INTRODUCTION XXVII
de dix siècles de conventions particulières, de caprices d'une part, de faiblesses de l'autre, variant suivant les lieux, se modiGant suivant les hommes, ne subissant aucune règle, ne se pliant à aucun principe, assemblage confus du plus immense désordre, dont jamais institution sociale ait pu fournir l'exemple. Au surplus, partout où il a été toléré, partout il s'est montré sous les mêmes traits. En Angleterre, où il a survécu jusqu'au milieu de notre siècle \ sinon dans tous les comtés, au moins dans quelques-uns, les hommes de notre époque ont eu l'occasion de le voir et de le juger à l'œuvre. Quelle est la première impression qu'il leur ait causée? « L'innombrable quantité de coutumes civiles*, sous lesquelles la seigneurie plaçait les citoyens, ne paraissait pas compatible avec un ordre politique fécond. Un critique qui a soutenu d'une plume très vive, dans le Times ^ les lois étudiées par le parlement, au sujet de l'état seigneurial, disait que les règles gouverrumt le régime de propriété^ dans une grande partie de Vile^ exigeraient^ pour être connues des juges ^ autant de recherches que les lois d'un pays étranger : et on lit, dans un des commentateurs les plus consultés à Temple-Bar, que, si Von voulait faire un Digeste des coutumes afférentes aux tenures seigneuriales^ il faudrait une forte armée de commissaires spéciaux et pour le moins
1. Notons que les abus du régime seigneurial en Angleterre ne sauraient être comparés aux abus de ce même régime en France.
2. C'est M. Doniol lui-même, dans son livre sur la Révolution et la Féodalité, qui nous fournit celte remarque, sur l'obscurité à laquelle le régime seigneurial, même adouci, même transformé, ne saurait se soustraire. Voyez ce livre, page 268.
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