les lois, celle qui existe avant les empires, est la loi de la propriété; — que la propriété est le droit essentiel de tout peuple qui n'est point esclave, et que, l'impôt y déroi^eant et y portant atteinte, ce serait anéantir la propriété que d'admettre l'établissement de tout impôt que la nation elle-même n'aurait pas octroyé; — que la cour est plus fondée qu'aucune autre à demander les États généraux, elle qui fut créée à leur demande, au moment où ils accordaient au roi Jean des secours volontaires...; — que l'acte d'autorité exercé contre la première Cour du royaume n'est qu'une peine infligée aux malheureux justiciables, qui étaient à la veille d'un jugement qui devait décider leur sort. — La cour, forte de sa conscience et de son honneur, inébranlable dans sa fidélité au roi comme dans ses principes, a arrêté : qu'elle déclare illégales et nulles, contraires aux vrais intérêts du roi et aux droits de la nation, les transcriptions faites le jour d'hier sur ses registres, et cependant, que ledit seigneur roi sera très hundjiement supplié d'assembler les États généraux, préalablement à l'établissement d'aucun impôt, et de rappeler le parlement dans le lieu ordinaire de ses fonctions. »
Si regrettables que fussent le fond et la forme de cet arrêté, les circonstances qui l'accompagnèrent le rendirent plus regrettable encore. Avertie que la délibération du 17 avait été continuée au lendemain, la foule se donna rendez-vous pour le 18 aux abords de la Cour des aides. « Le lieu des séances fut pour ainsi dire
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