RENTRÉE DU PARLEMENT
avait insisté sur son adoption, pourquoi changer tout à coup de principes et sacrifier la dignité royale à Famourpropre de la magistrature? Ensuite, remarquons-le bien, Brienne ne se borne pas à abandonner la subvention foncière; par Tédit de septembre, il abandonne également redit sur le timbre, ce qui est beaucoup plus grave. D'après les calculs de Galonné, l'équilibre des finances exigeait ces deux espèces de revenu. A la rigueur, on pouvait remplacer l'impôt territorial par les vingtièmes ; mais qu'est-ce qui remplacerait l'impôt sur le timbre? Notez que Brienne, depuis qu'il est ministre, n'a jamais cessé de soutenir que les calculs de Galonné, loin d'exagérer l'étendue des besoins, restaient au-dessous de la triste réalité. A maintes reprises, le roi luimême a confirmé l'assertion de ses ministres. Il a réclamé Tenregistrement des deux édits à la fois, en les proclamant tous les deux indispensables. Puis, devant une opposition presque factieuse, le roi va se donner un démenti formel. Il va faire quelque chose de pis. Il va reconnaître que les vingtièmes suffisent aux nécessités de la crise, ce qui n'est pas vrai, ce que tout le monde sait faux.Gette fois, il va trahir la' vérité manifeste, pour capter les bonnes grâces de fonctionnaires qu'il est maître de briser. « Les hommes d'État jugèrent, de ce moment, son autorité compromise * ». Telle est la conclusion d'un contemporain attristé : telle doit être aussi celle de l'histoire.
Ce n'est pas à dire pourtant que la royauté supporte seule tous les frais de la guerre. Dans l'arrangement boiteux qui vient d'être conclu, le parlement n'est guère mieux traité. Après avoir déclaré si haut et si souvent qu'il n'avait pas le pouvoir de sanctionner des impôts nouveaux, ni même de proroger ou d'étendre les impôts
i. Mémoires de Weber, p. H4.
Digiti
anciens, il rétablit les vingtièmes, supprimés par un édit antérieur, et les prolonge au delà du terme primitif assigné à leur durée; il consent à ce qu'ils portent désormais sur le revenu de tous les biens « sans aucune distinction ni exception telle qu'elle puisse être »; il slncline devant la justice de ce principe d'égalité, cause première de son opposition. Lui aussi, il se contredit, il se déjuge : il sacrifie sa dignité aux impatiences de Fexil, et il s'expose à encourir les reproches des parlements de provinces, confus de voir tant de faiblesse succéder à tant d'audace. On a pu dire sans exagération que chacune des parties en présence semblait n'avoir eu d'autre soin « que d'amener l'autre à faire un acte honteux > ».
Si du moins la source de nouveaux conflits eût été tarie ! Si la crise financière eût été close ! L'importance du résultat excuserait l'inconvenance des moyens. Mais les ressources créées par l'édit étaient notoirement insuffisantes. Aucun doute n'était possible. Avant deux mois, la royauté comme le parlement, le parlement comme la royauté, devront reconnaître en principe l'urgente nécessité de ressources nouvelles et surtout de ressources immédiatement réalisables. Quand il s'agira de les fixer, le conflit, à peine suspendu, renaîtra plus ardent que jamais. Était-ce vraiment la peine de compromettre, en vue d'un si mince profit, la considération attachée aux deux institutions fondamentales de l'ancien régime?
La conclusion de la paix répondit aux préliminaires. Chacun s'empressa d'en finir, de se débarrasser au plus vite d'une préoccupation pénible. L'édit transactionnel fut enregistré le 19. Le 20, une déclaration royale » rétablissait à Paris le siège du parlement et créait, suivant la coutume, une chambre de vacation. Dès le lende-